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« J’ai adapté mon exploitation pour répondre à la certification HVE »

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Le pulvé, un Artec ARS 20, permet de faire de la modulation de dose intraparcellaire et d’adapter l’apport d’azote en fonction des besoins des plantes. © A. Richard

Céréaliers, Xavier Popot et son associé ont fait le choix de la certification HVE pour se différencier. Grâce aux aménagements parcellaires et à l’agriculture de précision, ils arrivent à répondre aux prérequis.

«Grâce à la certification HVE, mes efforts pour l’environnement vont être récompensés », lance Xavier Popot. Céréalier à Baigneaux, au sud de l’Eure-et-Loir, il a choisi de passer la certification environnementale de niveau 3, qualifiée de Haute valeur environnementale en 2019, pour sortir des cours mondialisés. « En 2016, nous avons perdu 300 000 euros sur l’exploitation et, depuis, nous ne dégageons rien. Soit nous faisons un pari sur l’avenir avec la création de filières de qualité, comme HVE, soit nous mourrons à petit feu », ajoute Xavier Popot, qui est en assolement en commun avec un autre agriculteur à 12 kilomètres.

En un an, le céréalier a modifié son exploitation pour répondre aux critères HVE par la voie A. Cela signifie qu’il a revu son système de cultures afin d’obtenir 10 points dans les quatre items : la biodiversité, la stratégie phyto, la fertilisation et l’irrigation. « Il y a une autre voie qui consiste à prouver que le ratio du coût des intrants sur le chiffre d’affaires est inférieur à 30 %, poursuit-il. Mais les variations de prix de nos productions sont trop importantes pour être certain de garder ce ratio les trois années de la certification. Notre chiffre d’affaires risque de ne pas être assez élevé. »

45 ha non traités

Xavier et son associé cultivent des pommes de terre, des oignons, des betteraves et des céréales sur 435 hectares. Ils ont passé au crible leur exploitation pour arriver au minimum à dix points dans chacun des quatre items. L’assolement et le découpage des parcelles ont été revus. Pour l’item biodiversité, « nous avions peu de haies, mais une bonne rotation de cultures », résume Xavier. Avec plus de dix cultures (7 points), dont la principale qui fait moins de 30 % de la SAU (5 points), les associés dépassent le socle des 10 points.

Pour la stratégie phytosanitaire, ils mettent en place 45 ha de cultures non traitées, soit 10,5 % de leur SAU (2 points). « Nous avons ciblé les tournières ou les pointes, les ronds de nématodes, les bordures de champs près du cimetière. L’objectif est de nettoyer et de régénérer les sols », indique Xavier. Il découpe les champs et passe ainsi de 69 parcelles à 168 ! Selon les besoins, il implante du trèfle, du chanvre, de la luzerne ou du ray-grass. Aujourd’hui, ces cultures non traitées ne sont pas commercialisées. « L’aménagement parcellaire est un gros effort, confie-t-il. Mais, dans la palette de tous les leviers possibles, c’est le moyen qui nous a semblé le mieux convenir à notre mode de production. » Les céréaliers optent également pour une mesure agro-environnementale afin d’abriter les oiseaux en site Natura 2000 avec un mélange de graminées et de légumineuses pour cinq ans, sur deux sites de 1,7 ha (1 point).

Pulvérisation très bas volume

Xavier pratiquait déjà un faux semis pour les céréales – deux déchaumages – et du binage pour les oignons et les betteraves. Ces méthodes alternatives, sur plus de 75 % de la surface, lui permettent d’obtenir 3 points. Il en obtient 2 en utilisant des buses antidérive et un clapet antidébordement sur son pulvé.

