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« Du méteil et du sorgho pour nos limousines »

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En octobre, Brice Bousquet broye les repousses de sorgho, épand du fumier composté et réalise deux déchaumages avant d’implanter de l’orge ou du triticale. © Photos : F. Ehrhard

Afin de nourrir un deuxième troupeau, le Gaec de Bellevue a diversifié sa production de fourrages.

«En 2015, nous avons introduit des vaches allaitantes en complément des laitières. En rejoignant le Gaec en 2014, j’avais amené 40 ha de plus. Pour rester autonomes, nous avons aussi réduit de 20 ha les cultures de vente au profit des fourragères, et diversifié ces dernières pour mieux nous adapter aux aléas climatiques », explique Brice Bousquet, éleveur à Mirepoix, dans l’Ariège.

Avec ses parents, Jean-Yves et Marie-Christine, et son oncle Bernard, ils élèvent désormais 60 prim’holsteins et 60 limousines sur 170 ha de surface fourragère. « Les allaitantes valorisent 40 ha de pâtures éloignées, qui étaient sous-utilisées par les laitières. Nous y pratiquons le pâturage dynamique. Les vaches ne restent que deux à trois jours dans chaque bloc, ce qui évite le surpâturage. La flore s’est améliorée, il y a plus de trèfles blancs et moins de chardons », note l’éleveur.

Dans ces coteaux séchants, les prairies souffrent l’été. Pour disposer d’un fourrage à pâturer ou à distribuer à ce moment-là, Brice a introduit du sorgho dans la rotation. Celui-ci est cultivé en dérobée après un méteil, qui fournit la base de la ration hivernale. « Ensilé, le méteil donne 9 à 10 t/ha de matière sèche et le sorgho 6 t/ha, soit 15 à 16 t/ha en tout. C’est mieux qu’un maïs à 14 t/ha, qui nécessite par ailleurs plus de frais car il faut l’irriguer. »

Brice réalise deux déchaumages avant de semer les méteils en combiné avec une herse rotative. Pour diminuer les frais, il sème un mélange fermier de 80 kg/ha de féverole et 100 kg/ha d’avoine sur 10 ha. « J’emploie aussi sur 10 ha un mélange de 50 kg/ha de vesce et pois du commerce, complété par 100 kg/ha de triticale fermier », précise-t-il. Avant le semis, il apporte 15 t/ha de fumier composté, et en cours de culture 100 u/ha d’urée soufrée.

L’ensilage des méteils se fait fin mai, après préfanage. « Nous avons notre ensileuse, et nous prenons le temps de tasser le silo. De ce fait, nous n’avons pas de soucis de conservation », relève l’exploitant. Un voisin, équipé d’un semoir direct, intervient dans la foulée pour semer le sorgho tant que le sol est encore frais. Pour rappuyer le semis, Brice passe ensuite le rouleau. « L’an dernier, le printemps était très sec, il a fallu arroser à la levée. Mais les quatre années d’avant, cela n’avait pas été nécessaire. »

Du sorgho à pâturer

Avec la chaleur, ce sorgho sucrier multicoupe pousse rapidement. « Je l’ensile mi-septembre. Durant l’été et l’automne, je distribue au pré l’ensilage de l’année précédente, dans lequel j’ajoute des vitamines et des minéraux pour être sûr que chaque vache en consomme. J’ai ainsi amélioré la préparation aux vêlages, qui démarrent en septembre. »

Afin de faire face aux années sèches, Brice s’est fixé l’objectif d’avoir un an et demi de stocks. « Aujourd’hui, j’y suis arrivé. L’an prochain, je commencerai à faire pâturer 10 ha de sorgho. Au sein du groupe de fermes Dephy, animé par la chambre d’agriculture, nous avons calculé les coûts en fonction du mode de récolte. C’est le pâturage qui revient le moins cher », remarque l’agriculteur.

Dans la rotation, le maïs reste indispensable pour les laitières. Mais en coteau, il favorise l’érosion. « Nous prévoyons de le remplacer en partie par du sorgho en culture principale. Cette année, nous en avons implanté 5 ha. Avec deux tours d’eau au lieu de cinq pour le maïs, nous avons obtenu 10 t/ha de matière sèche ». Il reste à voir, cet hiver, si l’ensilage de sorgho complété par de l’orge a une valeur alimentaire équivalente à celle de l’ensilage de maïs. « Dans l’assolement, nous prévoyons aussi d’augmenter la part de la luzerne, qui repousse bien l’été, pour peu qu’il y ait quelques orages. Tout cela sécurisera notre autonomie fourragère. »

Frédérique Ehrhard

Coûts étudiés

La chambre d’agriculture de l’Ariège anime depuis trois ans un groupe de fermes Dephy en polyculture-élevage (1). « L’objectif est de diversifier les fourrages tout en réduisant l’utilisation des phytos. Nous avons testé les méteils, le sorgho fourrager, seul ou en association avec des légumineuses exotiques. Pour valoriser l’herbe, nous misons sur le pâturage dynamique », détaille Txomin Elosegui, l’animateur. Le coût de revient, ramené à la tonne de matière sèche, a été étudié de près. « En moyenne dans le groupe, le foin coûte 60 €/t, l’enrubannage 80 à 90 €/t et l’ensilage 65 €/t. Le pâturage, avec 20 à 30 €/t, est l’option la plus économique. »

(1) Une journée est organisée sur ces thèmes le 21 novembre, à Mirepoix.

Réduire les ray-grass dans la rotation

Les méteils aident à réduire la pression des ray-grass. « Nous les semons à une densité élevée pour bien couvrir le sol, et nous les ensilons au printemps avant que les ray-grass n’aient eu le temps de grainer », explique Brice Bousquet. Après les méteils, ils implantent un sorgho en dérobée puis un sorgho ou un maïs qui seront désherbés puis binés.

L’objectif est d’étouffer les ray-grass durant deux ans d’affilée afin de réduire le stock de graines.

« Dans les blés, quand il y a des zones qui restent envahies de ray-grass, nous les ensilons avant que ceux-ci ne grainent. Le reste est ensuite moissonné », précise l’éleveur. Avec moins d’herbicides utilisés, l’IFT (1) a diminué de 18 % entre 2015 et 2018, passant de 3,77 à 3,09 %.

(1) L’indicateur de fréquence de traitement phyto.

Sur 20 ha, Brice enchaîne dans la même année un méteil (vesce, pois et triticale, sur la photo en haut à gauche) et un sorgho en dérobée (en bas
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Cet article est paru dans La France Agricole

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