« Pas de tomates bio en hiver : non aux serres chauffées ! » Tel est le slogan de la pétition portée par la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), Réseau Action Climat, la Fondation Nicolas Hulot et Greenpeace qui a été lancée le 29 mai 2019 sur le site du quotidien Libération.

 

« Nous avons jusqu’au 11 juillet 2019, prochaine date du Comité national de l’agriculture biologique, pour convaincre le ministre de l’Agriculture de lutter contre l’industrialisation de la bio en limitant le recours au chauffage des serres à la production de plants et au maintien hors gel, garantissant ainsi que la production reste de saison », indique le texte de la pétition.

Le bio français industrialisé ?

« Pas de tomates bio en hiver ? J’y adhère complètement », a déclaré Georges Guezénoc, producteur de légumes bio, lors de la conférence de presse « préservons la production française de légumes biologiques », le 29 mai à l’APCA. « La dynamique de production sur le territoire correspond à un marché déficitaire. Les chiffres de l’importation en disent long : 78 % des tomates bio sont importées, 69 % des courgettes, 70 % des concombres ». La filière française doit se développer pour répondre à une demande croissante.

 

Le chauffage des serres soulève de nombreux enjeux : économique, énergétique, sociétal… À l’échelle française, cette pratique représente 0,2 % des surfaces de légumes bio, et moins de 1 % de la production. Autorisée dans le guide de lecture du règlement bio européen, son interdiction en France provoquerait une distorsion de concurrence. Si une évolution du cahier des charges devait être envisagée, ce serait au niveau européen, réclame la filière. « Il ne s’agit pas de produire à contre-saison mais d’allonger le cycle de production », rappelle Laurent Grandin, président d’Interfel. « Il n’y a pas deux agricultures biologiques — l’une industrielle, l’autre non — mais un seul règlement européen. »

Quid de la consommation énergétique ?

« Chauffer les serres pour produire des légumes bio hors saison est une aberration gustative, agronomique et environnementale ! », affirme la Fnab dans sa pétition. Georges Guezénoc contre-argumente : « déshumidifier les serres empêche l’installation de problèmes sanitaires qui auraient pu être corrigés avec du cuivre. Il est important de travailler sur ce sujet, qui permet de s’affranchir de produits phytos et de rentrer dans un plan de progrès ».

 

Jean-Luc Roux, producteur bio de légumes sous serres chauffées a effectué un bilan carbone de son exploitation : 700 g de CO2/kg de tomates produites, avec une chaudière à biomasse combinée à une chaudière à gaz. « Avec une chaudière à biomasse seule, le bilan descend à 500 g de CO2/kg de tomate. Un kg de tomate de Sicile représente 623 g de CO2, et 530 g pour un kg provenant de Malaga. Sachant que les tomates d’imports n’ont pas de normes sociales acceptables. »

« Donner le temps au temps »

« Il reste des efforts à faire en termes de production française. Il faut profiter des techniques possibles aujourd’hui en les faisant évoluer vers une transition écologique : des chauffages plus vertueux, moins fossiles. Il faut donner le temps au temps », indique Thierry Coué, vice-président de la FNSEA.

 

« Il n’est pas question de produire des tomates ou des fraises à Noël. On parle de l’origine France : aidons nos producteurs bio à se développer, et ne pas permettre au bio espagnol de rentrer, emballé dans du plastique, tempère Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France. Arrêtons de vouloir être plus vertueux que vertueux, de mettre des exploitations en danger et de perdre en compétitivité. »