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Gérer la biodiversité des réserves d’irrigation

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Aménagée en 1990, cette réserve d’irrigation présente aujourd’hui une végétation étagée propice à la diversité des espèces. © Photos : A. Mabire

Certaines zones comme les berges exondées (au-dessus de l’eau), les îlots et la queue de la réserve s’avèrent stratégiques.

La cacophonie autour des réserves d’irrigation ferait presque oublier l’évidence. Comme tout plan d’eau, « une réserve agricole est un couloir de circulation des espèces, aussi bien animales que végétales, et engendre de la biodiversité », rappelle Ambroise Bécot, animateur d’Arbre 49. En mai, ce réseau a lancé le projet « Plans d’eau agricoles : intérêt biologique, fonctionnalité et gestion » (lire encadré). Il vise à comprendre comment et sous quelles conditions, d’entretien et d’aménagement notamment, une réserve d’irrigation produit de la biodiversité.

Attirer des espèces

De manière très concrète, l’initiative doit aussi apporter des réponses aux trente agriculteurs qui s’y sont engagés. « Chez nous, on cherche à attirer l’abeille sauvage. L’espèce à miel assure seulement 30 % des pollinisations et ne sort pas à moins de 15 °C. Cela pose problème, en particulier les années, comme 2019, où la floraison est précoce », explique Pascal Pineau, arboriculteur (240 ha) à Saint-Pierre-Montlimart (Maine-et-Loire), qui veut aussi, via la biodiversité, trouver des solutions pour contrôler certaines espèces invasives, à l’instar de la renouée du Japon.

Travailler sur la biodiversité des réserves d’irrigation, « c’est d’abord réfléchir à l’entretien des berges », relève Olivier Durand, du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) Loire-Anjou. Chez Yoann Cloarec, agriculteur au Plessis-Macé (Maine-et-Loire), la retenue de 35 000 m³ a été aménagée, en 1990, à partir d’un point bas humide (voir photo ci-dessus). À son extrémité est, une digue culmine à environ 4 mètres. Une fois par an, début avril, l’exploitant broie ses pentes.

« Au CPIE, nous conseillons d’attendre la fin de la saison, septembre-octobre. Cela laisse le temps à un maximum de populations de réaliser leur cycle de reproduction notamment », souligne Olivier Durand. Le centre rappelle aussi l’importance de cumuler des zones de nourriture, de reproduction ou d’hivernage. « C’est la condition pour qu’ils viennent et restent. »

Concernant les zones de nourriture, la présence de berges qui, à certaines périodes de l’année, se trouvent hors d’eau et celle d’îlots s’avère stratégiques. Propice au développement d’espèces originales, leur sol, humide ou vaseux, est un réservoir de nourriture. Il attirera, par exemple, les libellules dont le décompte est prévu dans le projet « Plans d’eau agricoles ». « Ce travail permettra d’analyser les facteurs qui jouent sur leur concentration et, à partir de là, nous pourrons émettre des recommandations », relève Ambroise Bécot.

Varier les hauteurs de végétation

Trente ans après son aménagement, la réserve d’irrigation de Yoann Cloarec présente différentes hauteurs de végétation avec, entre autres, la présence de saules. Cette configuration « est très positive. Elle contribue à la diversification des espèces ». La queue de la réserve concourt également et largement à la biodiversité. « C’est une zone plus calme, plus boisée, qui va notamment attirer les échassiers », confirme Nicolas Beaumont, de la fédération des chasseurs.

Anne Mabire

Une zone découverte et la présence de joncs vont particulièrement attirer certaines populations, telles les libellules.
Acquérir des références

Le projet « Plans d’eau agricoles » est mené en partenariat avec l’École supérieure d’agriculture d’Angers. Il n’intègre aucune réserve bâchée. Entre mai et septembre, par plan d’eau, trois relevés « biodiversité » ont été réalisés. La végétation aquatique, les odonates et les mollusques étant tout particulièrement scrutés.

Le projet prend également en compte la forme de la réserve, son environnement (à ± 500 mètres) et la qualité de son eau (dureté, conductivité, teneur en azote et en phosphore).

À l’issue, chaque agriculteur disposera d’une fiche descriptive de sa réserve, le résultat des analyses et des recommandations individuelles. L’intérêt de ce travail est aussi d’accompagner de futurs projets de réserves.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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