Manque d’objectif clair pour l’éclatage des grains de la part de certains éleveurs, mauvais réglage de l’éclateur, éclateur usé, conduite trop rapide de l’ensileuse au regard des conditions… Moins de 10 % des silos analysés pour la récolte de 2016, par l’organisme de conseil et de contrôle des performances d’élevage Elv’up (ex-Orne Conseil Élevage), atteignaient l’objectif zootechnique de bon éclatage des grains. C’est après avoir dressé ce constat assez alarmant qu’Elv’up a décidé de mettre en place le 5 septembre dernier à Chemilli, dans le Perche ornais, son défi ensileuse visant à tester les constructeurs sur l’éclatage des grains. Claas, Fendt, John Deere, Krone et New-Holland : l’organisme est parvenu à réunir le jour « J » les cinq marques d’ensileuse qui occupent la totalité du marché.

Concrètement, chaque marque a mis en test une seule machine. Elv’up demandait aux constructeurs de présenter des machines aux équipements et aux réglages « couramment rencontrés sur le terrain. » Les constructeurs ont dû se soumettre à des réglages de longueur de coupe de 14 et 18 mm et à un écartement des éclateurs de 1 et de 2 mm. En dernière partie d’essai, les constructeurs ont pu mettre en œuvre leurs propres réglages de l’éclateur. Pour chaque modalité, les équipes d’Elv’up récupéraient les échantillons.

52 % bien éclatés

Face à des maïs assez hauts avec un ratio plante-épi qui pouvait être défavorable, les constructeurs ont tous été mis en difficulté. Quelle que soit la modalité en matière de réglage de l’éclateur, de pourcentage de grains vitreux (de 25 à 50 % durant l’essai), de taux de matière sèche des maïs de la parcelle (entre 33 et 37 %), aucun échantillon prélevé n’a démontré de résultat jugé satisfaisant, c’est-à-dire ayant une part de 70 % de grains suffisamment éclatés après avoir appliqué un correctif pour tenir compte des 7 à 10 points de grains éclatés gagnés après trois mois de conservation de l’ensilage. L’indice de fragmentation des grains corrigé de l’effet conservation (IFG) moyen enregistré de 52 % est tout juste passable. En dessous de 50 d’IFG, l’éclatage est jugé « catastrophique » par Elv’up.

L’impact économique d’un IFG beaucoup trop faible sur un chantier de 30 ha d’ensilage peut se traduire en cas extrême par un maximum de 10 000 € de pertes en valeur alimentaire sur un tas d’ensilage initial d’une valeur de 32 000 €, sans compter le risque sanitaire d’entérotoxémie à cause de refermentations d’amidon dans le gros intestin. À 50 d’IFG (proche de la moyenne de l’essai), le manque à gagner est encore de 4 300 € mais le risque d’entérotoxemie n’est plus présent. À 60 d’IFG, les pertes de valeur alimentaire redescendent à 2 500 € et à partir de 70 d’IFG, il n’y a plus de perte de valeur alimentaire liée à l’éclatage. Face à ces résultats décevants, il faut tout de même noter que les constructeurs s’en sortent bien pour tous les autres critères de qualité, notamment le respect des longueurs de coupe et du défibrage.

Un responsable qualité sur tous les chantiers

Yann Martinot, le directeur technique d’Elv’up, tire cependant quelques enseignements de ce défi ensileuse, « Face à des grains particulièrement durs, il ne faudrait pas hésiter à resserrer les éclateurs à 1 mm quitte à avoir un peu de défibrage et à ralentir les machines. Par ailleurs, c’est la maturité du grain qui doit déclencher la date d’ensilage. Il ne faudrait pas ensiler avec un taux de grains vitreux supérieur à 33 % au risque de mettre en difficulté les éclateurs des machines. Enfin, les enjeux économiques sont tels qu’aujourd’hui sur tous les chantiers d’ensilage, il faudrait une personne responsable de la qualité. À minima, le contrôle de la qualité de l’éclatage devrait être réalisé pour chaque nouvelle parcelle, et idéalement toutes les heures en appliquant rigoureusement la méthode du seau. La seule mesure visuelle est largement insuffisante. Il n’y a pas de mauvaise machine il n’y a que des bons réglages à trouver. »