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En finir avec le rumex en bio

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Lutte contre les vivaces - En finir avec le rumex en bio
Il est conseillé d’intervenir lorsque les réserves du rumex sont les plus faibles (au début du printemps, puis au début de la floraison, et avant la fin de l’été). © Gutner archives

Cette vivace, problématique dans les prairies comme en grandes cultures, se gère en bio par une stratégie d’épuisement et de réduction du stock semencier.

«Je vais être provocateur, je ne comprends pas pourquoi il y a du rumex dans les parcelles bio », lâche Régis Hélias, ingénieur chez Arvalis. C’est sur les premiers résultats du projet multipartenaires Capable (contrôler vivaces et pluriannuelles en agriculture biologique), achevé en 2020, qu’il base cette affirmation. « Ce projet a mis en évidence des éléments intéressants, qui vont à l’encontre des pratiques des agriculteurs, et qui expliquent la présence des rumex », affirme-t-il.

Connaître la physiologie

Le rumex se reproduit par les graines, et par multiplication végétative. « Les observations physiologiques de la plante ont permis d’identifier ses points faibles », rapporte le spécialiste. Les bourgeons se concentrent au niveau du collet (partie supérieure de la racine), à 4-5 cm de profondeur pour le rumex crépu, et à 7-8 cm pour celui à feuilles obtuses. « Historiquement, les agriculteurs ont le réflexe d’effectuer un travail profond, d’arracher l’ensemble des pivots », constate-il. En plus de son coût, cette technique enfouit le collet en profondeur, et rend le rumex d’autant plus difficile à gérer. La stratégie de lutte consiste par conséquent à séparer le collet (organe de reproduction) des réserves racinaires, par scalpage. « C’est comme supprimer au moteur son réservoir de carburant », explique l’ingénieur. Les collets extraits sont ensuite épuisés par dessèchement, au moyen de passages répétés et croisés d’outils à dents.

« Les constructeurs s’attaquent à ce sujet-là, observe-t-il. On voit de plus en plus d’outils capables de travailler peu profondément, et avec de bons taux de recroisement. Jusqu’à présent, c’était la limite du système : peu de matériel avait 100 % d’efficacité pour scalper. » À noter que les rouleaux sont à éviter car ils rappuient le sol, favorisant un redémarrage.

UN travail superficiel à privilégier

De 2017 à 2020, dans le cadre du projet Capable, cette technique a été mise en place à 4-5 cm de profondeur sur des parcelles envahies de rumex, en comparaison d’un travail plus profond à 10-15 cm. « La profondeur n’est pas un facteur de réussite, affirme Régis Hélias. Travailler superficiellement coûte moins cher, et offre la possibilité de localiser les collets à la surface du sol, quand le travail profond les mélange dans tous les horizons. »

Une stratégie de lutte à long terme

À l’issue de ces essais, en 2020, tous les rumex ont disparu. « On constate une baisse très rapide de leur nombre dès la première année, mais on n’atteint pas zéro, commente-il. La lutte se fait sur le long terme. Imaginer s’en débarrasser en un an est illusoire. »

Un labour peut, en effet, remonter des graines à la surface, qui vont germer. Seulement, à la différence du rumex « de souche », celui qui est déjà implanté, le rumex « de levée », issu d’une graine germée, est « facile à gérer », selon l’ingénieur. En outre, « du stade cotylédons à deux paires de feuilles, les herses étrilles sont très efficaces pour détruire le rumex de levée. Il faut surveiller l’apparition de l’adventice, et intervenir dès qu’un créneau le permet », poursuit-il.

Par ailleurs, l’introduction dans la rotation de cultures nettoyantes, qui concurrencent les adventices, ou encore le binage peuvent également compléter cette stratégie de lutte.

Justine Papin

À savoir

Le rumex crépu et le rumex à feuilles obtuses sont les deux espèces les plus rencontrées, le premier préférant les sols secs, et le second les sols frais, voire hydromorphes.

Des graines persistantes

La capacité germinative du rumex s’élève à 95 %, et la graine peut rester viable jusqu’à 50 ans. « Même ingérée par un ruminant, elle garde 60 % de capacité à germer », indique Régis Hélias. Les graines peuvent ainsi être exportées via le fumier sur d’autres parcelles. « Après passage dans un méthaniseur, cette capacité est faible, ajoute-il. La méthanisation peut aussi être un moyen d’éliminer le rumex. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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