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« Des maïs population pour nourrir nos gasconnes »

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 - « Des maïs population pour nourrir nos gasconnes »

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tTerroir. Pour l’ensilage, Jean-Bernard Bournier cultive Bellini, une variété italienne qu’il a trouvé chez un agriculteur de l’Ariège, où elle s’est acclimatée depuis quarante ans. © Photos : F. Ehrhard

Pour gagner en autonomie, Laurence et Jean-Bernard Bournier cultivent des variétés paysannes qu’ils multiplient eux-mêmes.

«Depuis 2011, nous cultivons des maïs de population. Ils nécessitent moins d’intrants que les hybrides et ont un meilleur équilibre nutritionnel pour l’alimentation animale, ce qui améliore notre autonomie », expliquent Laurence et Jean-Bernard Bournier, qui élèvent quarante-cinq vaches gasconnes sur 90 hectares au Carla Bayle, dans l’Ariège.

Après leur conversion en bio en 2010, les exploitants ont voulu produire eux-mêmes leurs semences et se sont rapprochés d’AgroBio Périgord, en Dordogne. Ce collectif, qui fait partie du réseau Semences paysannes, a collecté une centaine de maïs de population. « Dans un cadre expérimental, ils nous ont confié des semences de quatre variétés, deux jaunes, Osoro et Poromb, une rouge, Bellini, et une blanche, Grand Cachalut », détaille Jean-Bernard. Après les avoir testés, il a rapidement abandonné Grand Cachalut, qui verse facilement. « Osoro a un bon potentiel en grain, poursuit-il. J’ai obtenu 40 à 80 q/ha suivant les années, sans irrigation. Mais elle est tardive pour notre région. Pour être sûr d’avoir du grain à récolter, je cultive aussi Poromb, une demi-tardive, qui a un peu moins de potentiel. » Bellini, très haute, convient bien à l’ensilage.

DÉMARRAGE PLUS LENT

Aujourd’hui, Jean-Bernard cultive 5 à 6 hectares de maïs population. « Les plantes d’une même parcelle sont moins homogènes que celles des hybrides », constate-t-il. Au démarrage, leur vigueur est moindre. « Pour obtenir de bons résultats, il faut impérativement les semer sur un sol bien préparé et réchauffé, et arriver à maîtriser le désherbage », dit-il. Afin d’y parvenir en bio, l’agriculteur intègre ces maïs dans la rotation après des cultures qui nettoient les adventices, sarrazin ou méteil ensilé de vesce-avoine. Il ajuste aussi la densité. « Je sème entre 70 000 et 75 000 grains à l’hectare, explique-t-il. En dessous, les adventices risqueraient de prendre le dessus. Au-dessus, il y aurait trop de concurrence entre les pieds. »

Dans ses coteaux argilo-calcaires, Jean-Bernard soigne la préparation de sol. « Après décompactage profond à l’automne, je passe le vibroflex au printemps, puis la herse rotative, poursuit-il. Je fais un passage de herse étrille avant le semis, puis un autre avant la levée lorsque c’est possible. Je réalise ensuite un binage entre les jeunes plants. »

ÉCONOMIES D’INTRANTS

Ces maïs sont assez tolérants à la fusariose. « Le feuillage reste bien vert jusqu’au moment de l’ensilage », note l’agriculteur. Leur productivité est moindre que celle des variétés hybrides. « Mais à rendement égal, ils ont moins besoin d’eau, précise-t-il. Peut-être grâce à leur démarrage plus lent, qui leur laisse le temps de développer un enracinement profond. »

Ils sont aussi moins exigeants en azote, mais celui-ci doit être disponible au bon moment. « Pour obtenir 80 q/ha, j’apporte 30 à 40 t/ha de fumier à l’automne et 60 à 70 U/ha d’azote organique au printemps », ajoute-t-il.

Laurence et Jean-Bernard ont fait analyser les fourrages obtenus : « Ces maïs contiennent autant d’énergie que les hybrides, et un peu plus de protéines, ce qui améliore l’équilibre de la ration. » En associant maïs, foin et luzerne, ils n’ont pas besoin d’acheter de correcteur azoté. « Nous faisons aussi des économies sur les semences, souligne Jean-Bernard. En les produisant pour toutes nos cultures, nous économisons 5 000 euros par an. C’est du travail en plus, mais des factures à payer en moins. »

Pour l’exploitant, le principal inconvénient de ces maïs de population est leur appétence pour le gibier. « Les sangliers les adorent, de même que les cerfs, et s’il y a des maïs hybrides à proximité, ils ne se trompent pas, constate-t-il. Dans les parcelles proches de zones boisées, des clôtures sont nécessaires. »

Frédérique Ehrhard

Du maïs pour l’alimentation humaine

« Les maïs population sont cultivés pour l’alimentation animale, mais aussi humaine », constate Marianna Fenzi, qui a mené une enquête sur ces maïs auprès d’agriculteurs de France et d’Italie, dans le cadre du projet européen Diversifood (1).

Laurence et Jean-Bernard Bournier, qui ont participé à cette enquête, prévoient d’élaborer de la farine de maïs et de la polenta pour élargir leur gamme en circuit court : « Nous produisons déjà des lentilles et de l’huile de cameline. Avec l’aide de la région Occitanie, nous allons créer un atelier de transformation et nous équiper d’un décortiqueur pour l’orge et le petit épeautre, et d’un moulin pour le sarrazin et le maïs. » Ils feront ensuite des essais, pour voir si leurs variétés conviennent à ces débouchés, ou s’il faut en cultiver d’autres, le grand roux basque, par exemple. Cette variété, permet d’élaborer une sorte de boulgour, avec lequel des restaurateurs du Pays basque élaborent un maïsotto. « Autour de ces nouveaux usages du maïs, des liens se créent entre agriculteurs et chefs, c’est intéressant », note Marianna Fenzi.

(1) Ce projet, auquel participent l’Inra, l’Itab et le réseau Semences paysannes, vise à améliorer la diversité et la qualité des aliments.

p Diversité. Les maïs population ont des couleurs différentes. De g.à d. : Osoro, Grand Cachalut et Bellini.
Quatre parcelles pour produire ses semences

En 2018, Jean-Bernard Bournier a cultivé quatre parcelles de 25 ares pour obtenir de la semence : « Une fois les épis récoltés, j’enlève les spathes à la main et je les trie. J’élimine tous ceux qui sont touchés par la pyrale ou le charbon et je garde ceux qui sont sains, de forme régulière et bien garnis en grain. » Après séchage, les épis sont battus. « Avec un voisin, j’ai investi dans un batteur et un trieur. Pour stabiliser la précocité de chaque population, nous éliminons les grains trop petits ou trop gros. Ils correspondent au haut et au bas de la raffle, et sont plus ou moins précoces que ceux du milieu. » Jean-Bernard réalise ensuite un traitement de protection. « Pour 150 kg de grain, nous ajoutons 5 ml d’huile essentielle d’ail et 200 g de sulfate de cuivre, précise-t-il. Cela réduit les pertes au semis. »

Réglementation assouplie

La loi biodiversité de 2016 a autorisé les échanges entre agriculteurs de semences de variétés du domaine public, non inscrites au catalogue. « Jusque-là, nous ne pouvions en obtenir que dans le cadre d’un protocole expérimental signé avec AgroBio Périgord », note Jean-Bernard Bournier. Cette année, il va produire plus de semences pour en donner à d’autres.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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