Fini la monoculture, place aux cultures associées. Voici la nouvelle philosophie d’Aurélien Bruère et de son associé Mikaël Guinier, agriculteurs à Saint-Laurent-en-Gâtine, au nord de l’Indre-et-Loire. Même s’ils n’appliquent pas encore cette méthode sur la totalité de leurs 313 ha, Aurélien et Mikaël testent depuis trois ans différentes associations et comptent mélanger toutes leurs cultures l’an prochain. « Il nous a paru logique d’associer des plantes comme dans notre potager. Nous avions des problèmes de désherbage, nous avons donc introduit des protéagineux et des légumineuses, comme les pois chiches, les lentilles, le lupin, etc. que nous vendons en direct.

Enfin, nous souhaitions réduire les phytos, notamment les insecticides », précise le céréalier. En plus des 80 ha de colza associé à un mélange féverole-vesce-lentille (60 - 10 - 10 kg/ha), il cultive 8 ha de blé associé à de la féverole (60 kg/ha), les deux cultures sont récoltées. Et 6 ha d’orge associée avec de la féverole et du pois chiche. « La féverole, avec sa racine pivot permet de réguler l’humidité, néfaste à l’orge, et le pois chiche possède une réaction répulsive sur les insectes. Il n’y a pas d’effet de concurrence comme on aurait pu le craindre », explique l’agriculteur.

Un semoir évolutif

L’orge, la féverole et le pois chiche sont semés sur le rang, à 12,5 cm d’écart, en même temps. « La première année, j’ai d’abord semé les pois chiches, plus long à germer, et huit jours plus tard, l’orge. Mais c’est assez contraignant. Aujourd’hui, je sème une orge résistante à la cicadelle (KWS Borrelly) et les pois chiches en un seul passage. Cela fonctionne bien. »

En 2019, les orges associées ont atteint en moyenne 10 q/ha de plus que l’orge seule. © Aurélien Bruère

Aurélien a adapté son semoir combiné à une herse rotative (Kverneland) pour semer chaque élément. Grâce à une aide de l’Agence de l’eau, il a ajouté trois trémies et compte en agréger une quatrième pour réduire le temps des mélanges. Après le semis mi-octobre, il effectue un désherbage avec Prowl, homologué pour les trois cultures, et apporte de l’engrais (ammonitrate soufré 27 %). Il n’a pas réalisé d’essais chiffrés sur la fertilisation mais la différence en sortie d’hiver est notable. « L’orge seule est jaune, tandis qu’avec de la féverole, elle reste verte », souligne l’exploitant. Pendant l’hiver, la féverole ainsi que le pois chiche, des variétés de printemps gélives, se décomposent et libèrent de l’azote. De plus, il a diminué à 50 % de dose le désherbage et il n’utilise plus d’insecticide d’hiver. Les résultats de ses associations sont très encourageants. L’an dernier, les orges dans la féverole et celles dans les pois chiches ont atteint respectivement 99 et 102 q/ha, soit plus de 10 q/ha par rapport à l’orge seule (87 q/ha). « Après trois ans de tests concluants, nous allons généraliser cette pratique », conclut Aurélien.

Aude Richard

L’expert
« Moins de symptômes de JNO » Christophe Bersonnet, animateur à la chambre d’agriculture de l’Indre-et-Loire.

« Avec le groupement de développement agricole (GDA), nous continuons de tester l’association d’orge avec différentes cultures : pois chiche, féverole et fenugrec. Au début du mois de mars, nous avons observé que l’orge LG Casting, sensible à la jaunisse nanisante (JNO), présentait des symptômes lorsqu’elle est seule mais très peu en association. Après analyses, toutes les orges sont finalement contaminées par le virus JNO. Début avril, l’orge associée affiche aussi des symptômes de la maladie. Ce mois de décalage reste à expliquer : une moindre contamination et une charge virale par un effet de barrière mécanique ou répulsif, une meilleure croissance… Les essais se poursuivent. »

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