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Du maïs sous couvert de féverole pour duper les corneilles

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Le maïs a été semé le 15 mai, presque trois mois après la féverole. © F. Le Ny

La culture avait disparu de son assolement à cause des corvidés. Pour la relancer, François Terrier a testé une technique convaincante.

Aux Andelys (Eure), François Terrier aura fait montre de pers­picacité pour effaroucher les corneilles de ses champs de maïs bio : canon à gaz, cerfs-volants à l’effigie de rapaces…, pour une durée maximale de quarante-huit heures. Après quoi, les corvidés s’habituent et reviennent sur les parcelles. La technique la plus efficace, puisqu’il a été tranquille une année entière, fut le haut-parleur émetteur de cris d’oiseaux en détresse. Mais l’année suivante, les volatiles étaient de retour. « Un copain m’a prêté une caravane, garée en bordure de parcelle. Nous nous sommes relayés du matin au soir pendant un mois pour les effrayer », se souvient-il. C’est alors qu’en ultime recours, l’agriculteur normand a passé son permis de chasse. Finalement, les corneilles ont eu raison de sa détermination, puisqu’il a abandonné la culture pendant cinq ans ! Jusqu’au jour où il a entendu dire que le corbeau ne se pose pas dans une végétation de plus de 20 cm de haut, car il veut voir le danger arriver. Et François d’expliquer : « J’ai songé à semer un couvert de trèfle pour protéger le maïs, mais il a l’inconvénient de repartir après avoir été biné. » Son choix s’est donc porté sur une autre plante.

« Du boulot en plus »

Aidé dans sa démarche par la chambre d’agriculture de Normandie, l’exploitant expérimente le semis de maïs sous couvert de féverole de printemps sur une parcelle de 5 hectares. « Elle a été semée le 25 février, afin qu’elle atteigne une hauteur suffisante pour masquer le semis de maïs, réalisé presque trois mois plus tard », explique Fabien Le Ny, référent grandes cultures biologiques. Le protéagineux a été mis en terre à faible densité, 15 graines par mètre carré, soit un tiers de la dose habituelle. L’agriculteur a utilisé pour cela un semoir avec un écartement de 25 cm, en relevant un élément sur trois pour implanter la céréale ultérieurement. Après un binage fin avril, François Terrier a semé le maïs le 15 mai, à 110 000 grains à l’hectare. « Puis, j’ai attendu qu’il ait atteint le stade 6 feuilles vraies, le 3 juin, afin de broyer les féveroles, dont la hauteur excédait 60 cm », précise l’exploitant.

« Une fois sectionné, le protéagineux ne repousse pas et le maïs bénéficie de suffisamment de lumière, lui permettant de monter », ajoute Fabien Le Ny. Pour François, le constat en faveur de cette technique est sans appel : « C’est génial, car on n’a pas vu de corbeaux ! »

Le rendement était de 30 t/ha ensilées le 24 septembre, bien que la culture ait souffert de la sécheresse sur ses petites terres et de la concurrence des adventices. « Au départ, j’avais prévu de récolter le maïs en grains, mais finalement je l’ai ensilé pour un voisin qui en avait besoin pour ses vaches laitières », précise-t-il. Toutefois, confie l’exploitant, « c’était du boulot en plus. La féverole gêne un peu le travail. Comme les tiges bourraient la bineuse lors du second passage, j’ai pris un rotavator, dont j’ai démonté le couteau sur le rang de maïs. Sans compter que le printemps a été humide et que réussir un bon binage n’a pas été facile. Il faut du soleil et du sec pour que ça fonctionne. »

Isabelle Lartigot

Des pistes d’évolution

Pour François Terrier, la méthode nécessite quelques ajustements, notamment en termes de dates de semis et d’écartement. « Il faudrait semer la féverole de printemps plus tôt, au tout début du mois de février, afin de semer également le maïs plus tôt. Si je retente l’expérience, je la sèmerai au même écartement que le maïs, soit 37,5 cm entre chaque rang, pour bien biner. »

Selon l’exploitant, cette stratégie est transposable en agriculture conventionnelle, avec la possibilité de semer de la féverole d’hiver « à brûler lors du désherbage du maïs ». Mais si l’on veut semer dans celle-ci, « il est impératif d’avoir un strip-till car le sol serait trop “refermé” pour l’implantation du maïs », conclut l’agriculteur normand.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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