Les prix des céréales à paille décrochent cette semaine sous la pression mer Noire, avec la poursuite des négociations concernant le renouvellement du corridor sécurisé au départ de l’Ukraine. Le colza et le tournesol suivent à la baisse ainsi que les tourteaux de soja sur le marché français.

Plongeon des prix du blé en euros 

La chute des prix entamée en fin de semaine dernière s’est poursuivie : à 327,5 €/t en base juillet, le blé français a perdu 16 €/t rendu Rouen pour l’échéance décembre entre le 4 et le 9 novembre. La chute a été un peu moins prononcée pour l’échéance janvier-mars (-14 €/t). Le contrat Matif pour l’échéance décembre 2022 a cédé du terrain aussi, perdant 8 €/t sur la même période, à 330,75 €/t mercredi soir.

Le blé français est en effet resté sous la pression des blés de la mer Noire, russes notamment. Après l’annulation par l’Égypte d’un appel d’offres lancé le 5 novembre, il est question dans le marché d’un achat de 240 000 tonnes (mais restant à confirmer) de blé russe par ce pays, en achat direct par des opérateurs privés, en dehors du processus d’appel d’offres.

Par ailleurs, la Russie est mentionnée comme la principale origine pouvant servir l’achat optionnel de l’Algérie d’environ 500 000 tonnes cette semaine. Toutefois, la France et la Bulgarie pourraient aussi vendre quelques tonnages dans le cadre de cet achat. Le marché mondial du blé reste actif malgré les incertitudes liées au corridor ukrainien et l’appel d’offres lancé aujourd’hui par l’Arabie en atteste (595 000 tonnes pour livraison avril-mai 2023).

Le renouvellement du corridor reste un aléa important

Les prix français et les prix russes viennent de se rapprocher un peu, conséquence de la baisse des prix français (amoindrie toutefois en dollar par la remontée de l’euro face au dollar) et de la petite montée des prix russes dans le même temps. En position Fob, le blé français à 11,5 % de protéine vaut maintenant 337 $/t et le blé russe à 12,5 % de protéine 317 $/t. Les blés russes restent moins chers que les blés français mais leur avantage diminue de presque 10 $/t depuis la semaine dernière et cet avantage est partiellement gommé par le supplément des coûts de transport pour expédier au départ de la Russie.

La question du renouvellement du corridor sécurisé pour les exportations ukrainiennes n’est pas encore réglée. Les négociations se poursuivent avec une réunion prévue à Genève demain, 11 novembre, entre des représentants de l’ONU et une délégation russe. La clef de l’évolution des négociations (l’accord prend fin le 19 novembre) sera la réponse apportée ou non aux exigences de la Russie de voir ses propres exportations augmenter.

Les exportations de grains de la Russie ont bien monté en puissance depuis juillet avec 4,5 millions de tonnes de blé russe exportées en octobre et près de 5 millions de tonnes prévues pour novembre. En revanche, selon les représentants de l’ONU, les exportations russes de fertilisants restent basses. C’est un des points sur lesquels la Russie négocie pour accepter le renouvellement du corridor.

Gros dégâts en Argentine

L’USDA (ministère américain de l'Agriculture) a publié hier son estimation mensuelle de l’offre et de la demande mondiale et relevé sa prévision de la production australienne de 33 à 34,5 millions de tonnes. Cette nouvelle a exercé un effet baissier hier, comme la révision en légère baisse par FranceAgriMer de sa prévision des exportations de blé français vers les pays tiers (à 10 millions de tonnes contre 10,1 le mois dernier).

Toutefois, les questionnements concernant les exportations à venir de la mer Noire et la révision en nette baisse encore de la récolte argentine par la Bourse de Rosario (à moins de 12 millions de tonnes) hier rendent les opérateurs très nerveux. À cause de ces deux points, les prix repartaient en hausse ce matin, d’autant plus que des rumeurs d’achats de blé français par la Chine circulent depuis hier.

