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Autonomie relative des fermes en grandes cultures bio

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Résultats d’essais - Autonomie relative des fermes en grandes cultures bio
Le méteil récolté comme un fourrage ne libère que très peu d’azote pour la culture suivante (34 unités). L’objectif est de planter une deuxième culture, comme le sorgho, pour augmenter la marge économique. © Arvalis

Les systèmes de grandes cultures bio sont-ils pérennes sans apports organiques ? Deux essais étudient depuis une dizaine d’années la viabilité de ces systèmes spécialisés sans élevage.

À Boigneville (Essonne), Arvalis s’intéresse au système de grandes cultures bio sans élevage depuis 2008. Après six ans de rotation (luzerne, blé, lin, féverole, blé), les agronomes­ constatent des problèmes de fertilité induisant des baisses significatives­ de rendements des luzernes. Depuis 2015, ils ne cessent de rallonger la rotation.

La qualité et les rendements sont satisfaisants (moyenne de 41 q/ha en blé). Le point noir, c’est la luzerne : moyenne de 6 t/ha la première année et 5 t/ha la deuxième. « Dès la quatrième année, nous avons constaté l’apparition de ronds jaunes­, une faible végétation et aucune nodosité sur la luzerne. Son faible développement menaçait la pérennité des autres cultures vis-à-vis de son rôle de nettoyant et de fournisseur d’azote », indique Delphine Bouttet, technicienne à Arvalis.

Carences en soufre et en phosphore

Après de nombreuses analyses en laboratoire, la plante a bien réagi à l’apport de soufre (Kiésérite et Microthiol). Depuis 2016, un apport systématique de 120 kg de Kiésérite en sortie d’hiver est réalisé. Les nodosités sont revenues et le volume de biomasse a doublé.

La luzerne est aussi gourmande en phosphore et en potassium. En cinq ans, la rotation a puisé 180,2 kg/ha de phosphate (P2O5) (dont 46 kg pour la luzerne) et 429 kg/ha de potassium (K2O). Malgré cette perte, la situation reste très satisfaisante, le gisement de potassium étant très important à Boigneville. « Nous conduisons plusieurs études sur le phosphore afin de mettre au point des indicateurs de nutrition des plantes adaptés au bio, avec des diagnostics aux champs », ajoute Delphine Bouttet. Ce système se montre autonome en azote, mais dépendant d’apport de soufre et de phosphore. Au niveau économique, la moyenne de la marge nette, hors aide (1), sur dix ans représente 121 €/ha, toutes cultures mélangées.

Difficile sans luzerne

À la Saussaye, près de Chartres, on tente l’autonomie azotée sans luzerne. Après avoir utilisé trois ans cette plante, entre 2011 et 2013, la rotation se décline aujourd’hui avec : blé, orge, pois d’hiver, blé, orge de printemps, méteil-sorgho, féverole, blé. Comme à Boigneville, les rendements sont satisfaisants. Pour le désherbage, la pression des adventices est moins forte qu’en système amendé. Mais l’effet nettoyant de la luzerne remonte à 2013. Depuis deux ans, les vulpins explosent dans les cultures et les chardons se développent rapidement.

En moyenne, sur dix ans, l’essai affiche une marge semi-nette (hors aide bio et Pac) (2) de 657 €/ha, contre 678 €/ha dans un système bio optimisé (effluents d’élevage et luzerne). « La luzerne contribue à l’apport azoté et à la maîtrise de l’enherbement. Il est difficile de s’en passer en système bio », commente Margaux Thirard, chargée des essais agriculture biologique à la ferme de la Saussaye et à la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir.

Aude Richard

(1) Par extrapolation sur une ferme de 300 ha.

(2) La marge nette et la marge semi-nette des deux essais ne sont pas comparables car elles ne comprennent pas les mêmes critères.

Une qualité des blés correcte

Malgré l’absence d’apport d’azote, la qualité du blé de l’essai d’Arvalis, à Boigneville, répond au cahier des charges de la panification française, grâce au choix des variétés (déterminé par la place dans la rotation). Les taux de protéines du blé sont supérieurs à 10,5 % : 11,6 % de moyenne pour le blé qui suit de la luzerne, et 10,9 % pour les blés avec un précédent féverole. Seule la moyenne des taux de protéines des blés sur blé reste sous la barre de 10,5 %.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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