Après s’être lancé dans la tomate d’industrie, Thomas Arsac, producteur de riz et de céréales en Camargue, a décidé de continuer à se diversifier dans le maraîchage en se lançant dans la carotte primeur sur son exploitation située à Arles (Bouches-du-Rhône). « J’ai franchi le pas il y a cinq ans, quand Arterris, mon groupement, a racheté la coopérative La Silvacane, à La Roque-d’Anthéron (Vaucluse), qui est spécialisée dans ce produit, explique l’agriculteur. C’est une culture plus rentable que la production céréalière et elle est bien adaptée à notre région. »

Il est aujourd’hui l’un des deux producteurs camarguais à cultiver de la carotte sur ce territoire et à proposer ses bottes sur le marché dès la mi-mai jusqu’à fin juin. Sur ses 300 ha de terres, dont 134 ha en riz, Thomas Arsac en consacre 20 à la carotte. Il a choisi la variété Speedo qui correspond à ce qu’il recherche. Selon les années, le rendement atteint 30 à 40 t/ha.

Semis sur buttes

Pour produire tôt, le jeune maraîcher cultive ses carottes sous du voile de forçage P17 qui conserve la chaleur du sol. « Avant de l’installer, nous préparons les semis sur des buttes de terre de 20 cm de hauteur espacées de 80 cm, explique l’agriculteur. Nous positionnons trois lignes de semis par butte, soit 1,3 million de graines/ha, à l’aide d’un semoir de précision. Il faut aller le plus doucement possible avec le tracteur pour que les graines soient bien espacées et poussent correctement. La levée conditionne 80 % de la réussite de cette culture. » Ce chantier est réalisé entre janvier et février. « J’applique un insecticide contre les taupins au moment du semis et un désherbage contre la renouée immédiatement après », renchérit Thomas Arsac. Le voile P17 est déposé dans la foulée. Il est enfoui, de part et d’autre des buttes, à 15 cm de profondeur dans le sol afin de rester bien en place.

L’agriculteur procède ensuite à un arrosage par aspersion une à deux fois par semaine jusqu’au stade trois feuilles puis en fonction des conditions météorologiques. « La butte doit toujours conserver une certaine humidité durant cette phase », justifie-t-il. À cette période, il réalise un désherbage contre la renouée, suivi d’un apport d’engrais (80 kg/ha de 12-61-0). Deux autres se succéderont au stade crayon (100 kg/ha de 16-046) et à celui de grossissement (150 kg/ha de 0052).

Un à deux binages

Le voile P17 est retiré mi-avril, lorsque les fanes commencent à se développer. « Il ne faut pas qu’elles soient trop hautes, sinon elles se couchent, s’emmêlent et deviennent impossibles à récolter », indique Thomas Arsac. Autre impératif, la culture doit être exempte de mauvaises herbes pour que la récolteuse puisse effectuer parfaitement le travail. Un à deux binages sont donc indispensables avant le passage de la machine.

L’intégralité de la production est apportée à Arterris. « C’est une culture qui exige de la technicité et du matériel spécifique, observe Thomas Arsac. Un conseiller d’Arterris nous accompagne. De plus, la coopérative a repris à un agriculteur à la retraite l’ensemble du matériel spécifique à la conduite de cette culture, - butteuse, enrouleuse, récolteuse - et le met à ma disposition. » Si le coût de production est onéreux, entre 6 et 7 000 €/ha, d’après les calculs du maraîcher, le double de celui du riz, la valorisation obtenue permet de dégager de la rentabilité. Chantal Sarrazin