À la Bourse de Chicago, les cours du blé tendre d'hiver SRW (soft red winter), variété de référence américaine, ont chuté mardi à leur plus bas niveau depuis plus de 14 mois, tombant à 7,1250 dollars le boisseau (environ 27 kg) pour une livraison en décembre. Il a perdu près de la moitié de sa valeur (–46%) par rapport au pic historique du début de mars, aux premiers jours de l'invasion russe en Ukraine. Depuis la mi-octobre, la baisse atteint quasi 25%.

En Europe, le blé pour livraison en mars 2023, le plus échangé, est venu tester le seuil symbolique des 300 euros la tonne sur Euronext, une première depuis le début de mars. "Il y a plus de blé [que prévu] dans le monde et la demande chute.

La Russie a eu une récolte record. Tout part de là", analyse Jason Roose, de la maison de courtage US Commodities. Pendant des mois, "on avait tous les jours des nouvelles favorables aux cours et maintenant, ce sont des nouvelles négatives [pour les prix] tous les jours, comme la hausse de la production en Australie", explique-t-il.

Pas assez de demande à court terme

Le Bureau australien de l'agriculture et des ressources économiques (Abares) a annoncé lundi 5 décembre 2022 prévoir une récolte dont le volume a surpris le marché, à 36,6 millions de tonnes, soit quelque deux millions de tonnes de plus que les dernières estimations du ministère américain de l'Agriculture (USDA).

À cela s'ajoutent de nouvelles prévisions russes du cabinet d'analyse Ikar, dont le directeur Dmitry Rylko a indiqué mardi envisager pour 2023 une récolte de blé en Russie à 111 millions de tonnes, quand les analystes européens tablent sur environ 95 millions de tonnes.

"Les traders considèrent qu'on a une offre abondante et pas assez de demande pour l'absorber à court terme", souligne Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Consulting. Pour le blé, "on a effacé tous les gains de 2022 et on est retombé au niveau de prix de l'automne 2021. Cela devrait stimuler la demande, pas la dissuader", estime-t-il.

En attendant un éventuel rebond, cette forte chute sur le blé américain a entraîné les places boursières européennes. "Le marché est dans une psychologie baissière : il en oublie les risques climatiques et annule sa prime de risque géopolitique" liée à la guerre en Ukraine, observe Sébastien Poncelet, spécialiste des céréales au cabinet Agritel.

Surveiller la Chine

La reconduction à la mi-novembre de l'accord sur le corridor maritime d'exportation des céréales ukrainiennes a été intégrée par les opérateurs: ils s'inquiètent moins de l'évolution du conflit sur le terrain et sont par ailleurs rassurés par la baisse des prix du fret maritime, qui avaient explosé pendant la crise du Covid-19 et retrouvent des niveaux approchant ceux de 2019.

La baisse des cours des céréales est aussi liée, en Europe notamment, à des inquiétudes grandissantes face à la nouvelle flambée de grippe aviaire, qui a déjà conduit à l'abattage de plus d'un million de volailles en France et se propage rapidement sur tout le continent.

Conséquence : "La demande de blé ou de maïs destinée à l'alimentation animale est revue à la baisse" après avoir déjà ralenti dans un contexte inflationniste pesant lourd pour les ménages, relève Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux & Associés. "On reste toutefois dans un schéma très volatil, tempère Sébastien Poncelet, rappelant que les prévisions de stocks de blé sont au plus bas depuis quinze ans chez les principaux exportateurs, à part en Russie.

L'attitude de la Chine sera à surveiller dans les semaines à venir : en dépit de l'assouplissement des restrictions sanitaires, la consommation nationale demeure timide, même si la demande en soja reste soutenue et les cours de l'oléagineux portés par une baisse de la production argentine. Les autres huiles peinent à remonter la pente, dans le sillage du pétrole. Sur Euronext, le colza était revenu mardi à son niveau du début de janvier, clôturant sous les 570 euros la tonne pour une livraison en février.