Le renforcement des bombardements en Ukraine et les incertitudes concernant le renouvellement du corridor sécurisé ont soutenu les prix des céréales à paille et du colza. Les limitations de production de pétrole de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétole) ont également contribué à la hausse, de même que la remontée des prix du porc en Chine.

Hausse des prix du blé

La situation en mer noire reste actuellement le principal facteur affectant les prix du blé. Le regain des bombardements en Ukraine a d’abord poussé les prix le lundi 10 octobre 2022, jusqu’à 362,25 €/t pour l’échéance de décembre d’Euronext. Un niveau aussi élevé qu’à la fin de juin.

Le jeudi13 octobre 2022, les blés se sont appréciés aussi à cause de la montée des craintes concernant l’attitude russe envers le renouvellement du corridor d’exportations ukrainiennes. Toutefois, les prix ont chuté mardi et mercredi sous l’influence de la publication mensuelle de l’USDA (ministère de l'Agriculture américain) qui a affiché une prévision de stocks américains supérieure à ce que la moyenne des opérateurs attendait.

Le milieu de la semaine a aussi été marqué par un gros achat de l’Algérie : au lieu de soutenir les prix français, ce dernier les a plutôt tirés vers le bas à cause de la compétition exercée par la Russie et la mer Noire, cette région semblant avoir remporté une grosse part de cet achat de près de 500 000 tonnes (il était question d’un seul bateau pour le blé français).

Vendredi 14 octobre, les prix baissent à nouveau avec l’espoir d’une avancée dans les discussions entre la Russie, l’ONU et la Turquie au sujet du corridor sécurisé alors que Moscou avait menacé auparavant de quitter la table des discussions si ses exigences n’étaient pas mieux prises en compte. Difficile de savoir quelles sont ces exigences, mais les discussions ont repris. 

La Russie dispose d’une récolte record qu’elle a besoin d’exporter. Elle vient d’annoncer qu’elle pourrait abolir ses quotas à l’exportation.

En dehors du chaud et froid que la Russie souffle sur le marché mondial, la semaine a été caractérisée par une nouvelle révision à la baisse des estimations de la récolte argentine à un niveau proche de 16 millions de tonnes, en retrait de 25 % par rapport à celui de l’an dernier. Les grosses perturbations concernant la distribution du carburant en France sont aussi de nature à soutenir les prix. En conséquence, sur la semaine, le blé français s’est renchéri de 9 €/t rendu Rouen (à 356,75 €/t en base juillet) et de 7 €/t sur Euronext à 354,75 €/t pour l’échéance de décembre au milieu de l’après-midi.

Le maïs français évolue en légère hausse sur une semaine

Le maïs Fob Bordeaux a peu évolué sur une semaine : +2 €/t, à 346 €/t (base juillet, récolte de 2022). Le prix Fob Rhin a également peu évolué, +2 €/t, à 338 €/t (base juillet, récolte de 2022). Les prix du maïs français restent sur des niveaux élevés, conséquence de la hausse des prix du maïs sur la scène internationale.

Les faibles productions attendues dans l’hémisphère Nord et les incertitudes sur le maintien du corridor maritime en Ukraine fragilisent un bilan mondial de maïs tendu.

En France, la récolte touche à sa fin avec 83 % de la surface récoltée. La sécheresse de l’été a été marquée et le retour des pluies en août n’aura pas bénéficié au rendement. La production française devrait avoisiner les 10 millions de tonnes, un niveau de production au plus bas depuis trois décennies. La première estimation de l’organisme FranceAgriMer pour les stocks de la fin de la campagne de 2022-2023, à 2,01 millions de tonnes (2,23 millions de tonnes en 2021-2022), confirme également cette tension du bilan français.

Aux États-Unis, la surface récoltée a atteint 31 % en date du 11 octobre, avec une production estimée en baisse, à 353 millions de tonnes pour 2022-2023 dans le dernier rapport mensuel de l’USDA datant de mercredi 12 octobre. Les prix du maïs américain ont ainsi fortement augmenté cette semaine, tandis que le pays fait face à des difficultés pour exporter sur le Fob Gulf à cause des basses eaux du Mississippi. Du côté de l’Amérique du Sud, les semis brésiliens progressent mais la situation ne s'est pas améliorée en Argentine.

