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Associer une céréale au lupin pour contrecarrer les adventices

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Avant de désherber chimiquement l’association lupin-céréale, il convient de vérifier l’homologation des produits pour les deux cultures. Le désherbage mécanique se conduit comme pour une culture pure. © A. Dupont

Très sensible à la concurrence des mauvaises herbes, la culture de lupin pourrait, selon des essais, gagner à être combinée à une céréale.

Le lupin est un protéagineux aux nombreux avantages agronomiques. Capable de fixer l’azote atmosphérique et d’extraire du phosphore du sol, la légumineuse est un atout dans la rotation et constitue un bon précédent céréale. La culture est cependant peu présente en France (3 700 ha en 2018). Son développement reste limité par des freins techniques : faible compétitivité face aux adventices et des rendements irréguliers. La plante est aussi sensible au calcaire actif et à l’excès d’eau. Des essais d’association lupin-céréale, menés en Bretagne et Pays de la Loire dans le cadre du projet Prograilive, ont montré des résultats encourageants pour maîtriser cette production.

Complémentarité inter-espèces

Le cycle de culture du lupin est long, de dix à onze mois pour les variétés d’hiver, et de sept à huit mois pour celles de printemps, ce qui accroît le risque de compétition des adventices. Guillaume Piva, du Groupe Leva-Esa(1) à Angers étudie la complémentarité entre espèces. Il a réalisé des tests de lupin d’hiver avec du triticale ou du blé. « La fixation d’azote par le lupin met du temps à se mettre en place, mais la graine possède une réserve suffisante pour assurer le démarrage, expose-t-il. La plante n’a pas besoin de prélever l’azote du sol, qui reste à disposition des adventices. La céréale associée permet de rentrer en compétition pour cette ressource. »

Par ailleurs, le couvert de lupin se ferme tardivement, à la pleine floraison, et se rouvre en fin de cycle. « Ces accès à la lumière sont propices au développement des adventices, et notamment aux levées estivales, poursuit Guillaume Piva. La croissance rapide de la céréale compense cette faiblesse du lupin, qui se rattrape au fur et à mesure. » Dans ses essais, le spécialiste a obtenu une diminution de la biomasse des adventices de 62 % lorsque les légumineuses sont associées à du triticale, semé à 30 % de sa densité en pur. Le blé, moins couvrant que le triticale, affiche des résultats légèrement inférieurs.

Meilleure productivité

Des essais similaires sur lupin d’hiver, réalisés par les chambres d’agriculture de Bretagne et Pays de la Loire, ont montré un meilleur rendement total, sans baisse significative du rendement du protéagineux et avec l’apport complémentaire de la céréale.

Le mélange a également prouvé son efficacité en agriculture biologique. Le choix s’est porté vers un lupin blanc de printemps, le long cycle des variétés d’hiver rendant difficile la gestion des adventices, associé avec de l’avoine ou de l’orge. « Le rendement moyen semble peu affecté par la céréale. L’avoine a produit un supplément de 11 q/ha et l’orge de 8 q/ha. Ces chiffres cachent néanmoins une grande variabilité, indique Aurélien Dupont, de la chambre d’agriculture de Bretagne. L’association est un levier intéressant, mais elle ne fait pas des miracles si le salissement est important. Il faudra envisager d’autres solutions ou faire évoluer la rotation. » L’ingénieur déconseille, de même, cette pratique en cas de risque de stress hydrique.

Il reste le problème du débouché. L’association lupin-céréale trouve sa place quand une valorisation par un élevage est possible en autoconsommation. La vente séparée des graines demande, en revanche, à être réfléchie : leur tri après la récolte est alors nécessaire, entraînant un surcoût.

Justine Papin

(1) Légumineuses, Écophysiologie végétale, Agroécologie - École supérieure d’agricultures.

Adapter le mode de semis

Comment gérer une association avec deux tailles de graines, dates d’implantation et profondeurs de semis différentes ? La FRcuma-Ouest a testé des semis de lupin et triticale à la même date, en un ou deux passages, et en décalé. S’il est plus simple de tout semer en même temps, le triticale reste soumis aux aléas, notamment le gel. Le choix de la même date, en deux passages, améliore la gestion des adventices, mais les engins risquent de tasser le sol. La modalité de deux dates de semis différentes semble favoriser le lupin plutôt que la céréale, mais elle a été impossible à mettre en place en automne 2019, en raison de la pluviométrie.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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