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Conduire les grandes cultures en bio sans élevage

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Luzerne. En l’absence de débouchés en foin pour les ruminants, cette fourragère pluriannuelle peut être valorisée auprès d’usines de déshydratation, restituée au sol, ou bien encore compostée. © S. Champion

Si le bilan azoté des grandes cultures en bio peut s’équilibrer sans engrais organiques extérieurs, le phosphore et le potassium posent un problème.

Le potentiel des légumineuses est-il suffisant pour produire des grandes cultures biologiques sans élevage et sans apport d’engrais organiques extérieur (engrais, composts, fumiers…) ? Treize essais ont été mis en place dans le cadre du réseau RotAB pour apporter des éléments de réponse à cette question. Sur la ferme du Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire), cinq rotations sont testées depuis six ans. Elles diffèrent par leur durée (trois, six ou neuf ans), mais également par le mode d’introduction des légumineuses. Elles peuvent être implantées annuellement (le pois, la féverole), en intercultures (trèfle) et/ou en pluriannuelles (luzerne). Il a été choisi de ne pas introduire de mélange céréales-légumineuses dans cet essai, le contexte ne favorisant pas leur valorisation à l’époque où le système a été mis en place.

Trèfle-tournesol, le doublé gagnant

« Le premier constat est que les rendements des cultures sont équivalents aux moyennes régionales, quelle que soit la rotation », explique François Boissinot, chargé de mission grandes cultures biologiques à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. En tournesol, les rendements obtenus sont supérieurs aux attentes : 37,3 q/ha en moyenne, pour un objectif initial de 25 q/ha.

Un très bon indice de nutrition azoté est, par ailleurs, mesuré pour ces cultures. En effet, celles-ci valorisent très bien l’azote apporté par le précédent trèfle. En revanche, des carences azotées sont observées sur les céréales avec précédent de pois ou de féverole. « Les protéagineux ont une très grande capacité à fixer l’azote, mais ce sont des cultures qui exportent beaucoup, et le bilan azoté est quasi nul », explique François Boissinot.

Globalement, la fourniture en azote est bonne à l’échelle des rotations : les grandes cultures bio peuvent être autonomes en azote, mais une question se pose alors quant au phosphore et au potassium (lire l’encadré).

Délai de retour

« Du point de vue sanitaire, nous n’avons pas eu de soucis jusqu’à cette année. Mais on observe actuellement des feuilles nécrosées à la base des féveroles sur les rotations les plus courtes », constate François Boissinot. Sans qu’elle ne soit encore confirmée, l’hypothèse d’un dégât de gel après une fragilisation par un pathogène du sol semble être à l’origine du phénomène. L’occasion de rappeler qu’il faut respecter un délai de retour d’au moins cinq ans pour limiter les épidémies.

Hélène Parisot
Gestion des adventices

Couplés avec d’autres leviers agronomiques , la couverture du sol en interculture et l’alternance des familles botaniques, ainsi que des périodes de semis, permettent une bonne gestion des adventices.

Le trèfle blanc nain, implanté sous couvert de blé tendre d’hiver, est très concurrentiel vis-à-vis des adventices, grâce à son système racinaire.

La succession féverole-blé tendre accentue la pression des adventices initialement présentes. Seule la succession blé tendre (trèfle)-tournesol permet de la diminuer.

Phosphore : Les apports organiques sont nécessaires

« Dans les rotations sans apport organique extérieur en bio, les sols s’appauvrissent en phosphore, ce qui est problématique sur le long terme », a déclaré Delphine Bouttet, ingénieure région chez Arvalis, lors du salon Tech & Bio, le 12 avril, en Eure-et-Loir.

À l’Inra de Bordeaux, des chercheurs ont montré que, sans apport extérieur, les exploitations biologiques ont recours indirectement à la fertilité héritée des engrais de synthèse. Petit à petit, le stock de minéraux, qui s’était créé dans le sol avant la conversion en bio, s’épuise.

Dans l’essai de La Saussay (Eure), le constat est sans appel : - 267 kg de P2O5 par hectare pour la période 2011-2017. Le bilan est également négatif en potassium. La luzerne, clé de voûte des systèmes grandes cultures en bio, est très exigeante en ces deux éléments. « Le seul moyen de rééquilibrer ces bilans est de recréer des échanges avec l’élevage », affirme Laurence Fontaine, de l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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