En Ukraine, les dernières statistiques douanières du mois de septembre font état d’un volume de maïs exporté à 2,15 millions de tonnes. Un volume important qui témoigne de la volonté des opérateurs ukrainiens d’exporter fortement avant la remise en question du corridor maritime. Le maïs ukrainien reste l’origine la plus compétitive sur le marché du maïs à l’exportation.

L’orge suit aussi à la hausse

L’orge fourragère a suivi la même direction que le blé et s’est renchérie plus fortement encore. Son prix a gagné 11 €/t rendu Rouen à 311 €/t (base juillet). Les incertitudes en mer Noire peuvent avoir de grosses répercussions sur le prix de l‘orge.

Les origines russes et ukrainiennes restent moins chères que françaises (290 $/t contre 310 $/t respectivement Fob). L’Ukraine a par ailleurs réussi à exporter un bon volume vers les pays tiers en septembre (près de 500 000 tonnes) après des mois de juillet et d’août moribonds. Cette concurrence pèse sur les prix français mais pourrait rapidement prendre fin si le corridor n’était pas renouvelé.

En parallèle, les disponibilités d’orge russe sont très élevées mais les sorties du pays ne sont pas dynamiques, ce qui suscite des questions sur la réelle concurrence que la Russie pourra opposer à l’Union européenne. Les inquiétudes l’emportent, poussant les prix vers le haut.

Par ailleurs, la Turquie a acheté 475 000 tonnes d’orge (origine non spécifiée) cette semaine et la Jordanie 120 000 tonnes. Par son ampleur, l’achat de la Turquie a contribué à soutenir les prix.

La hausse s’est reportée aussi sur le segment brassicole qui a gagné 15 €/t Fob Creil pour les orges de printemps, à 375 €/t, et 4 €/t, à 336 €/t, pour les orges d’hiver. La poursuite des dégradations qualitatives en Australie a probablement contribué à cette hausse.

Les cours du colza entraînés à la hausse

Bien que les fondamentaux continuent de faire pression sur les prix (récolte mondiale record et craintes de récession affectant la demande), les cours du colza en France ont de nouveau augmenté cette semaine (+17 €/t en rendu Rouen à 629 €/t).

En effet, la récente escalade de tension entre l’Ukraine et la Russie renforce les inquiétudes concernant le renouvellement du corridor maritime. Cela a poussé les opérateurs à accélérer leurs achats pour sécuriser leurs approvisionnements en oléagineux et en huiles.

Par ailleurs, à la suite de l’annonce des pays de l’Opep de réduire leur production de pétrole en novembre, des tensions entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite sont apparues, le porte-parole de la Maison Blanche ayant déclaré que cette décision était synonyme de soutien à la Russie. Cela intervient alors que les réserves de brut des États-Unis sont en baisse.

Les cours du colza restent aussi soutenus par les fortes pluies dans l’ouest de l’Australie. Elles ont occasionné des inondations par endroits, générant des incertitudes tant sur le volume que sur la qualité des prochaines récoltes de canola dans le pays. Les fortes pluies en Asie du Sud-Est inquiètent également : elles pourraient réduire la production d’huile de palme pendant quelques semaines.

Enfin, malgré les récoltes en cours au Canada, les prix du canola restent élevés, soutenus par le dynamisme de la trituration intérieure. Par ailleurs, les agriculteurs sont peu présents à la vente, et les rendements constatés ont été un peu en deçà des attentes. Les prix n’ont ainsi que très peu baissé cette semaine (–4 $/t), alors que les opérations de récolte battaient leur plein.

