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« Je teste la lentille dans le cadre d’un programme régional »

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« Lorsque les gousses se remplissent, il y a une tendance à la verse. D’où l’intérêt de semer la lentille avec de la caméline, dont les tiges vont servir de tuteurs », explique Michel Tortoling. © D. PERONNE

Exploitant dans une zone de captage sensible, Michel Torloting a démarré

Pour la deuxième année consécutive, Michel Tortoling, agriculteur à Gravelotte, en Moselle, a mis en place une nouvelle culture de printemps, la lentille. Il l’a semée sur une petite surface, 50 ares en 2018 et 90 ares en 2019, qu’il espère agrandir dans le proche avenir. « Cette légumineuse est un très bon précédent à blé. De plus, elle colle bien à mes nouvelles pratiques, puisque je viens juste d’entamer ma conversion au bio », souligne-t-il. Pour l’heure, cette production est en phase d’essai dans le cadre d’expérimentations régionales visant à développer des cultures à très faible impact environnemental, mais pour lesquelles les débouchés sont assurés (lire encadré ci-dessous).

Semences fournies

L’exploitation de Michel est située sur le plateau de Gorze, dans les hauteurs qui environnent Metz. Sur une surface totale de 150 ha, 105 sont jusqu’à présent dédiés aux cultures « classiques » : blé, orge, colza, orge de printemps et pois protéagineux. L’EARL de la Mance compte aussi un atelier d’élevage de 45 mères charolaises.

Sur ce plateau très agricole, une source découverte et déjà exploitée par les Romains alimente à 20 % la ville de Metz en eau potable. Un programme Ferti-Mieux (1), un des premiers de France, y avait été mis en place dans les années 1990-2000. Avec de très bons résultats : les taux de nitrates étaient passés de 70 mg à 40-45 mg/l. Une première opération suivie d’une seconde, Agri-Mieux, qui a stabilisé les chiffres obtenus. Si les aides sont aujourd’hui stoppées, les 4 000 ha de SAU concernés sont toujours sous surveillance.

En 2018 et 2019, l’Agence de l’eau a fourni les semences : des lentilles vertes, proches sur le plan variétal de celles utilisées dans l’appellation du Puy.

L’itinéraire technique est très réduit. « Du glyphosate pour détruire les Cipan avant le semis, à raison de 1,5 l/ha, indique Michel. Puis le semis, en avril, à la dose de 100 kg/ha, avec un semoir pour semis direct. » L’an passé, particulièrement sec, la culture s’est bien tenue et la récolte, mi-août, a été bonne, avec 15 q/ha. Cette année, pour anticiper les risques de verse, importants pour la lentille, l’agriculteur a semé conjointement une plante dite « de service », la caméline, à la dose de 2 kg/ha, dont les tiges vont servir de tuteurs. « Celles de la lentille sont très fines, donc assez fragiles », précise-t-il.

Tri optique

Autre contrainte importante pour cette production : le tri. Les légumineuses sont récoltées avec une moissonneuse munie de becs releveurs d’épis. Mais du fait de la petite taille de la plante, le sol est davantage « raclé », et aux graines se mêlent saletés ainsi que petits cailloux.

Comme il n’existe pas de station performante dans la région, la production de Michel est transportée avec celle d’autres agriculteurs, principalement ceux déjà en circuits courts, vers l’entreprise Fasem, en Eure-et-Loir. Celle-ci réalise du tri optique très performant. Un camion de 17 t fait l’aller-retour, leur ramenant les lentilles triées en sacs de 25 kg. Une grosse partie de celles de l’EARL de la Mance est vendue à la cuisine centrale de Metz, qui ravitaille écoles, crèches, hôpitaux. Le solde est vendu auprès de particuliers en sachets de 500 g.

Dominique Péronne

(1) Ferti-Mieux puis Agri-Mieux sont des opérations collectives volontaires créées pour lancer de nouvelles méthodes pour reconquérir et préserver la ressource en eau.

Des solutions alternatives locales

La microfilière « lentilles » a été mise en place dans le cadre d’essais menés conjointement par les quatre chambres d’agriculture lorraines, la chambre régionale, en partenariat avec l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Deux agriculteurs par département testent la culture, toujours sur des zones de captages difficiles. Le but étant de développer des productions à bas niveaux d’intrants, tout en organisant la chaîne de commercialisation auprès de collectivités locales. Le 25 juin prochain aura lieu un comité de pilotage réunissant les agriculteurs impliqués. En Lorraine, l’objectif à terme étant de mettre en place une petite unité de tri et d’ensachage, la lentille restant un marché de niche.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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