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« Je réduis mes IFTsur toutes les cultures »

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Jérôme Hary :« En lin textile,nous essayonsau maximumde supprimerle fongicide,mais sansimpacterle potentiel. » © Blandine Cailliez

Jérôme Hary s’efforce, depuis 2012, de diminuer les phytos. Après avoir testé sur les betteraves,le colza, le lin et les céréales ont suivi.

«J’ai commencé à m’intéresser à la réduction des produits phytos sur betteraves sucrières », explique Jérôme Hary, agriculteur à Abancourt, près de Cambrai dans le Nord, au sein d’une exploitation de 70 ha. La région Nord - Pas-de-Calais a lancé son projet Dephy Expé cette année-là, et en plus des essais conduits par les chambres d’agriculture et les organismes techniques, l’Institut technique de la betterave (ITB) voulait mesurer la faisabilité de telles expérimentations chez des agriculteurs. Ces dernières ont bénéficié d’un programme « eau et agriculture » de l’agence de l’eau Artois-Picardie.

« En passant au désherbage mécanique, nous avons réduit de 66 % nos IFT herbicides sur les betteraves, précise Jérôme Hary, qui pratique le non-labour depuis vingt ans. La démarche a été possible car nous sommes en Cuma intégrale. La nôtre, celle des Quatre chemins, a investi dans une rampe de pulvérisation Maréchal 36 rangs pour traiter en localisé (25 000 €) et dans une bineuse Agronomic 12 rangs (17 000 €), toutes deux autoguidées mécaniquement. » Bien qu’avec son voisin, Guillaume Balique, ils réalisent tous leurs travaux en commun, ils auraient eu du mal à les amortir sur leurs 45 ha de betteraves. Dans la foulée, ce dernier a acheté une houe rotative et une herse étrille Hatzenbichler.

débuts difficiles

« Les débuts n’ont pas été faciles, reconnaît le producteur. Pour biner, nous sommes tributaires du climat et ça prend beaucoup de temps (de 2 à 5 ha par heure). Pour réduire de façon significative les herbicides, nous avons réalisé d’emblée l’ensemble de nos passages en localisé. Lorsque c’est possible, nous n’hésitons pas à effectuer le premier binage avant le stade 4 feuilles, même si l’ITB conseille de ne pas intervenir avant. » Leur bineuse est équipée de lames Lelièvre, qui fragilisent moins les jeunes betteraves.

Aujourd’hui, Jérôme Hary est satisfait. Son programme de désherbage se limite à trois interventions en post-levée aux doses classiques, mais sur seulement 15 cm de large, au lieu de 45 cm. Il emploie de 0,4 à 0,8 l/ha de Bétanal Booster, 0,5 l/ha de Goltix, 100 g/ha de Venzar et 15 g/ha de Safari, le tout divisé par trois. Seule entorse au passage en localisé, dans les parcelles où il a des soucis de vulpins, il procède en pré-semis en plein avec de l’Avadex.

Sur colza,lin et escourgeon

Forts des premiers résultats obtenus, les deux agriculteurs ont poursuivi avec les autres cultures. « Nous implantons le colza avec notre semoir de précision au même écartement qu’en betteraves, 45 cm, ce qui permet de le désherber aussi en localisé, souligne Jérôme Hary. Mais jusqu’à présent, nous n’avons jamais réussi à biner à l’automne. Nous intervenons dès la fin de l’hiver, juste avant qu’il reparte. »

Avant les cultures de printemps - les betteraves et le lin textile - il installe un couvert composé de plusieurs espèces (avoine, moutarde, phacélie, trèfle, tournesol…). Il le détruit de préférence mécaniquement, assez tard, en décembre ou janvier, afin d’éviter le recours au glyphosate. « Quand une période de gel est annoncée, je passe un rouleau Faca pour affaiblir les plantes, le froid fait le reste », remarque l’agriculteur.

Le lin n’est pas une culture très gourmande en intrants mais, là encore, il essaie de réduire le recours à la chimie. « Nous souhaitons supprimer au maximum le fongicide, sans aller jusqu’à impacter le potentiel, indique-t-il. Ce produit risque de toute façon de gêner le rouissage. »

Quand c’est réalisable, les deux exploitants désherbent également mécaniquement les escourgeons et les blés avec la herse étrille, après avoir pris la précaution d’implanter de 5 à 10 % de semences en plus. Là encore, le bilan est encourageant. « Pour les années à venir, nous réfléchissons, avec la Cuma, à acquérir une bineuse Garford, équipée d’éléments qui se déplacent très facilement sur la poutre. Elle nous permettrait de biner des céréales avec un semis à 15 cm d’écartement. »

Pas à pas, culture par culture, Jérôme Hary et Guillaume Balique continuent à réduire leurs phytos.

blandine cailliez

Des tests en légumes et cultures industrielles

« Nous avons comparé, pendant six ans, un itinéraire classique raisonné à un autre avec une baisse de 50 % d’IFT. Les tests ont eu lieu dans les deux fermes expérimentales du pôle légumes : à Lorgies (Nord) pour une rotation à base de céréales, pommes de terre, oignons et choux-fleurs, et au lycée de Tilloy-lès-Mofflaines (Pas-de-Calais) pour un assolement à base de betteraves, pommes de terre, céréales et colza », explique Bruno Pottiez, de la chambre d’agriculture, un des responsables du projet Expé Dephy du Nord - Pas-de-Calais. Ces travaux ont permis d’identifier des leviers qui peuvent être utilisés par les agriculteurs, comme le recours au choix de variétés tolérantes (en photo : Mackaï), aux OAD tels que Miléos en pommes de terre, ou au désherbage mécanique en betteraves. Mais certaines pistes peuvent entraîner une augmentation trop élevée des charges, comme la nouvelle variété d’oignon résistante ou le produit de défanage à base d’acide pélargonique, qui empêchent ces techniques d’être transférables aux exploitants.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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