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Introduire des poules dans les vergers

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L’introduction de poules a permis de réduire la population d’insectes phytophages dans les vergers de pommiers de la station de La Morinière. © Station de la Morinière

Les essais menés par la station expérimentale de La Morinière à Saint-Épain, en Indre-et-Loire, montrent un impact positif sur l’enherbement en sortie d’hiver, et surtout sur les populations d’insectes.

De plus en plus courante, la cohabitation poules-arbres fruitiers est-elle pour autant bénéfique à l’activité arboricole ? « C’est ce que nous avons cherché à mieux cerner. Notre objectif étant de mesurer l’impact de cette pratique sur les populations d’insectes et sur l’enherbement, deux sujets encore mal renseignés », explique Fanny Leberre, ingénieure et responsable de l’expérimentation menée en 2018 et 2019, à Saint-Épain, sur le site de la station de La Morinière. En pratique, l’équipe tourangelle a introduit progressivement jusqu’à 80 poules dans un verger, clôturé sur 1,16 ha, conduit en production biologique. « Dans cette parcelle, il y pousse quatre variétés de pommes mais nous avons concentré nos notations sur gala. »

Concernant la population d’insectes, mesurée par frappages durant toute la saison, elle a, dès la première année (en 2018), globalement diminué. Ce constat vaut tout particulièrement pour les phytophages, trois fois moins nombreux que dans la parcelle témoin. Déjà très intéressant, « ce résultat s’est accentué en 2019 avec un total de 18 insectes phytophages décomptés dans la parcelle d’expérimentation, contre 183 dans celle témoin », précise l’ingénieure qui a, en parallèle, porté son attention sur la qualité des fruits récoltés.

Une récolte plus saine

Sur un panel de 500 pommes gala collectées fin août, « nous avons regardé le pourcentage des dégâts dus aux piqûres de carpocapses, de punaises, qui sont un problème majeur en Val de Loire, ainsi qu’à la tavelure et aux tordeuses ». Résultat : une récolte globalement plus saine et ce, dès la première année. Cette amélioration vaut pour les quatre critères retenus. Elle est particulièrement significative pour les piqûres de punaises, leur nombre ayant réduit de 60 %.

En 2019, l’équipe de La Morinière a encore remarqué une baisse des dommages liés aux punaises, tordeuses et carpocapses. Pour ces derniers, « nos observations sur fruits ont été confirmées par l’examen des bandes cartonnées systématiquement posées sur les troncs en cas de forte pression. À l’automne, il a été constaté deux fois moins de larves ».

Autre axe majeur de l’expérimentation, l’étude de l’enherbement a révélé des résultats plus contrastés. Au titre des points positifs, on notera une parcelle de référence plus désherbée que le verger témoin en sortie d’hiver. « Cela nous a permis d’économiser le passage de désherbage mécanique de fin mars. » Pour autant, les gallinacées sélectionnent la flore, notamment les rumex et certaines renouées, mais surtout, elles n’assurent pas un désherbage homogène. « Certaines zones sont presque trop désherbées. Là où le sol est quasiment à nu, la situation peut s’avérer négative en cas de fortes pluies. »

Sur le rang, les notations ont montré un pourcentage de recouvrement plus faible que dans la parcelle témoin. Le phénomène étant très marqué sous les micro-asperseurs ; la terre plus tendre attire les volailles. La station a par ailleurs déploré la formation de nombreux « nids-de-poule » au pied des fruitiers. « À la plantation, nous apportons systématiquement du compost aux arbres et ce milieu se révèle très attractif pour les poules. Elles grattent tant, qu’elles finissent par mettre les racines à découvert, et les arbres en pâtissent. »

Anne Mabire

Pertes de récolte

« C’est le principal point noir de notre expérimentation », reconnaît Fanny Leberre. Les vergers de La Morinière sont conduits en haies fruitières et irrigués par microjets. Les poules utilisent les tuyaux, placés à environ 60 cm de hauteur, comme perchoirs pour atteindre et manger les fruits. En 2018 et 2019, le phénomène a été observé dès juillet « quand le sol devient plus dur à picorer ». L’impact diffère toutefois selon les variétés et leur précocité. « Sur gala, qui se récolte à la fin août, la perte n’a pas été très marquée.Mais sur une variété tardive comme swing, elle a probablement atteint 10 t/ha. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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