Baisse des prix de l’orge cette semaine

Après une forte progression au cours de la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une baisse cette semaine. Le prix rendu Rouen du 10 novembre échéance novembre-décembre a ainsi perdu 10,5 €/t par rapport à la semaine précédente, à 293 €/t (base juillet). Comme pour les autres céréales, la baisse des cours a résulté de la pression exercée par les orges de la mer Noire et la poursuite des négociations entre la Russie et l’ONU sur le renouvellement du corridor sécurisé en mer Noire.

À l’international, les prix FOB des origines australiennes sont restés stables depuis vendredi dernier à 289 $/t tandis que celles de la Russie ont évolué en légère baisse (-1$/t) à 286 $/t. Face à la demande qui reste toujours restreinte dans un contexte économique et géopolitique incertain, les orges russes affichent une très forte compétitivité et s’exportent bien. La Russie a ainsi exporté presque 500 000 tonnes sur le mois d’octobre, une hausse de 13 % par rapport à la même période de l’an dernier.

À l’image de l’orge fourragère, les prix brassicoles d’hiver et de printemps ont aussi suivi la tendance baissière cette semaine (-5 €/t à 335 €/t Fob Creil pour l’orge brassicole d’hiver et -5 €/t à 362 €/t Fob Creil pour celle de printemps). Marqué par l’influence baissière des autres céréales, le marché des orges brassicoles reste nerveux, en attendant de nouvelles précisions sur les qualités australiennes (qui pourraient être dégradées à cause des inondations) ainsi que sur les volumes de production en Argentine (prévus en baisse du fait de la sécheresse).

Nouvelle baisse modérée des prix du maïs

Le maïs Fob Bordeaux a de nouveau baissé cette semaine, perdant 8,5 €/t, à 330 €/t (base juillet). Le prix se maintient néanmoins en dollars en raison de la remontée de l’euro. Le maïs Fob Rhin est toujours incoté. À l’international, les prix ont légèrement fléchi, avec par exemple -8 $/t pour le maïs américain à 351 €/t Fob Gulf. Les éléments véritablement nouveaux sur le marché du maïs sont peu nombreux.

Comme attendu, les prix du maïs sont sous la pression des prix du blé qui ont chuté sous influence des fortes disponibilités en Russie. Dans son rapport mensuel, l’USDA a revu hier en très légère hausse sa prévision de production aux États-Unis, à près de 354 millions de tonnes. Le marché a également été tiré vers le bas avec la poursuite des négociations concernant le corridor maritime ukrainien. Il convient néanmoins d’être prudent tant que la partie russe n’aura pas finalisé son point de vue. Rappelons que le corridor maritime actuel prendra fin le 19 novembre prochain.

Côté demande, des craintes de baisse resurgissent en Chine où la politique « zéro covid » ne semble, pour le moment, pas remise en question. Côté récolte, la situation ne progresse que très lentement en Ukraine, faisant craindre quelques détériorations de la qualité. Seules 30 % des surfaces étaient récoltées en début de semaine dans ce pays. En Amérique du Sud, les conditions sèches pour les implantations inquiètent toujours en Argentine. En France, le ministère estime la récolte de maïs à 11 millions de tonnes. C’est un niveau qui peut paraître optimiste au regard des autres estimations qui circulent sur le marché (plus proches des 10 millions de tonnes).

Repli des cours du colza

Après la hausse des cours la semaine dernière, le retour de la Russie à la table des négociations concernant le corridor maritime avait rassuré le marché et entraîné les prix à la baisse. Les cours étaient également sous la pression des fondamentaux. En effet, la récolte record attendue en colza au niveau mondial continue de peser sur les prix.

D’autre part, dans un contexte inquiétant de ralentissement de la croissance économique, les craintes concernant la demande se sont accentuées cette semaine, avec le maintien par la Chine de sa politique stricte zéro COVID, engendrant une baisse des prix du pétrole et de l’huile de palme.

Toutefois, malgré une baisse de 15 €/t cette semaine, les prix du colza restent fermes (à 633 €/t rendu Rouen et 648 en Fob Moselle) soutenus par la hausse saisonnière de la demande en biodiesel avec l’arrivée de l’hiver ainsi que par la demande dynamique des triturateurs canadiens en canola (bonnes marges). Dans les prochaines semaines le marché sera particulièrement attentif à la récolte de canola en Australie mais surtout à la continuité ou non des exportations depuis l’Ukraine.

