«Il n’est pas encore possible de se passer de fongicides contre le mildiou, surtout les années humides. Par contre, réduire leur utilisation est envisageable en retenant des variétés moins sensibles », explique Jean-Michel Gravoueille, d’Arvalis.

La génétique a fait des progrès. Le catalogue français compte aujourd’hui dix-sept variétés de pommes de terre classées peu sensibles à très peu sensibles au mildiou du feuillage, dont dix inscrites depuis 2013 (voir le tableau ci-dessous). Il en présente également douze assez peu sensibles.

Dans les essais, le recours à une variété avec une note de résistance de 7, 8 ou 9 permet de limiter, en moyenne, de 30 % l’indice de fréquence de traitement (IFT) fongicides, et de 20 % pour celles assez peu sensibles (note 6).

Davantage de choix en fécule qu’en chair ferme

« Les différentes filières ne bénéficient pas de la même façon de cette possibilité, indique le spécialiste d’Arvalis. En fécule, 70 à 80 % de la sole est déjà cultivée avec des variétés peu sensibles au mildiou. Parmi celles destinées à l’industrie, Magnum connaît un certain développement. Par contre, en consommation, les agriculteurs hésitent à en produire qui n’ont pas été reconnues pour leurs différentes qualités, et l’utilisation de celles peu sensibles est limitée. En chair ferme, le nombre de variétés est encore faible. Tentation vient de rejoindre Allians, inscrite depuis plusieurs années. » Toutefois, les choses changent. « Nous sélectionnons sur la résistance au mildiou depuis très longtemps et avons inscrit Coquine dès 2008, remarque Philippe Laty, du Grocep. Depuis, nous avons ajouté plusieurs variétés dont Cephora et Tentation, et ces derniers mois, je sens les agriculteurs prêts à faire le pas. »

« La sélection est complexe car le mildiou contourne facilement les résistances, souligne Jean-Michel Gravoueille. Charlotte, par exemple, avait un bon comportement lorsqu’elle a été inscrite, mais elle l’a perdu depuis. Trente-cinq gènes spécifiques ont déjà été identifiés. Même cumulés dans une variété, ils sont contournés par la maladie. Les résistances dites quantitatives sont moins facilement contournables, donc plus durables. Cumuler ces deux types de résistance devrait prolonger leur durabilité. Pour gérer longtemps le mildiou, plusieurs programmes de recherche ont été lancés, dont le projet PoTStaR. »

Dans la pratique, la question est aussi de savoir comment utiliser la résistance des variétés actuelles. Peut-on réduire les doses à chaque passage, décaler le début du programme ou se passer de protection à un moment donné ? « La question est encore posée, reconnaît Jean-Michel Gravoueille. Aujourd’hui, nous conseillons de combiner plusieurs leviers et d’utiliser l’outil d’aide à la décision Miléo. Il prend en compte la moindre sensibilité de ces variétés. Il intégrera les données concernant ces dernières au fur et à mesure que nous aurons affiné la connaissance de leur comportement. »

Blandine Cailliez

Dix-sept variétés peu sensibles
Variétés classées peu sensibles au mildiou du feuillage (note CTPS 9, 8 et 7)
Année d’inscriptionVariétéTypeNote CTPS mildiou du feuillage (*)
1966SpartaanConsommation7
1986ProducentFécule7
2003AlliansChair ferme7
2005HingaFécule7
2005VoyagerConsommation7
2006TaranisFécule7
2008CoquineConsommation8
2013CephoraConsommation8
2014PassionConsommation8
2015MaïwenConsommation7
2015TentationChair ferme8
2016RackamFécule7
2016ZenConsommation7
2016KellyConsommation8
2017MakhaïFécule9
2017DelilaConsommation8
2018AzilisConsommation7

(*) De 1 (très sensible) à 9 (très peu sensible). Source : Arvalis Geves.