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Se passer du labour en agriculture biologique : une utopie ?

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Les effets du labour © S. Champion

Concilier bio et non-labour ressemble à un oxymore. Cette technique, qui consiste à intervenir de façon superficielle, intéresse de plus en plus d’agriculteurs soucieux de leur sol et de sa vie biologique.

Principal moyen de désherbage, le labour est généralisé en agriculture biologique. « Il permet aussi, on l’a vu cet automne, de préparer un lit de semences dans des conditions de ressuyage lent », rappelle Jacques Girard, conseiller bio à la chambre d’agriculture du Calvados. Son impact sur la vie biologique, la dilution de la matière organique et l’érosion des sols pousse cependant certains à vouloir s’en passer. Conduire une exploitation bio sans labour, est-ce compatible ? C’est tout l’enjeu des récents essais du programme Reine Mathilde en Normandie.

Des rotations diversifiées

Le non-labour en bio est loin d’être aisé. « Dans ces systèmes, certaines adventices ont tendance à se développer, notamment des vivaces comme le chardon, laiteron ou chiendent, explique Jacques Girard. Il faut des rotations très diversifiées, avec de la prairie temporaire, de la luzerne ou des associations de légumineuses pour gérer le salissement. »

Le dispositif de l’essai, initié en février 2019, compare deux conduites de travail du sol – avec et sans labour – appliquées sur une diversité de cultures, dont une prairie temporaire, « partie délicate à détruire, précise le conseiller. Pour la première modalité, nous avons commencé par un travail préparatoire au labour. Dans les techniques sans labour, plusieurs outils ont été utilisés : déchaumeur à dents de type pattes d’oie, actisol... » Cinq passages ont été nécessaires dans la conduite en labour, et sept dans celle sans labour. L’opération a été renouvelée à l’automne suivant. « Nous avons labouré une partie de la prairie et semé du blé. En non-labour, la prairie a été détruite fin août, et un colza fourrager implanté en interculture avant le blé. » Les mêmes outils ont été utilisés, mais le nombre de passages a été réduit à deux avant implantation du colza, puis deux autres pour le semis du blé.

Une option à garder ?

Les essais se termineront en 2022. « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Cette année, le rendement du blé conduit sans labour a été meilleur, mais le salissement était plus important. Il y a risque d’être rattrapé par les adventices, résume Jacques Girard.

Si certains agriculteurs ne veulent pas revenir au labour, beaucoup se laissent la possibilité de l’utiliser. L’un des effets attendus du non-labour est l’amélioration du fonctionnement du sol et des plantes. La question reste : un labour opportuniste remet-il en cause ces bienfaits ? »

Justine Papin

Des questions nouvelles

En 2019, plus de deux mille exploitations étaient conduites en agriculture biologique en Normandie, et la surface totale (bio et conversion) dépassait 100 000 ha. « Des agriculteurs des divers réseaux agriculture de conservation se sont convertis en bio en 2018 et 2019, raconte Jacques Girard. Le non-labour est d’autant plus un sujet d’intérêt. » Le semis direct sans travail du sol en bio n’a toutefois pas été testé. « Il est déjà difficile de se passer de charrue en bio, et divers retours d’expérience ont montré que se passer de tout travail du sol reste compliqué, notamment pour gérer les couverts d’interculture.»

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Cet article est paru dans La France Agricole

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