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Pommes : la tavelure n’a qu’à bien se tenir

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Le travail de recherche de résistances issues de pommiers sauvages laisse présager un avenir confiant pour les arboriculteurs dans la lutte contre les maladies. © INRA

Sélectionner de nouvelles variétés de pommes qui cumuleraient les résistances monogéniques et polygéniques pour lutter durablement contre la tavelure, tel est l’objectif des chercheurs de l’Inrae d’ici à dix ans.

«Les pommiers sauvages, grâce à leur très grande diversité génétique, représentent des ressources privilégiées pour rechercher des caractères agronomiques d’intérêt à transférer par hybridation (ou par “introgression”) vers le pommier cultivé », estime Amandine Cornille, chercheuse du CNRS à Gif-sur-Yvette, dans l’Essonne.

Ces populations sauvages existent à travers les différentes zones tempérées du monde, et l’espèce Malus floribunda a déjà été très utilisée il y a un siècle aux États-Unis. « Un gène de résistance à la tavelure, principale maladie fongique sur pommier, avait été introgressé de cette espèce sauvage dans des pommiers domestiques, indique Charles Éric Durel, directeur de recherche à l’Inrae d’Angers. Mais cette résistance a été contournée par de nouvelles souches du champignon pathogène. »

L’idée est de rechercher de nouvelles sources de résistance chez d’autres pommiers sauvages. Un gène a, par exemple, été identifié chez une espèce de Sibérie nommée Malus baccata. Par ailleurs, l’Inrae d’Angers envisage de caractériser prochainement des arbres résistants de l’espèce Malus sylvestris, un pommier sauvage européen.

Contournement

« Souvent, la résistance à la tavelure des pommiers sauvages dépend d’un seul gène (résistance monogénique) et est, de ce fait, assez facile à contourner par de nouvelles races du champignon pathogène, note le chercheur. Un gros travail a également été effectué sur des variétés domestiques mais anciennes, et nous avons observé des résistances polygéniques, plus difficiles à contourner. » Dans ce cas, plusieurs gènes ont chacun un effet de résistance partielle.

« On œuvre sur de nouvelles variétés qui pourraient arriver sur le marché d’ici cinq à dix ans. Elles comporteraient des résistances monogéniques issues de pommiers sauvages, et polygéniques provenant de variétés anciennes de pommiers domestiques. » Ces recherches de lutte contre les maladies se font pour la tavelure, mais aussi pour le feu bactérien, l’oïdium et le puceron cendré.

Malheureusement, Amandine Cornille et ses collaborateurs ont montré que le pommier sauvage européen Malus sylvestris était menacé, alors qu’il est potentiellement utile pour l’amélioration génétique de l’espèce domestique. « Avec la présence de nombreux pommiers domestiques dans les vergers ou dans les jardins de particuliers, de nombreux échanges génétiques ont été relevés entre ces deux espèces, s’inquiète la chercheuse. Ces flux de gènes des pommiers cultivés vers les populations sauvages peuvent menacer à long terme l’intégrité génétique de l’arbre sauvage européen. Cette espèce est déjà considérée en danger en Belgique et en République tchèque, du fait de la fragmentation des paysages qui diminue drastiquement ses effectifs. »

Des programmes de conservation génétique et de réintroduction du pommier sauvage Malus sylvestris sont, par conséquent, lancés en France (lire l’encadré ci-dessus) ainsi qu’en Europe.

Florence Mélix

Verger conservatoire pour Malus sylvestris

À Saclay, au sud-ouest de Paris, un verger conservatoire sera inauguré le 12 mars 2020 pour le pommier sauvage Malus sylvestris. L’espèce pourrait aussi être réintroduite en plantations bocagères ou agroforestières. « Il faut parvenir à faire des relais, par exemple grâce à des haies qui seraient constituées de pommiers sauvages, entre différents îlots naturels de Malus sylvestris, afin de favoriser les échanges génétiques entre populations isolées » explique Amandine Cornille, du CNRS, qui fait appel aux forestiers et agriculteurs pour intégrer ces arbres sur leurs parcelles boisées. Ces pommiers sont aussi de « véritables habitats pour une faune et une flore très variée », précise-t-elle.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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