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«  Je produis du sarrasin en culture dérobée  »

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Intérêt. « Le sarrasin convient bien à nos terres pauvres. Il est assez facile à produire, même s’il faut qu’il pleuve régulièrement pour assurer un bon rendement», explique Thomas Courageot. © Photos : Ch. URVOY

En Haute-Marne, sur les argilo-calcaires superficiels à cailloux, Thomas Courageot produit du sarrasin après du méteil, récolté fin mai.

Vu le potentiel de ses terres en argilo-calcaires superficiels à cailloux, Thomas Courageot, exploitant en Haute-Marne, s’efforce à réduire au maximum ses charges. 75 % des 300 hectares sont implantés en semis direct, dont une partie sous couvert, pour limiter les repousses et nourrir le sol à l’interculture. Les couverts sont composés de féverole, pois, sarrasin, tournesol, voire de vesce et de trèfle blanc nain. Thomas produit sa semence de sarrasin, espèce qu’il associe également au colza. Au final, à raison de 10 kg/ha, il a besoin chaque année d’environ 1,3 tonne de graines de sarrasin pour 30 ha de colza et 100 ha de couverts. « Le sarrasin convient bien à nos terres pauvres et est assez facile à produire, souligne l’agriculteur. J’en ai implanté une trentaine d’hectares en 2015 et 2016 et 22 ha cette année, à chaque fois derrière du méteil composé de pois fourrager, vesce, triticale et seigle forestier et récolté en ensilage fin mai pour notre méthaniseur. »

La parcelle est désherbée avec 360 g/ha de glyphosate. Puis, le sarrasin est implanté en semis direct, fin mai-début juin, à 40 kg/ha. La culture ne nécessite pas de fertilisation, surtout pas d’azote, sinon elle produirait trop de feuilles, au détriment des graines. « S’il pleut début juin, il faut surveiller les limaces. Si besoin, je traite avec du Sluxx à 5 kg/ha, voire du Metarex s’il pleut beaucoup. » Par la suite, le sarrasin ne nécessite aucune protection particulière. Quinze jours à trois semaines après le semis, les premières fleurs apparaissent. La culture va fleurir et produire des graines jusqu’aux premiers coups de froid de septembre (4 °C cette année), qui vont stopper la floraison. La récolte a lieu en septembre, avec la moissonneuse, à environ 30 % d’humidité.

Séchage minutieux

Les graines sont ensuite nettoyées à la ferme et séchées chez un agriculteur qui dispose d’un séchoir à basse température. « Il faut atteindre 15 % d’humidité sans cuire la graine, sinon elle ne germera plus, prévient l’exploitant. L’autre solution pour réduire le séchage après récolte, qu’on aimerait tester, est de couper le sarrasin avec une faucheuse-andaineuse, puis de laisser sécher sur place environ une semaine, avant de reprendre le tout avec la moissonneuse. »

Les rendements varient de 6 à 12 q/ha. « Les 6 q/ha sont dus à une implantation dans une parcelle à trop fort potentiel, précise-t-il. La production de feuilles a été trop importante. » Même si la culture résiste bien au manque d’eau, il faut qu’il pleuve régulièrement pour assurer un bon rendement. En 2016, Thomas Courageot a récolté 36 tonnes. Une partie est vendue à un négoce à 360 €/t, pour la production de farine. Au printemps suivant, il faut éviter d’implanter du maïs, du tournesol ou des pois de printemps, faute de solutions herbicides pour éliminer les repousses de sarrasin.

Chantal Urvoy
Floraison. La culture fleurit et produit des graines tout au long de l’été, jusqu’aux premiers coups de froid de septembre.
Un intérêt économique

La production de graines de sarrasin revient à environ 200 €/ha pour un rendement de 12 q/ha (72 €/ha de semences, 40 € de main-d’œuvre et matériel de semis, 75 € pour la récolte, 18 à 24 € pour le séchage), soit 170 €/t, contre 2 000 €/t s’il achetait les semences. « Il est rentable de produire ses graines, même si le rendement peut être aléatoire. De plus, en dérobée, le sarrazin ne prend pas la place d’une autre culture et je peux le déclarer comme SIE (1). »

(1) Surface d’intérêt écologique.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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