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« Redécouvrir ses sols avec la modulationintraparcellaire »

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Benoît Kennel estime que l’agriculture de précision manque encore de soutien de la part du monde politique, ainsi que de celui des acteurs et des décideurs du monde agricole. © H. Parisot

Pour Benoît Kennel, agriculteur en Moselle, l’agriculture de précision permet de combiner agronomie, économie d’intrant et rentabilité.

Benoît Kennel, agriculteur à Buhl-Lorraine (Moselle), est un fervent adepte de la modulation intraparcellaire. Sur ses 315 ha de cultures (blé, colza, orges, betterave, tournesol, féverole, maïs grain, et trèfle), il adapte ses apports d’engrais et la densité de ses semis en fonction de l’hétérogénéité de ses sols (gamme d’argilo-calcaires).

Le point de départ : sa curiosité vis-à-vis des différences de rendements qu’il constatait au sein d’une même parcelle. Elle l’a conduit à faire réaliser un diagnostic de fertilité chimique complet (P, K, Ca, Mg et pH) de ses parcelles en 2013, pour un investissement de 65 €/ha (1,2 analyse/ha, chacune impliquant 18 échantillons). « L’agriculture de précision est une manière de redécouvrir ses sols, et de refaire de l’agronomie », estime l’agriculteur, également engagé dans le non-labour. « Je préfère investir dans l’outil de travail qu’est le sol plutôt que dans du matériel. C’est aussi un moyen de transmettre un capital durable. »

Levées de carences

Les cartes obtenues lui ont permis de mieux connaître l’historique de ses parcelles, et de s’y adapter. « Vingt ans après l’arrêt de l’atelier d’élevage de vaches laitières, nous avons constaté de fortes variabilités intraparcellaires. Par exemple, on observe une accumulation d’éléments fertilisants dans les anciennes zones d’attente pour la traite », image-t-il. Autre constat : celui de différences dues à l’agrégation d’anciennes parcelles dont l’exploitation était différente. « Sur les terrains les plus éloignés du corps de ferme, les surfaces en herbe étaient fauchées et la matière exportée sans aucun apport de fumier. » Ces zones étaient marquées par un déficit en phosphore (environ 20 ppm de P2O5 contre plus de 110 ppm en zone pâturée) et en potassium (environ 100 ppm de K2O contre plus de 500 ppm). « Aujourd’hui, nous avons contrebalancé le poids de l’histoire en levant ces carences, fait savoir l’agriculteur. Ces cartes nous ont permis d’améliorer l’efficience des apports, et de niveler vers le haut les rendements de chaque microparcelle. » Sur son exploitation, il estime que la mise en place de la modulation représente un gain net de 30 €/ha/an à 40 €/ha/an.

Mesure de la conductivité électrique

Plus récemment, en 2017, il a choisi de pratiquer un diagnostic de la fertilité physique de ses parcelles, ou carte de potentiel, via la mesure de la conductivité électrique (unité : le mS/m ou millisiemens par mètre). Cette grandeur autorise à mettre en évidence les zones homogènes d’une parcelle d’un point de vue du profil du sol (superficiel à profond), afin d’établir des objectifs de rendement adaptés sur chacune d’entre elles. Ce diagnostic est complémentaire des cartes de fertilité qui donnent la possibilité de déterminer les carences. Les cartes de potentiel, elles, permettent de ne pas surdoser les apports.

Hélène Parisot

Une manière de justifier les pratiques

« J’ai la chance d’intégrer le réseau des fermes Api », s’enthousiasme Benoît Kennel. Cette distinction, créée par la société Be Api, a notamment pour vocation de faciliter l’accueil des personnes intéressées par l’agriculture de précision. « Pour moi, c’est la nouvelle ère de l’agriculture. J’ouvre ma ferme pour contrer l’image qu’a le grand public du métier de producteur, déclare-t-il. Selon moi, l’avenir d’une agriculture productive passera par l’explication et la justification des méthodes que nous mettons en œuvre pour une agriculture durable, cohérente et saine aux yeux de la société. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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