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Retrait du CIPC : une révolution pour le stockage

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Pommes de terre - Retrait du CIPC : une révolution pour le stockage
Il y aurait 25 % de bâtiments précaires, c’est-à-dire non isolés et non étanches. Des conditions qui ne sont pas compatibles avec l’utilisation d’une partie des alternatives au CIPC. © Claudius Thiriet

L’arrêt de cet antigerminatif va exiger un nettoyage des bâtiments rigoureux pour éviter les contaminations croisées. Dans certains cas, il sera indispensable d’adapter les installations afin de recourir aux alternatives.

Le couperet est tombé le 18 juin 2019. Utilisé depuis plus de quarante ans en tant qu’antigerminatif sur pommes de terre, le chlorprophame, plus couramment appelé CIPC, n’a finalement pas été renouvelé dans le cadre de son réexamen au niveau européen. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a, en effet, conclu à des risques sanitaires chroniques et aigus pour le consommateur.

Les LMR-t en attente

« Un délai de grâce a été accordé, suite à la demande de la filière française, pour terminer la campagne 2019-2020, avec possibilité de recourir au CIPC jusqu’au bout », indique toutefois Arvalis-Institut du végétal. Il n’est plus possible, depuis le 8 avril dernier, d’acheter les spécialités commerciales concernées, cependant, leur emploi ainsi que leur stockage sont autorisés jusqu’au 8 août prochain de cette année.

Mais la molécule étant rémanente, c’est-à-dire qu’elle subsiste dans les bâtiments en ayant reçu, la filière européenne s’est fortement impliquée pour mettre en place des LMR (limites maximales de résidus) temporaires afin d’éviter les contaminations croisées, même après son retrait. Par conséquent, durant l’hiver 2020-2021, la LMR actuelle autorisée dans les pommes de terre devrait passer de 10 mg/kg à un niveau 25 fois plus bas, soit à 0,4 mg/kg. Ces derniers chiffres étaient dans les tuyaux début 2020, il faudra attendre le mois de juin pour être fixé sur le sujet. L’évolution pressentie pour cette LMR temporaire se ferait par palier, avec un vote pour deux ou trois ans, et une volonté de rapidement aller vers la limite de quantification, soit 0,01 ppm concernant le CIPC.

Risque de dépassement

Dans les bâtiments préalablement traités au CIPC, Arvalis sait, grâce à des monitorings, que dans 95 % des cas, cela devrait bien se passer. En revanche, pour 5 % des échantillons prélevés dans le cadre de ce monitoring, il y a un risque de dépasser 0,4 mg/kg par contamination croisée. « Tous les échantillons dépassaient la limite de quantification, affirme Michel Martin, spécialiste de la conservation des pommes de terre chez Arvalis. Il va donc falloir être très vigilant et prendre les devants pour stocker, sur le long terme, dans des bâtiments qui ont reçu du CIPC durant plusieurs années. »

Changer les ventilateurs

Les endroits les plus contaminés dans les stockages vrac sont les couloirs techniques, et particulièrement les ventilateurs. « À l’avenir, si les bâtiments sont très anciens, il y aura tout intérêt à remplacer ces derniers », juge l’Institut.

Avant tout, il est conseillé d’aspirer la terre et les débris à sec avec des outils industriels. Puis, il sera essentiel de nettoyer rigoureusement les surfaces de tous les espaces. Un nettoyeur haute pression eau froide ou eau chaude élimine entre 60 et 90 % des résidus de l’antigerminatif présents sur les matériaux. Il faudra, par ailleurs, gérer les effluents afin de ne pas contaminer l’environnement. Pour les bois des pallox, il est recommandé de les aérer à l’extérieur quand ils sont vides. Mais comme 70 % du CIPC couvrent les deux premiers millimètres du bois, il vaut mieux les nettoyer pour empêcher les contaminations croisées.

C. Fricotté

Quatre alternatives à combiner
Si le coût du CIPC variait entre 3 et 5 €/t, les alternatives s’avèrent plus onéreuses. © C. Watier
Si le coût du CIPC variait entre 3 et 5 €/t, les alternatives s’avèrent plus onéreuses. © C. Watier

Pour la prochaine campagne, il va donc falloir faire sans le CIPC. Arvalis indique qu’il existe quatre solutions homologuées. Elles ne couvrent certes pas tous les modes d’application de l’antigerminatif, mais elles demeurent combinables.

« En France, nous avons quasiment le panel le plus large de solutions alternatives », précise Michel Martin, spécialiste de la conservation des pommes de terre chez Arvalis-Institut du végétal.

L’hydrazine maléique (Fazor Star, Itcan SL 270) s’avère la seule molécule à pouvoir être appliquée au champ, indépendamment des conditions de stockage. « Moyennant une bonne utilisation ainsi qu’un bon choix de date d’application, il peut avoir une certaine rémanence dans les bâtiments, si on gère bien la température et les conditions de conservation. Toutefois, le produit ne suffit pas sur le long terme », souligne le spécialiste.

D’autre part, il sera possible de se servir, en complément ou non, de l’éthylène (Biofresh, Restrain), de l’huile de menthe (Biox M), tous deux autorisés en agriculture bio, ou de 1,4 DMN (Dormir). Ces trois substances pourront être employées dans le bâtiment, s’il est assez étanche, et s’il dispose d’un minimum de ventilation pour une distribution d’air homogène.

L’exportation impactée

L’exportation est un marché crucial pour la filière française de pommes de terre. 50 % étant destinées à la transformation industrielle, le retrait du CIPC ne devrait pas poser de problème car les délais de transport sont courts et la transformation quasi immédiate. Pour les 50 % restant, sans CIPC, tout dépendra des délais et des conditions de transport. « Il faudra cibler et combiner au mieux les différentes solutions afin de garantir une non-germination jusqu’à l’utilisateur final », prévient Arvalis.

À noter, les références internationales (Codex alimentarius) restent encore à définir pour le 1,4 DMN (Dormir).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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