Rebond du tournesol

Les prix du tournesol français ont nettement progressé depuis la semaine dernière. Le cours de la graine oléique gagne 35 €/t, à 730 €/t, alors que le tournesol standard s’est renchéri de 45 €/t, à 650 €/t. Cela s’explique notamment par un regain de la demande en huile de tournesol dans le secteur alimentaire.

Les prix du tournesol sont également soutenus par la récente escalade des hostilités en Ukraine, qui renforcent les risques d’une perturbation des expéditions de graine et d’huile au départ de ce pays. Dans les champs, le temps pluvieux retarde les récoltes en Ukraine et en Russie, ce qui a également contribué à faire grimper les prix français cette semaine.

Quelques éléments baissiers ont toutefois été observés : les statistiques d’exportations ukrainiennes de tournesol du mois de septembre, publiées cette semaine, montrent une légère progression par rapport à août. Celles d’huile de tournesol ont enregistré un plus haut niveau depuis janvier dernier. Les principales destinations pour l’huile ukrainienne sont la Turquie, l’Inde et l’Union européenne. Les achats de la Chine sont restés faibles.

Les cours se redressent en soja

Les prix mondiaux de la fève de soja ont progressé cette semaine. Le cours à Chicago s’est redressé de 14 $/t sur le rapproché pour s’afficher à 513 $/t. Le Fob brésilien a, lui, gagné 28 $/t et s’établit désormais à 612 $/t.

D’une part, la flambée des prix des céréales au début de la semaine a contribué à soutenir les prix de la fève. D’autre part, les cours ont bondi à la suite de la publication du rapport mensuel de l’USDA sur l’offre et la demande, mercredi 12 octobre. Celui-ci indiquait une prévision de production de soja américain inférieure à la précédente estimation, à 117,4 millions de tonnes (contre 119,2 millions de tonnes le mois dernier).

Par ailleurs, les importations de la Chine se sont montrées dynamiques cette semaine, avec plus de 526 000 tonnes de ventes déclarées par les exportateurs privés américains pour une livraison sur la campagne de 2022-2023. Le prix de la fève a aussi été soutenu par la progression des cours du tourteau (qui bénéficient également d’une bonne demande chinoise) et par le rebond de l’huile de soja en fin de semaine.

La demande chinoise soutient le prix du tourteau de soja

Le cours du tourteau progresse cette semaine, soutenu par une bonne demande du plus grand consommateur mondial, la Chine. Le Fob argentin a gagné 36 $/t sur le rapproché pour s’établir à 493 $/t. La hausse a été plus modérée aux États-Unis (+23 $/t, à 461 $/t), en partie en raison du bas niveau des eaux du Mississippi qui limite les exportations. Cette situation pourrait se poursuivre sur plusieurs semaines.

Par ailleurs, le stock de tourteau de soja a fortement reculé ces derniers temps en Chine, atteignant son plus bas niveau depuis cinq mois. Il s’est établi la semaine dernière à 410 000 tonnes. En cause, une faible activité industrielle du fait de faibles marges de trituration et de faibles stocks de soja.

En parallèle, la demande en alimentation animale s’avère active. En effet, les élevages porcins chinois bénéficient d’une bonne rentabilité avec la hausse du prix du porc qui se poursuit. Ce dernier a bondi de 17,7 % en un trimestre pour s’afficher le 7 octobre très nettement (+120 %) au-dessus de son niveau de l’an dernier à la même période.

Le prix du tourteau de soja à Montoir a ainsi progressé de 35 €/t sur la semaine, à la suite des prix mondiaux. Il a aussi été soutenu par le rebond du prix du soja américain.

Malgré la hausse du tourteau de soja, le prix du pois fourrager est resté stable sur la semaine, à 390 €/t départ Marne. Il n’attire pas l’intérêt des fabricants d’aliments en ce moment. Il est notamment au-dessus de son prix d’intérêt dans les rations pour les volailles.

À suivre : renouvellement ou pas du corridor d’exportations en Ukraine, aptitude à l’exportation de la Russie, précipitations et qualité de la récolte australienne de céréales et de canola, prix du pétrole, cheptel porcin en Chine.