Dix mois après leur précédent congrès à Nantes (Loire-Atlantique), les producteurs de Légumes de France réunis cette fois à Avignon (Vaucluse), les 20 et 21 octobre 2022, ont pris un coup au moral. "La guerre en Ukraine et ses conséquences a chamboulé les espoirs nés de la crise sanitaire », a déclaré Jacques Rouchaussé, président du syndicat devant Marc Fesneau, le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire dont il a par ailleurs salué la présence : « Onze ans que nous n’avions pas eu la visite de notre ministre. Vous avoir à nos côtés, ça nous booste."

Les professionnels ont pris appui sur le plan de souveraineté alimentaire pour les fruits et légumes pour faire part de leurs inquiétudes et légitimer leur demande de soutien à l’État. "Actuellement, un légume sur deux consommés en France est importé. Si rien n’est fait, la part de la production tricolore va encore diminuer et le nombre de maraîchers avec", a alerté Jacques Rouchaussé.

Explosion de la facture énergétique

Les inquiétudes portent notamment sur l’explosion de la facture énergétique. "À cause de cette hausse, des producteurs envisagent de décaler leurs plantations, souligne le président de Légumes de France. Ce qui va immanquablement favoriser les importations pour compenser l’absence de légumes français sur des créneaux où ils sont habituellement présents."

Sur ce point, Marc Fesneau s’est montré rassurant. Il a précisé qu’à l’issue de la réunion du Conseil européen survenu le 20 octobre à Prague, un accord au sein de l’UE était en bonne voie pour limiter les hausses. À cela s’ajoutent les aides que l’État prévoit d’accorder aux entreprises.

Réduction des emballages plastiques

Autre sujet épineux, celui de la loi antigaspillage pour l’économie circulaire (Agec) qui fixe des objectifs de réduction annuels des emballages plastiques pour parvenir à leur suppression totale en 2040. "Nous ne sommes pas prêts, a martelé Jacques Rouchaussé. Nous demandons un moratoire de deux ans pour mettre au point des solutions adaptées à nos produits."

Confronté à cette problématique, un producteur de radis de la région nantaise a interpellé le ministre : "Mes ventes ont plongé de 40 % depuis que j’ai changé l’emballage dans lequel je conditionne mes radis. Les consommateurs ne voient pas le produit, ils n’achètent pas. Or, dans les grandes surfaces on trouve actuellement des radis hollandais proposés dans des sachets plastiques. Cette situation ne joue pas en faveur de la souveraineté alimentaire."

Marc Fesneau, qui s’est dit sensible à cette problématique, a promis travailler avec le ministère de la Transition énergique sur ces questions.

Le Varenne agricole de l’eau et sa mise en route de même que l’agriphotovoltaïsme ont aussi été au cœur des débats de ce congrès. "Nous allons être attentifs aux projets alibis", a ainsi souligné Marc Fesneau. À propos de la rémunération des producteurs, il a rappelé que "la contractualisation est la voie d’avenir". La demande d’un chèque alimentaire pour les fruits et légumes a en revanche été retoquée.