Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Valoriser les tonnes de carbone stockéespar les cultures

réservé aux abonnés

 - -->
La technique du « green tillage », qui consiste à semer le maïs directement dans un couvert végétal, permet de capter, chaque année, 1 à 1,5 t/ha de carbone. © Natais Carbone

Nataïs a initié un programme de recherche sur six ans, pour développer un outil mesurant les tonnes de carbone séquestrées durablement dans le sol par le maïs et les couverts.

Spécialiste du maïs à éclater sans OGM, l’entreprise Nataïs, à Bézéril dans le Gers, a décidé de mettre en avant les nouveaux services que cette céréale rend à la société, comme la captation du carbone. « Il y a trois ans, nous avons créé le concept agroécologique “Naturellement pop-corn” qui allie des semis sous couverts végétaux à un travail réduit du sol, une optimisation de l’irrigation, la réduction des intrants chimiques, la lutte biologique contre la pyrale et une agriculture de précision », explique Michael Ehmann, fondateur et président de Nataïs.

L’un des axes les plus emblématiques de la démarche est la technique culturale du « green tillage », qui consiste à semer le maïs directement dans un couvert broyé de féverole et de phacélie. Cela permet de stocker du carbone dans le sol et supprime, au passage, les problèmes d’érosion. « Cette technique fait sens face aux nouvelles attentes sociétales car un hectare de cultures peut capter, chaque année, 1 à 1,5 tonne de carbone. Et c’est un plus pour l’agriculteur dont le temps de travail et la dépense en carburant sont réduits. »

Calculer le bilan carbone

Afin d’évaluer la différence entre le CO2 émis par les pratiques agricoles et les tonnes de carbone durablement séquestrées dans le sol, Nataïs travaille en partenariat avec l’Inra, le Cesbio (Centre d’études spatiales de la biosphère), Agro d’Oc (Union des Ceta d’Oc) et la société STMS, qui traite la sécurisation des données autour du bilan carbone. Ce programme de recherche (1) se sert des images du satellite Sentinel et des techniques d’intelligence artificielle, pour mettre au point un protocole de mesure de la quantité de biomasse produite à l’hectare. Des tests sont réalisés, depuis cet hiver, dans 50 fermes pilotes partenaires du spécialiste. Les chercheurs utilisent aussi une station de mesure d’échanges air-sol de carbone. « Dans deux à trois ans, nous devrions avoir une technique de calcul fiable pour quantifier l’émission ainsi que la captation de carbone et établir des bilans », précise Michael Ehmann.

60 à 80 euros de prime

Nataïs n’a toutefois pas attendu pour inciter ses 260 agriculteurs partenaires à appliquer les pratiques qu’elle préconise et leur propose une formation de dix-huit mois de même qu’un accompagnement personnalisé. Plus de 40 % d’entre eux ont déjà franchi le pas et touchent, pour cela, une prime filière pouvant atteindre 30 € par tonne livrée sur poids net. Les 50 exploitations pilotes pour le bilan carbone ont, pour leur part, le choix de bénéficier de la prime filière ou d’une prime de 60 à 80 € par tonne de carbone stockée, qui se calcule, pour le moment, en fonction de la quantité de biomasse collectée. « Il y a dix ans, personne ne pratiquait les couverts végétaux, détaille le président. Je suis très optimiste sur l’avenir du projet, et j’espère que 100 % de nos agriculteurs s’y seront mis d’ici à quatre ans. »

Florence Jacquemoud

(1) Il entre dans le cadre des projets structurants pour la compétitivité (PSPC).

Plus de 500 000 euros par an

Avec sa prime carbone, Nataïs veut valoriser les territoires et créer un indicateur permettant de mesurer l’efficacité de son réseau de producteurs en matière de protection de l’environnement. Lorsqu’il portera sur les 7 200 ha de maïs pop-corn cultivés, ce projet pilote coûtera autour de 500 000 euros par an à l’entreprise, dont le chiffre d’affaires a atteint 50,7 millions d’euros en 2018.

Lors du dernier congrès du maïs, en novembre 2019, à Toulouse, Michael Ehmann a appelé les pouvoirs publics à soutenir financièrement cette initiative.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !