Baisse des cours  et hausse des charges : "Ce n'est plus une crainte, mais une réalité : l'effet ciseau est en train de se refermer", a déclaré Éric Thirouin, président de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB), lors de ses vœux à la presse le 25 janvier 2023.

Prix de vente, engrais, phytos, carburant, gaz, électricité... "Tous les prix ont augmenté", relate-t-il. Or, "depuis décembre 2022, le prix des céréales et le prix des engrais baissent, mais pas le reste".

Un seuil de commercialisation entre 260 €/t et 284 €/t

Pour les céréaliers, les prix de vente du blé récolté en 2022 sont hétérogènes, mais la situation "globalement bonne", juge Éric Thirouin. En revanche, pour la récolte de 2023, "les prix actuels ne couvrent pas les charges que l'on a engagées, affirme-t-il. Nous sommes déjà dans l'effet ciseau."

Se basant sur une étude réalisée par Arvalis en décembre 2022, il donne des chiffres. En 2023, les charges pourraient peser de 380 €/ha à 580 €/ha de plus qu'en 2022. Pour un rendement moyen de 80 q/ha, le coût de production s'établirait entre 287 €/t et 312 €/t, soit une hausse de 54 €/t à 90 €/t par rapport à 2022. En prenant en compte les aides Pac (27 €/t), le seuil de commercialisation s'élèverait donc entre 260 €/t et 284 €/t.

Actuellement "10 €/t à 15 €/t en dessous du seuil"

Au 25 janvier 2023, le prix du blé "rendu ferme" se situe aux alentours de 250 €/t à 255 €/t (281 €/t rendu Rouen), soit "10 €/t à 15 €/t en dessous du seuil de commercialisation, même dans le cas du scénario de hausse de charge le plus modéré", précise Éric Thirouin.

"Si la récolte n'est pas là, c'est encore pire", ajoute-t-il. Dans le cas d'un rendement moyen de 70 q/ha, Arvalis estime que les coûts de production enregistreraient une hausse supplémentaire de 40 €/t à 45 €/t : "Il faudrait vendre à plus de 300 €/t pour équilibrer. "

Actions syndicales

Sur le court terme, l'AGPB se mobilise pour obtenir deux éléments qu'elle juge nécessaires pour améliorer la situation :

  • La suppression des taxes douanières de 6,5 % sur l'importation d'ammoniac et d'urée. Une suspension de six mois a été actée par l'Union européenne le 16 décembre 2022. L'impact sur le prix des engrais est limité, mais "cela fluidifie le commerce international", explique Philippe Heusele, secrétaire général de l'AGPB. Il précise que même si elle arrive "trop tardivement", cette mesure "permet aux usines françaises et européennes d'être plus facilement approvisionnées pour la fabrication des engrais azotés".
  • La suppression des taxes antidumping appliquées à la solution azotée. Après avoir réalisé une étude sur le sujet, la Commission européenne a refusé de les suspendre.