« Je pratique l’agriculture de précision depuis 2007, avec la modulation intra-parcellaire, poursuit-il. J’ai investi dans un pulvé – Artec ARS 20 – pour gagner en efficacité de pulvérisation en bas volume (50  l/ha) et diminuer les IFT (1). »

Xavier et son associé travaillent à la diminution de l’indice hors herbicide. En étant 39 % en dessous de l’IFT de référence de la région, ils obtiennent 4 points. Ils optent pour des variétés résistantes à la cécidomyie, sans besoin de régulateurs de croissance, et emploient des produits de biocontrôle, comme du soufre ou de l’azote cuivré sur les betteraves. « Le délai d’intervention est de trois heures et non de trois jours, explique-t-il. Et celui de rémanence de cinq jours et non de quinze. Cela demande une certaine organisation pour les chantiers. »

Grâce à ces techniques et au non-traitement systématique, l’IFT betterave est de 3,4 sur l’exploitation, alors que la référence régionale est de 6,2. Pour les pommes de terre, très dépendantes aux phytos, l’indice de référence est de 15,5. Grâce à l’utilisation de Miléos – outil d’aide à la décision –, celui de la pomme de terre 2019 était de 10,3. Pour le blé tendre, un apport de soufre, puis un traitement à demi-dose permettent un IFT 2018 à 0,5. L’indice total de l’exploitation, hors herbicide, est passé de 1 600 à 980. « Nous avons 12 points sur les phytos, souligne-t-il. Cela nous laisse de la marge pour traiter en cas de conditions climatiques difficiles, et continuer de livrer de la qualité à mes clients. »

La fertilisation, elle aussi, est raisonnée. Xavier utilise la méthode du bilan apparent pour calculer les entrées et les sorties d’azote à la façon d’un bilan comptable. Celui-ci est inférieur à 50 unités d’azote, il totalise 10 points. Afin d’améliorer l’efficience de l’azote, le céréalier privilégie l’ammonitrate à l’engrais liquide, afin d’éviter la volatilité. Les 45 ha de cultures sans apport azoté ajoutent 2 points, et les 5 % de légumineuses, 2 points également.

Enfin, pour l’irrigation (430 ha sont concernés), Xavier utilise des tensiomètres (2 points), il enregistre ses pratiques – quantité, date, surface irriguée… – (6 points), et fait partie d’une démarche collective pour la gestion de la nappe de Beauce (2 points). Les deux associés sont équipés de huit rampes frontales pour optimiser les apports d’eau. Ainsi, Xavier Popot obtient au moins 10 points à chaque item et peut être certifié HVE pour trois ans.

aude richard

(1) Indicateur de fréquence de traitements.

De nouveaux marchés à créer

La Ferme des Arches a commencé à valoriser des oignons HVE. Pour les autres filières – céréales, pommes de terre, culture légumière de plein champs –, tout est à mettre en place. Les marchés « blé dur HVE » et « orge brassicole HVE » sont en création pour la récolte prochaine. « La “prime HVE” pour tous les produits devra être significative, sinon les producteurs n’autoriseront pas l’utilisation de la mention valorisante HVE pour la commercialisation, insiste Xavier Popot. Elle sera indispensable à la pérennisation de cette certification. » Pour cette mise en œuvre, neuf structures de mise en marché ont fondé une association régionale, Beauce Val de Loire, afin de développer la certification HVE en Beauce.

Un pari économique

Aujourd’hui, la démarche de Xavier Popot n’est pas rentable. Les 45 ha de zones non traitées ne sont pas valorisés, et constituent donc une perte de 22 500 € de marge nette. Les intrants - engrais, phyto, biocontrôle - coûtent de 100 à 200 €/ha plus cher. Ce sont des passages supplémentaires, avec souvent des chantiers plus longs. La certification HVE revient à environ 500 € pour 4 à 5 heures d’audit tous les trois ans, avec un contrôle au bout de dix-huit mois. Néanmoins, Xavier Popot espère que de nouveaux marchés, déconnectés des prix mondiaux, verront le jour et que ses efforts seront récompensés. Car en plus des surcoûts en intrants et en investissements, des risques importants sont pris pour les productions : le volume et la qualité ne sont plus systématiques.

Xavier Popot a revu complètement son parcellaire pour insérer des micro-parcelles de cultures sans traitement, comme ici du chanvre et du trèfle. Il est passé de 69 parcelles à 168. © A. Richard
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Cet article est paru dans La France Agricole

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