Il y a dix ans, lorsque Samuel Caillon devient président de la Cuma de la Meurlette, à Vouhé, en Charente-Maritime, les choses ne vont pas très bien. « Il y avait des impayés notamment, mais aussi des problèmes entre les deux salariés de l’époque », raconte-t-il. Depuis, ces dysfonctionnements ont été réglés de manière durable en recourant à l’aide de la fédération départementale des Cuma.

Avec une meilleure délégation des responsabilités au sein de la coopérative, et un planning de location informatisé, la Cuma de la Meurlette propose aujourd’hui une mise à disposition rapide des 50 matériels de son parc chez ses adhérents. Un système dont la réactivité repose en grande partie sur les compétences des salariés.

S’adapter aux besoins des exploitants

L’activité de la Cuma est évidemment dépendante de celle des champs. Serge et Guillaume, les deux chauffeurs mécaniciens, sont donc embauchés en contrat à temps plein annualisé. « L’hiver, nos salariés ne travaillent qu’une semaine sur deux, ou une quinzaine sur deux, indique Samuel, afin de pouvoir faire plus d’heures l’été. » Les congés sont gérés en autonomie par les deux salariés, en évitant les absences de mars à octobre, de façon à ne pas mettre les adhérents en défaut.

Le matériel peut être réservé jusqu’à un jour avant la date requise, et une plateforme en ligne permet même aux adhérents, depuis trois ans, de faire leurs réservations directement sur internet. « Ce système simplifie beaucoup la vie des exploitants, se félicite Samuel. Ils n’ont plus besoin de se déplacer à la Cuma. » Les salariés ont accès à ce planning depuis leurs smartphones et peuvent effectuer au besoin les réservations des adhérents qui ne maîtrisent pas l’outil informatique.

Le nouveau système numérique facilite aussi la gestion des priorités : premier arrivé, premier servi ! « A nous de nous organiser derrière, confirme Guillaume, chauffeur à la Meurlette depuis six ans. Par exemple, un petit chantier de moisson peut parfaitement être glissé en fin de journée après une intervention chez un voisin ». Car les deux chauffeurs conduisent eux-mêmes les moissonneuses et les ensileuses. « Pour le matériel complexe, souligne Samuel, nous préférons que les salariés gardent la maîtrise. »

Des salariés impliqués dans le renouvellement du parc

« Il y a aujourd’hui quinze responsables de groupe, explique Samuel, qui sont des adhérents chargés de suivre un type spécifique de matériel, les ensileuses ou les faucheuses par exemple. » Il appartient à ces responsables de faire les devis pour les investissements, mais aussi l’entretien des machines, qu’il soit réalisé par les salariés ou chez des concessionnaires.

« Les salariés sollicitent aussi beaucoup les responsables, assure Samuel. Lorsqu’ils ont un problème ou une question, c’est le responsable de groupe qui prend la décision, en relation avec moi. » Le poste de responsable de groupe permet ainsi d’impliquer plus largement les adhérents dans la coopérative, et de les associer au management des salariés. « Je suis avant tout chef d’exploitation, rappelle Samuel, et je ne peux pas tout faire tout seul. »

« Le poste de responsable de groupe est assorti d’une indemnité de 150 € permettant de couvrir les frais de téléphone et de déplacement », ajoute Samuel. Autre mission des responsables de groupe : définir les tarifs d’utilisation du matériel. « À eux de gérer le budget. Si le matériel a mal tourné, il y a un rappel de facture aux adhérents. »

Portrait d’un salarié en mécanicien autonome

Principale qualité recherchée chez les mécaniciens chauffeurs de la Cuma : l’autonomie. Souvent seuls, ils doivent demeurer exigeants quant à l’état du matériel. « Il faut que les agriculteurs puissent faire leur travail sans être embêtés par une panne mécanique », souligne Guillaume. Hors de question pour lui de laisser partir le matériel roulant avec des dysfonctionnements d’éclairage. « Sur les bennes ou les épandeurs, si un clignotant ne marche pas, et que l’adhérent a un accident en tournant à un carrefour, on a notre part de responsabilité », précise Guillaume.

Des connaissances en mécaniques sont évidemment requises, mais la créativité est également un atout de taille. « C’est lors d’un entretien que j’ai proposé à Samuel de créer une page Facebook », explique Guillaume. Or le réseau social, dans le cadre des activités de la Cuma, est loin d’être superflu. Les photos et les vidéos publiées permettent aux agriculteurs de découvrir toute la panoplie de la Meurlette, et de recourir plus fréquemment à ses services.

Il faut être très souple en Cuma, humainement parlant, parce que tous les adhérents sont différents dans leur façon de travailler, comme dans leur caractère.Samuel Caillon

C’est par le bouche-à-oreille que Samuel a rencontré Guillaume, à la fin du BTS de ce dernier. Une chance, dans la mesure où les profils idéaux sont rares : être au service de 150 employeurs sans se disperser n’est pas donné à tout le monde.

Ivan Logvenoff