Légère baisse du tournesol français

Après un début de mois animé par la tension géopolitique en mer Noire, le marché du tournesol s’est un peu calmé durant cette semaine. L’annonce par la Russie de son retour dans l’accord sur le corridor jusqu’à la fin de sa première phase le 19 novembre, a permis la reprise des exportations ukrainiennes. Des volumes importants de graine et d’huile de tournesol continuent ainsi d’être exportés vers l’Europe, ce qui pèse sur les prix européens.

Par conséquent, le prix du tournesol oléique français recule de 15 €/t à 720 €/t alors que la graine standard cède 5 €/t à 650 €/t. En Ukraine, les perspectives de la demande industrielle restent incertaines. Les attaques russes visant des infrastructures énergétiques ont fortement perturbé l’approvisionnement en électricité des ménages et des sites industriels. Si les réparations nécessaires ne se font pas à temps, un rationnement de la consommation industrielle sera inévitable.

Dans tous les cas, la trituration de tournesol et la production d’huile dans ce pays seront largement en dessous des niveaux habituels en raison de la chute de la récolte de tournesol et de la fermeture de plusieurs usines de trituration depuis le début de la guerre. Les prix du tournesol ukrainien, à l’exportation et rendu usine, sont restés stables depuis la semaine dernière. À quelques jours de la fin de la première période de l’accord, les opérateurs surveillent attentivement le déroulement des négociations entre belligérants.

Les prix du soja poursuivent leur progression

Les prix mondiaux du soja ont poursuivi leur hausse cette semaine dans le sillage de l’huile et du tourteau de soja. Le cours de la fève à Chicago a gagné 12 $/t sur le rapproché pour s’afficher à 536 $/t. Le Fob brésilien a lui aussi progressé de 16 $/t à 635,25 $/t sur le rapproché.

Les perspectives de forte demande en huile de soja dans le secteur du biodiesel, notamment au Brésil, contribuent à tirer les prix vers le haut. Par ailleurs, les faibles stocks de soja en Chine, premier consommateur mondial, contribuent également à soutenir les prix. Les stocks chinois de graine de soja se sont établis à 3,15 millions de tonnes au 8 novembre, soit 1,35 million tonnes de moins qu’à la même date en 2021. La hausse des cours a toutefois été freinée par la publication hier du rapport de l’USDA sur l’offre et la demande agricole, qui revoit en hausse de près de 2 millions de tonnes les prévisions de stocks mondiaux de soja pour la fin de la campagne 2022-2023.

Timide hausse des cours du tourteau de soja

Le cours du tourteau de soja progresse légèrement à Chicago, grappillant 4 $/t sur la semaine pour s’établir à 460 $/t ce jeudi. De même, en Argentine, la cotation a gagné 5 $/t pour s’afficher à 492,5 $/t. D’une part, l’offre en tourteau de soja apparaît plutôt mesurée avec le ralentissement de la trituration aux États-Unis et en Argentine qui réduit les disponibilités.

D’autre part, la demande du secteur de l’alimentation animale en tourteau de soja demeure dynamique en Chine. À noter que selon les autorités chinoises, la production de porc et de volaille aurait progressé d’environ 6 % et 2 % respectivement sur les 9 premiers mois 2022 par rapport à la même période l’an dernier.

Par ailleurs, au 7 novembre, les stocks de tourteau de soja chinois étaient toujours en repli de 350 000 tonnes sur un an. En revanche, la demande en tourteau de soja reste plutôt atone en France. La cotation du tourteau à Montoir a reculé de 17 €/t sur la semaine à 560 €/t ce jeudi. 

Les prix du pois ont eux aussi perdu du terrain (-8 €/t en une semaine, départ Marne) à 390 €/t dans le sillage des cours du tourteau de soja et des céréales fourragères.

À suivre : négociations autour du corridor sécurisé en Ukraine, exigences russes, conditions climatiques en Amérique du Sud (blé, maïs et soja), en Australie (céréales et colza), situation sanitaire en Chine (politique zéro Covid), évolution du change euro/dollar