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Des légumineuses porte-graines dansune rotation céréalière

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François Duboisde la Sablonière est convaincu des bénéfices des légumineusespour son sol et son système d’exploitation. © J. CHABANNE

La filière des semences offre une solutionpour diversifier son assolement.

«Le colza chez nous, c’est fini. » En Champagne berrichonne, dans le Cher, des impasses techniques rendent difficile la culture. François Dubois de la Sablonière, exploitant à Savigny-en-Septaine, près de Bourges, est venu à bout de son système colza-blé-orge-maïs-tournesol. Contraint d’abandonner le maïs pour faire des économies d’eau, puis le colza, dont les charges étaient devenues impossibles en raison de la pression parasitaire, l’agriculteur a cherché de nouvelles têtes d’assolement. Il choisit alors de diversifier son système et se lance dans la production de luzerne, trèfles violet et incarnat porte-graines, « par intérêt agronomique, explique-t-il. Il fallait que je sorte des plantes traditionnelles. »

Valeur ajoutée

« Nous ne sommes pas dans une zone d’élevage. La luzerne pousse facilement dans nos terres. Je me suis donc tourné vers le débouché des semences », indique l’agriculteur. Il décroche un contrat et sème la culture sur un sol nu, à une densité de cinquante à soixante pieds/m². « Elle reste en place deux à trois ans et permet de faire des économies d’azote. » Mais les rendements volatils le poussent à renoncer. « Sur cinq années, une seule a été bonne, à 5-6 q/ha, et les autres quatre mauvaises, à 1 ou 2 q/ha, résume-t-il. J’ai donc préféré le trèfle semence. »

Trèfles violet et incarnat trouvent leur place dans la rotation. Le rendement du trèfle violet se situe dans la moyenne, à 3 q/ha, mais François Dubois de la Sablonière fait face à une nouvelle impasse. « Depuis l’interdiction des néonicotinoïdes, la lutte contre l’apion, un redoutable insecte, est compliquée. Il reste un produit efficace, le spinosad, autorisé en bio, mais il coûte très cher. » L’agriculteur persévère avec le trèfle incarnat, adapté aux sols séchants de l’exploitation, insensible aux apions et qui donne de bons résultats, de 10 à 12 q/ha. « Les sitones, principaux ravageurs, sont facilement contrôlés par un traitement d’automne. » La récente interdiction du Reglone, un défanant utilisé pour dessécher les légumineuses avant moisson, l’a aussi poussé à changer son mode de récolte. « J’utilise une faucheuse-andaineuse à disque Krone, avant de passer avec la moissonneuse quatre à cinq jours plus tard. Le séchage se fait mieux et la qualité de récolte est meilleure et plus homogène. »

Depuis un an, il produit également du pois fourrager semences pour Semences de France. « C’est une culture économe, au désherbage facile. J’ai obtenu 22 q/ha. Mon contrat est fixé à 550 €/t. » Il a, par ailleurs, essayé la coriandre, mais il a été confronté à un marché très instable. « Trouver d’autres cultures n’est pas évident. Les niches ne sont pas nombreuses et ouvertes à la concurrence. » Les légumineuses occupent désormais 18 de ses 170 ha. Il travaille sur une rotation orge d’hiver-orge de printemps-tournesol-légumineuses porte-graines -sorgho-blé tendre et tournesol.

Son IFT a diminué, mais il reconnaît que l’économie directe est peu visible. « Les légumineuses présentent des intérêts qui ne se monétisent pas. Le trèfle incarnat est acheté par les semenciers à 1 000 €/t. ça ne suffit pas à payer les charges de structure, mais il vaut largement un colza en termes de précédent. Le bénéfice agronomique est incontestable : rupture des cycles parasitaires, structuration des sols, fixation d’azote. » Les pollinisateurs ont également fait leur retour. « Je m’y retrouve à l’échelle de la rotation », conclut l’exploitant.

Justine Papin

Un projet Ecophyto

François Dubois de la Sablonière et six autres agriculteurs font partie du groupe de travail « Introduction et conduite durable des légumineuses dans une rotation céréalière dans un but de diversification », piloté par Villemont, un négoce de l’Indre. Ils cherchent à contourner les impasses techniques liées à la faible durée des rotations, souvent triennales, sachant que les potentialités pédologiques limitent les cultures pouvant être ajoutées à l’assolement.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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