Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

« J’ai analysé mes sols bio et conventionnels »

réservé aux abonnés

Conversion culturale - « J’ai analysé mes sols bio et conventionnels »
À gauche, une parcelle en en bio - pH = 6,2 - CEC = 6,4 meq/100 g - MO = 3,6 % - C/N = 27,6 -- À droite, en conventionnel - pH = 5,9 - CEC = 5,4 meq/100 g - MO = 3,3 % - C/N = 17,9 © Nicolas Jaquet

Vingt ans après avoir converti une partie de son exploitation en bio, Nicolas Jaquet a voulu quantifier la différence au niveau de ses sols.

Sur sa ferme de 500 ha à Onesse-Laharie (Landes), Nicolas Jaquet cultive 300 ha en agriculture bio depuis vingt ans. Mi-février, cet agronome de formation décide de comparer la qualité de ses sols selon leur mode de conduite. « On entend beaucoup de choses sur ce que l’agriculture biologique apporte à la vie des sols. J’ai voulu vérifier sur les miens, explique-t-il. J’ai la chance d’avoir deux grandes parcelles contiguës séparées par un chemin, avec des sols homogènes, l’une en bio, l’autre en conventionnel, que j’ai fait analyser. »

Si les parcelles sont similaires, elles ne sont pas cultivées de la même façon. En bio, Nicolas produit du maïs doux et des légumes : haricots verts, carottes, petits pois. Il fait aussi de l’engrais vert, moutarde ou navette, et amène des fientes de poules, achetées à l’extérieur puisqu’il n’y a pas d’élevage sur la ferme. Sur la partie conventionnelle, il alterne plantes médicinales et maïs grain. Pas d’engrais vert et la fertilisation est minérale. Des pratiques différentes qui ne sont pas sans lien avec les résultats du laboratoire Auréa.

Quelques chiffres

« Le pH se maintient au-dessus de 6 sur la parcelle bio, où je n’ai jamais fait un apport de dolomie alors que j’en fais tous les cinq ou six ans en conventionnel pour garder un pH entre 5,6 et 5,8 », constate l’agriculteur. La capacité d’échange cationique (CEC) est un peu plus élevée en bio, tout comme le taux de matière organique (3,6 % contre 3,3 %). Les oligo-éléments sont deux fois plus importants en bio. « Les sols landais sont naturellement pauvres en oligo-éléments, cuivre, zinc, manganèse… Les engrais organiques en apportent, à la différence des engrais minéraux qui n’ont que des éléments purs. La matière organique des effluents est plus soluble », analyse-t-il. Le rapport entre le carbone et l’azote (C/N) est de même très différent : 27,6 en bio et 17,9 en conventionnel. « En bio, l’engrais vert utilise l’azote disponible, c’est pour cela qu’il y a un reliquat azoté plus faible qu’en conventionnel, mais ce C/N élevé est aussi un gage de stabilité de l’humus. » La masse microbienne est faible dans les deux cas, inférieure à 1 % du carbone organique. « C’est lié à la nature même du sol, constitué de sable fin. Il y a peu de vers de terre ou d’insectes car ils ont du mal à y évoluer. Plus que le mode de culture, c’est le travail du sol qui peut les favoriser. En décompactant ou en labourant, on l’aère et lui évite de se tasser. »

De réels bénéfices en bio ?

Que conclut Nicolas de son expérience ? Dans son cas, le bio n’améliore pas la qualité de ses sols, qui fonctionnent quelle que soit leur conduite. Les différences proviennent principalement des apports de matières organiques. Il estime qu’au total, les sols en bio en bénéficient chaque année, depuis vingt ans, avec 6 t/ha de matières organiques, dont 3 à 4 t/ha de fientes.

Ce qui soulève chez l’agriculteur des questions sur ce mode de culture dans un système de polyculture sans élevage tel que le sien. « Si j’avais des animaux sur la ferme, je répartirais les effluents sur l’ensemble des terres. Or, en Nouvelle-Aquitaine, comme dans les zones avec peu d’élevages, les effluents sont une ressource rare dont le prix a tendance à augmenter. L’agriculture bio a un travers : elle a tendance à capter ceux qui sont disponibles, privant les autres sols. »

Nicolas est loin de regretter la conversion d’une partie de son exploitation, estimant qu’une forme d’agriculture est bénéfique à l’autre, et inversement. Mais il s’interroge sur la durabilité de ce système. « Si on poursuit le développement du bio, on risque de manquer d’engrais organiques. Une bonne agriculture ne devrait-elle pas se situer entre les deux, avec un redéploiement des élevages dans les plaines céréalières, plutôt qu’une spécialisation des régions ? »

Justine Papin

Dualité importante

Bio comme conventionnel s’intègre dans le système de Nicolas en termes d’organisation de travail (date de semis et récoltes décalées) ou de débouchés (plantes médicinales pour le marché de l’extraction végétale en conventionnel).

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !