Les prix des céréales ont de nouveau baissé cette semaine sur fond de fortes disponibilités en mer Noire, de craintes sur la demande chinoise et du renchérissement de l’euro face au dollar. Les prix du blé sur le Matif remontaient néanmoins en cette dernière demi-journée de la semaine avec un regain potentiel d’intérêt des acheteurs à la suite de la baisse des prix. Sur la semaine, les prix du colza ont également baissé dans le sillage du pétrole tandis que les prix du tournesol sont sous pression des disponibilités ukrainiennes.

Les prix du blé rechutent après le soutien des achats chinois

Le marché a été mouvementé cette semaine pour le blé français. La semaine a commencé sur les chapeaux de roues avec la poursuite des achats de blé français par la Chine. Les opérateurs rapportent qu’entre 7 et 11 bateaux ont finalement été vendus dans cette nouvelle vague d’achats chinois soit environ 600 000 tonnes. Cela est conforme à nos prévisions, mais le point à souligner est qu’une part non négligeable de ces achats semble porter sur des livraisons rapides (décembre). Cela a fait grimper la prime sur le MATIF entre les échéances décembre d’une part et mars-mai d’autre part.

En plus des ventes françaises à la Chine, un achat de blé meunier a été fait par les États-Unis (Floride) en provenance de Pologne (environ 100 000 tonnes). Il n’est pas encore complètement certain que l’origine de cette affaire soit la Pologne mais ce serait en tout cas un pays européen qui peut fournir du blé de haute qualité (les origines allemande et balte ont été mentionnées également).

Ces ventes ont poussé les prix européens vers le haut mais elles ont aussi déclenché une réaction baissière sur le marché américain, voyant que l’Union européenne prenait momentanément le relais de la mer Noire pour des ventes importantes sur la scène internationale. Il est rare que l’Union européenne exporte de grosses quantités de blé meunier vers les États-Unis mais les blés américains de type HRW sont beaucoup plus chers actuellement (près de 430 $/t Fob Gulf) que les blés polonais qui valent près de 340 $/t Fob et sont donc compétitifs à l’arrivée malgré le coût du transport.

Baisse du pétrole et concurrence en mer Noire

Le mouvement de baisse déclenché aux États-Unis et la fin de la grosse vague d’achats chinoise ont fini par faire redescendre les prix français en seconde moitié de semaine. Ces derniers se retrouvent ainsi à 319 €/t rendu Rouen (base juillet), plus bas de 2 €/t que leur niveau de vendredi dernier. La nouvelle tendance baissière se voit renforcée par la disparition des incertitudes concernant le renouvellement du corridor d’exportations en mer Noire.

Cela s’est traduit par une vente de 35 000 tonnes de blé ukrainien à l’Égypte cette semaine, vente accompagnée aussi de plusieurs achats de blé russe par l’Égypte (environ 140 000 tonnes). Comme l’Égypte, le Pakistan est aussi « aux achats » actuellement ainsi que la Turquie pour des volumes proches de 500 000 tonnes chacune. L’Iraq, quant à lui, vient d’acheter 300 000 tonnes de blés australiens et canadiens, deux pays dont les disponibilités sont élevées cette année.

Un autre facteur baissier à souligner en cette fin de semaine concerne la situation sanitaire chinoise : le COVID s’y re-déploie actuellement et les confinements se multiplient. Cela suscite beaucoup de craintes concernant l’économie chinoise et l’impact de cette dernière sur l’économie mondiale. En parallèle, le G7 et l’Union européenne ont poursuivi les négociations cette semaine sur un seuil qui pourrait être appliqué au prix du pétrole russe (entre 65 et 70 $/baril, les négociations ne sont pas encore terminées). Le but de cette manœuvre est de limiter les revenus de la Russie. Ces deux éléments ont fait chuter le prix du pétrole de 5 % cette semaine et il a aussi constitué un facteur de pression baissière pour les prix du blé, notamment en Europe où l’euro continue de remonter doucement face au dollar.

Nouvelle semaine de baisse pour les prix de l’orge

Après une baisse au cours de la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une nouvelle baisse cette semaine. Le prix rendu Rouen du 25 novembre 2022 échéance novembre-décembre a ainsi perdu 8,5 €/t par rapport à la semaine précédente, à 278,5 €/t (base juillet). Le récent renouvellement du corridor sécurisé en mer Noire continue d’alimenter la tendance baissière de fond pour l’ensemble du complexe céréalier. Le manque de compétitivité des orges françaises à l’international ainsi que le renchérissement de l’euro face au dollar expliquent aussi la tendance négative marquée des prix français cette semaine.

Les orges tricolores sont toujours peu compétitives face aux orges australiennes et russes avec un prix FOB de 15 $/t plus cher. Les origines australiennes et russes ont continué à évoluer à la baisse depuis vendredi dernier (-2 $/t pour les origines australiennes et -1 $/t pour les origines russes) et sont aujourd'hui cotées en prix FOB à 284 $/t et 282 $/t respectivement. Les très fortes disponibilités et les exportations russes continuent de peser sur les prix. En effet, les services douaniers russes ont enregistré 400 000 tonnes exportées entre le 1er et le 22 novembre, une hausse de déjà 29 % par rapport à novembre 2021. 

Sur le segment brassicole, les prix des variétés d’hiver ont suivi la baisse des orges fourragères (-7 €/t à 316 €/t Fob Creil) tandis que les prix des orges de printemps sont restés stables à 343 €/t Fob Creil. L’offre actuelle au niveau mondial ne semble pas être en tension grâce aux exportations canadiennes qui affichent une progression depuis le début de la campagne par rapport à l’an dernier. Les perspectives restent toutefois incertaines pour le segment brassicole à moyen terme avec une nouvelle révision en baisse de la récolte en Argentine par le ministère de l’agriculture (-500 000 tonnes, à 4,7 millions de tonnes). Il conviendra de suivre avec attention la progression des moissons en Australie où les récentes inondations ont pu dégrader la qualité et la quantité de la récolte. 

Baisse des prix du maïs pour toutes les origines

Sur une semaine, le maïs Fob Bordeaux a baissé de 5 €/t, à 303 €/t (base juillet). Le maïs Fob Rhin a également baissé de 5 €/t, à 303 €/t (base juillet). Les prix du maïs français sont toujours sous la pression des prix des maïs ukrainiens, du ralentissement de la demande mondiale et du renchérissement de l’euro par rapport au dollar. Plus globalement, les prix ont baissé pour toutes les origines en accord avec les fondamentaux du marché. Les inquiétudes sur la demande chinoise liées à une résurgence de cas de Covid pèsent également sur les marchés avec le retour des confinements et des restrictions.

Du côté de la mer Noire, les dernières statistiques de douanes ukrainiennes confirment un bon niveau d’exportations en octobre, avec 2,2 millions de tonnes de maïs. Le rythme d’exportations du pays est tout de même pénalisé par les retards dans les inspections de bateaux. Des craintes portent également sur les capacités logistiques en raison des problèmes énergétiques qui pourraient s’étendre sur les activités portuaires. En outre, la récolte 2022 de maïs ukrainien prend beaucoup de retard et cela pourrait davantage pénaliser les exportations du pays. En Argentine, les surfaces en maïs tardifs (semés en décembre-janvier) devraient représenter approximativement 75 % de la sole de maïs du pays à cause des retards de semis en maïs précoces. À noter que les rendements des maïs tardifs sont 10 à 15 % inférieurs à ceux des maïs précoces.

Au Brésil, les exportations de maïs ont atteint 3,5 millions de tonnes sur les trois premières semaines de novembre, en nette hausse par rapport à la même période l’an dernier (2,4 millions de tonnes). Aux États-Unis, l’EIA (US Energy Information Administration) a publié des chiffres supérieurs aux attentes des analystes à la fois pour la production et les stocks d’éthanol.

Le cours du colza poursuit sa chute

Les prix du colza en France ont reculé de 10 à 14 €/t environ selon les places et les échéances entre le 17 et le 24 novembre 2022. Le recul du prix de l’or noir a fortement pesé sur le prix de la graine. Ce dernier a perdu presque 4 % pour tomber à moins de 79 $ le baril. Ce niveau de prix n’avait pas été atteint depuis près d’un an ! La forte résurgence des cas de Covid-19 en Chine entraîne en effet une augmentation du risque de ralentissement de l’économie chinoise et pèse sur la demande en pétrole.

