Enherbement, maladies, ravageurs, fertilisation, alternance… Gaëtan et Franck Decarsin, qui exploitent 38 ha de verger de pommes à cidre à Toutainville, dans l’Eure, testent des méthodes alternatives dans le cadre du programme d’expérimentation Verger cidricole de demain. Ce dernier leur a permis de comparer leurs propres pratiques avec celles d’un itinéraire dit « éco » (économe en intrants), mis au point avec l’IFPC (1).

Après trois années de production de leur parcelle de 2 ha de verger expérimental, mis en place en 2011 sur des sols caillouteux à silex de début de coteaux, les producteurs dressent un premier bilan. « Cette année, nous enregistrons 25 t/ha en modalité éco, et 35 t/ha en modalité producteur. L’écart est lié à un phénomène d’alternance sur la variété dabinett (sur trois variétés au total) dans la modalité éco, malgré des tests d’éclaircissage mécanique. Nous devons encore travailler sur ce point pour trouver de vraies alternatives. Néanmoins, en 2017, les deux vergers avaient eu des rendements identiques ! »

En 2016, il y avait eu un écart défavorable de 10 t/ha pour la modalité éco. Cela s’explique par la concurrence sur la ressource en nutriment de la bande fleurie exubérante qui avait été mise en place, malgré 50 t de fumier à l’implantation. « Pour les besoins expérimentaux, nous avons souhaiter attendre avant de complémenter, de voir si d’autres effets, comme la mycorhization que nous avions effectuée à la plantation, allaient permettre une compensation. Cependant, lorsque nous avons décidé une fertilisation de secours à base de granulés de guano, c’était trop tard. Les mises en réserve des arbres avaient déjà été pénalisées avec des incidences sur la mise à fleur, puis la mise à fruits », constate Gaëtan.

Mesure d’inoculum

« Aujourd’hui, dans l’ensemble du verger, j’ai appris à observer et à attendre. Il est possible de tolérer des populations de puceron, surtout si je constate des syrphes ou des larves de coccinelle », indique le producteur.

Chaque année, il réalise des observations d’inoculum de tavelure. « Je le fais en même temps que la récolte. Au printemps, si la situation de départ est saine et pas trop pluvieuse sur une variété peu sensible comme dabinett, je réalise de zéro à deux traitements pour gérer la tavelure, dont un mélange de soufre et de petite dose de cuivre. Pour les variétés plus sensibles, je me contente de quatre à cinq applications, dont des passages agréés en agriculture biologique. » « Nous savons que la mesure de l’inoculum à l’automne réduit de moitié les applications fongicides. »

Alexis Dufumier

(1) Institut français des productions cidricoles.

Les producteurs mesurent l’inoculum de tavelure lors de la récolte pour définirsi la situation est saine. © C. Michel
L’expert
« Une bonne maîtrise des maladies »

« Les expérimentations du programme Verger cidricole de demain montrent qu’avec des pratiques économes alternatives, nous avons bien maîtriser les maladies cryptogamiques, en combinant observations fines et traitements curatifs réactifs. La gestion des ravageurs est parfois plus aléatoire, notamment sur puceron cendré en jeune verger, mais la réduction des insecticides de synthèse donne de bons résultats. En revanche, la gestion de la fertilisation azotée organique et les alternatives aux herbicides pour gérer la concurrence du couvert sont des points clés restant à optimiser, en particulier lors de la phase d’implantation des vergers. »

Anne Guérin, chef de projet à l’Institut français des productions cidricoles.