Le rendement du pois protéagineux est notamment déterminé par deux composantes : le nombre de graines/m2 et le poids de mille grains (PMG). Il n’est cependant pas toujours évident d’identifier leurs phases de mise en place. La croissance du pois est, en effet, de type « indéterminée ». « Cela signifie que la plante continue d’initier de nouveaux étages quel que soit le stade de développement des étages inférieurs, révèle Véronique Biarnès, de Terres Inovia. Il y a un chevauchement des périodes du cycle : les étages du bas de la plante peuvent avoir des graines en remplissage, tandis que les étages en haut sont encore en fleur ou commencent à former des gousses. »

D’autre part, le stade limite d’avortement (SLA) est une caractéristique des légumineuses. « Pour le pois, on considère qu’au-delà de 8,5 mm de long, la graine ne peut plus avorter. Le passage du SLA au premier étage reproducteur marque le début du remplissage, indique l’ingénieure. À la fin du stade limite d’avortement du dernier étage, le nombre de graines/m2 est fixé. Il est déterminant : c’est le principal facteur limitant du rendement. »

Températures élevées

« La photosynthèse est perturbée dès que la température dépasse 20 à 25 °C », informe la spécialiste. Quand elles interviennent avant la floraison, les fortes températures entraînent une réduction du nombre d’étages reproducteurs, et ce, d’autant plus que la contrainte est précoce et prolongée. « Si les fortes températures arrivent après la floraison, on constate plutôt des avortements dans les gousses à certains étages­, ajoute-t-elle. Et pendant le remplissage­ des graines, elles peuvent affecter le PMG mais il faut vraiment que ce soit des stress intenses et sur une longue période. »

Les études menées depuis les années 1990 ont plutôt montré que les stress de fin de cycle sont ceux qui ont le plus d’impact sur le nombre de graines, et donc le rendement. Véronique Biarnès nuance : « Ces dernières années posent question : le climat a évolué, les zones de cultures aussi. On trouve des légumineuses dans des secteurs où les stress hydriques arrivent plus tôt, dans des sols plus superficiels, comme en zone intermédiaire. Les températures peuvent également être plus élevées en début de cycle. Ce dernier s’accélère et la plante n’a pas le temps de bien s’implanter. Cela explique très certainement les rendements de ces dernières années qui sont très décevants par rapport à ce qu’on pouvait avoir il y a dix ou quinze ans. »

Alimentation en eau

Si les déficits hydriques ont peu d’incidence sur les vitesses d’émission des feuilles et des fleurs, ils agissent néanmoins sur la taille des premières. « Ils perturbent la photosynthèse, détaille Véronique Biarnès. Ils provoquent un arrêt anticipé de la floraison, raccourcissant le cycle, et entraînent une diminution du nombre de graines, qui sont concentrées sur les premiers étages reproducteurs. » L’impact d’une sécheresse sur le PMG dépend, quant à lui, de la durée et de l’intensité du stress.

Justine Papin