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Mélanger les variétés de blé, une pratique qui monte

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De plus en plus d’agriculteurs mélangent plusieurs variétés de blé sur leurs parcelles, misant sur des avantages agronomiques et de gestion.

Depuis une dizaine d’années, une pratique encore marginale, mais en forte progression, est observée dans les parcelles françaises : l’augmentation des mélanges de variétés de blé. Alors qu’ils totalisaient à peine 1 % de la sole de blé tendre en 2007, ils en représentent 4,8 % en 2017, soit une surface estimée de 228 000 hectares, selon les enquêtes réalisées par FranceAgriMer.

L’intérêt de ces associations variétales a été étudié pendant trois ans, de 2014 à 2017, dans le cadre du projet Wheatamix, qui a réuni dix laboratoires de recherche et six chambres d’agriculture du Bassin parisien. Une enquête réalisée par Wheatamix auprès d’agriculteurs « mélangeurs » a montré que leur motivation première est la diminution des intrants, notamment grâce à leur résistance accrue aux maladies. Viennent ensuite la stabilisation des rendements au fil des années, et la simplification dans la gestion.

Stabilité des rendements

Cent soixante mélanges de trois à cinq variétés ont été testés chez des exploitants et sur des parcelles d’essais de chambres d’agriculture. « Les variétés assemblées par les agriculteurs étaient des variétés élites commercialisées localement. Elles ont été choisies pour leur complémentarité de résistance aux maladies, afin de respecter les critères de qualité de la filière, mais en s’autorisant une certaine diversité pour la précocité et la hauteur », détaille Jérôme Enjalbert, coordinateur du projet Wheatamix. Les résultats montrent que, dans 70 % des cas, le rendement du mélange est supérieur au rendement moyen des variétés pures. La différence est d’autant plus marquée que l’année est difficile. Ainsi, en 2016, année à forte pression maladie, le rendement des mélanges a été nettement supérieur au rendement moyen des variétés pures (+ 5 %). Cet avantage donné aux mélanges de variétés en présence de maladies est déjà largement mentionné dans la littérature scientifique, et il a été de nouveau mis en avant dans l’expérimentation Wheatamix (lire l’encadré).

S’il n’y a pas de freins techniques à l’adoption de cette pratique pour les agriculteurs, les obstacles à son développement sont à chercher du côté de l’amont (sélectionneurs, organismes de conseil…) et de l’aval (collecteurs, transformateurs…). « La réglementation française interdit, pour l’instant, la commercialisation des mélanges par les distributeurs », explique Stéphane Lemarié, économiste et directeur de recherche à l’Inra. Pourtant, la directive européenne 66/402 permet d’autoriser les mélanges, sous certaines conditions, mais elle n’a pas été retranscrite dans le droit français. « Certains pays, comme le Danemark, acceptent la commercialisation des mélanges. Cependant, la diffusion de cette pratique y reste aussi limitée qu’en France », poursuit-il. Les freins seraient-ils donc à chercher plutôt du côté du conseil, étant donné qu’il est aujourd’hui adapté aux variétés seules ?

L’épineuse question du conseil

Avec plus de deux cents variétés de blé tendre cultivées en France, des critères liés aux contextes pédoclimatiques et des objectifs propres à chaque agriculteur, la question du conseil semble quasiment insurmontable. « On ne peut pas tester tous les mélanges !, lâche Josiane Lorgeou, responsable du pôle variétés, génétique et semences chez Arvalis. Comment fournir du conseil sans règles d’assemblage des variétés ? On ne peut pas faire de l’empirisme. » Selon elle, la réflexion doit être menée autour de trois axes. « Tout d’abord, quel est l’objectif du mélange ? Celui-ci peut être multiple : augmentation des rendements, économie de produits phyto, ralentissement de l’apparition des résistances… Ensuite, sur quelles variables évaluer le mélange ? Et, enfin, avec quoi comparer ses performances ? »

Arvalis s’est investi sur le sujet en mettant en place des essais, mais ceux-ci n’ont pas montré d’avantage significatif des mélanges en comparaison des moyennes de variétés pures sur le rendement, la qualité technologique et la nuisibilité des maladies. Pour l’Institut technique, l’ampleur des besoins en connaissances en génétique, notamment sur la construction des résistances aux maladies et l’aptitude de chaque variété aux mélanges, en fait un objectif de recherche sur le long terme.

L’autre frein fréquemment mentionné est le débouché. La meunerie et l’amidonnerie réclament une pureté variétale, alors que pour le débouché export, les mélanges ne posent pas de soucis, tant qu’ils restent dans la même classe (blé panifiable, par exemple). « Évidemment, pour les industriels, cela implique des process à revoir, et c’est lourd. Il y a un réel travail d’acquisition de connaissances à faire, et une valorisation de l’expérience des agriculteurs », reprend Stéphane Lemarié.

En fonction de leurs zones géographiques, de leurs objectifs de production, de leurs contraintes de commercialisation, etc., les agriculteurs mélangeurs ont donc un réel rôle à jouer dans l’amélioration des connaissances sur les mélanges de blé.

Adèle Magnard
Les organismes stockeurs sont aussi impliqués

L’intérêt de la filière pour les mélanges de variétés de blé s’est illustré cette année par le lancement par le groupe Soufflet d’un mélange « maison » de cinq variétés meunières, contractualisé avec les agriculteurs clients.

Si l’objectif de Soufflet est, avant tout, de mieux maîtriser la régularité des farines, les agriculteurs chercheront aussi à profiter des avantages agronomiques des mélanges de variétés.

Diversité des critères. Les variétés de blé peuvent être mélangées selon plusieurs critères : hauteur, précocité, résistance aux maladies, etc. © Inra
Effets positifs des mélanges sur pucerons et maladies

« L’effet positif des mélanges de variétés sur la résistance aux maladies est un phénomène bien connu, que nous avons à nouveau mis en évidence sur le site expérimental de l’Inra de Versailles en 2015 et 2016 », détaille Emmanuelle Porcher, écologue au Muséum national d’histoire naturelle et membre du projet Wheatamix.

Ainsi en présence de certains mélanges, que ce soit de deux, de quatre ou de huit variétés, le risque d’attaque est diminué par rapport à des cultures pures.

Les expérimentations en microparcelles ont également montré un effet positif des mélanges variétaux sur la prédation des pucerons par des araignées.

« Le troisième effet positif trouvé, qui n’avait jamais été observé jusqu’alors, est l’ abondance plus importante de bactéries productrices de nitrates en présence de mélanges de variétés », poursuit Emmanuelle Porcher. Il s’agit d’une découverte intéressante, car en produisant du nitrate assimilable par les plantes, ces bactéries peuvent améliorer la fertilité du sol.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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