Les cours du colza en France subissent aussi la pression d’une chute des prix sur le marché canadien. Ces derniers ont perdu presque 30 $/t en une semaine sur le marché à terme de Vancouver (échéance janvier) en raison de prises de positions de nombreux opérateurs. De plus, à l’échelle mondiale, l’offre demeure abondante. La récolte bat son plein en Australie, et les bons rendements attendus sont confirmés. Par ailleurs, en Inde, le ministère de l’agriculture rapporte des semis records pour le colza cette année (il y est semé en octobre-novembre et récolté ensuite en février-mars). La surface indienne de colza serait en hausse de presque un million d’hectares par rapport à l’an dernier !

Enfin, les industriels de la trituration semblent pour le moment plutôt bien couverts, ce qui limite les volumes échangés sur le marché pour le moment. Les achats seraient en grande partie sécurisés jusqu’en mars, et l’échéance avril commence à être traitée plus fréquemment.

Pour la prochaine récolte, les semis se sont bien déroulés dans l’Union européenne et les plantes sont globalement dans un état correct. En Ukraine, presque 1 million d’hectares de colza d’hiver ont été semés malgré une situation toujours difficile pour les agriculteurs en raison de la guerre. La surface est ainsi stable par rapport à l’an passé, ce qui est plutôt rassurant pour l’offre de la campagne 2023-2024.

Nouveau recul du tournesol en France

Avec un approvisionnement en tournesol ukrainien a priori sécurisé sur les quatre prochains mois, du fait de la prolongation du corridor maritime sécurisé, les cours du tournesol ont de nouveau marqué le pas cette semaine. Les acheteurs sont moins fébriles, ce qui se ressent sur les prix. Le tournesol oléique recule de 5 €/t à Saint-Nazaire, à 625 €/t, et le tournesol standard de 15 €/t à 605 €/t. Les prix en mer Noire se sont stabilisés et les offres actuelles sont de 595 $/t Fob Roumanie/Bulgarie. Si les volumes disponibles sont toujours abondants, la rétention des agriculteurs ukrainiens empêche les prix de baisser davantage. À noter que la récolte russe reste très en retard, freinée par un temps peu favorable (pluies). Une partie de la récolte de tournesol russe pourrait se terminer au printemps prochain. Plus de 25 % des surfaces ne sont toujours pas récoltées, ce qui restreint l’offre disponible sur le court terme.

Les prix du soja rebondissent

À l’inverse du colza et du tournesol, le soja regagne des couleurs cette semaine. Le prix du soja a surtout été soutenu par celui des produits de la trituration. L’huile de soja a vu son cours grimper à la suite de la décision du gouvernement brésilien d’augmenter fortement l’incorporation obligatoire de biodiesel à partir du 1er avril 2023. Elle s’élèvera à 15 % contre 10 % actuellement.

Les perspectives de demande en huile de palme du secteur biodiesel sont aussi plutôt en hausse. L’Indonésie annonce que les tests techniques du diesel contenant 40 % de biodiesel d’huile de palme devraient être terminés d’ici la fin décembre. S’ils s’avéraient concluants, le gouvernement pourrait généraliser l’usage du B40, ce qui aurait pour conséquence d’augmenter la consommation industrielle locale et de nettement réduire les disponibilités exportables de l’Indonésie en huile de palme.

Le cours du soja a également été soutenu par un temps encore un peu trop sec dans certaines régions d’Argentine, où les semis sont en cours. Enfin, les exportations de soja américain sont très dynamiques, avec 2,4 millions de tonnes exportées sur la semaine au 17 novembre, contre 2 millions de tonnes la semaine précédente. Avec un soutien de l’huile et du tourteau, le soja américain a vu son prix monter de 7 $/t sur le rapproché à Chicago.

Le tourteau de soja en hausse

Le tourteau de soja a bénéficié d’une demande dynamique des fabricants d’aliments et a ainsi grimpé de 4 $/t sur le rapproché à Chicago. En France, à Montoir, les prix ont grimpé de 15 €/t en une semaine ! En effet, les prix étaient tombés à des niveaux très attractifs, conséquence de la remontée de l’euro face au dollar la semaine dernière. Cette attractivité a soutenu les ventes, et les prix par ricochet.

Le pois fourrager a suivi, et voit son prix remonter de 2 €/t en qualité fourragère sur la semaine (départ Marne).

À suivre : les récoltes de blé et d’orge en Argentine et en Australie, la récolte de maïs en Ukraine, la croissance des maïs et du soja en Amérique du Sud, les restrictions sanitaires en Chine, évolution du change euro/dollar, les exportations de la Russie et de l’Ukraine, récolte de colza en Australie, cours du pétrole