En sortie d’hiver, les premiers insectes observés sur colza sont généralement le charançon de la tige du colza, à ne pas confondre avec le charançon de la tige du chou. Il arrive entre les stades C2 (entre-nœuds visibles) et E (boutons séparés). Viennent ensuite les méligèthes, entre « apparition des boutons accolés » (D1) et « apparition des premières fleurs » (F), suivis des charançons des siliques, avec une période de risque située entre le stade siliques de 2 à 4 cm (G2) et dix premières siliques bosselées (G4). Les pucerons cendrés peuvent être présents durant tout le printemps, voire dès la reprise de végétation dans les secteurs où les hivers sont doux.

Vols échelonnés

Si les charançons de la tige arrivent tôt dans les parcelles, ils ne seront pas nuisibles tant que la tige n’a pas repris sa croissance. Une fois le colza au stade sensible, les arrivées précoces sont souvent sporadiques, avec des vols qui s’intensifient par la suite. Il faudra donc attendre avant d’intervenir.

Dans le cas d’arrivées plus tardives, il est conseillé de traiter huit à dix jours après les premières captures significatives, ou au moment du pic de vol régional (consulter le BSV).

Vis-à-vis des méligèthes, lorsqu’un colza est vigoureux, au stade D1, il est possible d’attendre avant d’intervenir, en poursuivant l’observation. Au stade E, le seuil est de six à neuf insectes par plante et de quatre à six dans le sud de la France, où elle est plus sensible au stress hydrique. En revanche, pour un colza moins vigoureux, le seuil sera d’un insecte par plante au stade D1, et de deux à trois à « boutons séparés ». « Cependant, avant d’intervenir, il ne faut pas se précipiter lorsque le seuil est atteint, car ces insectes arrivent également dans les parcelles par des vols échelonnés », souligne Céline Robert, de Terres Inovia.

Le choix d’un insecticide adapté est important, notamment pour limiter le risque de sélection de populations résistantes (lire l’encadré en p. 37). Laurent Ruck, responsable de l’évaluation des insecticides chez Terres Inovia, préconise d’utiliser contre les charançons de la tige des pyréthrinoïdes en « ine » : la deltaméthrine, la cyperméthrine ou la lambda-cyhalothrine. Contre les méligèthes, il est possible d’employer le Mavrik Smart (tau-fluvalinate), Trébon 30 EC (étofenprox) ou Steward (indoxacarbe). Cette dernière molécule étant retirée, l’institut conseille de faire appel aux stocks cette année.

Boravi WG, à base de phosmet (molécule retirée, pouvant être employée jusqu’au 1er novembre 2022) n’est pas recommandé au printemps. « Il y a tout intérêt à le garder pour lutter contre les altises et charançons du bourgeon terminal à l’automne 2022 », souligne le spécialiste. En revanche, si on est confronté aux deux coléoptères en même temps, il faudra utiliser, de préférence, Trebon 30 EC. Contre un autre ravageur, moins observé, le charançon des siliques, on luttera avec un produit à base de lambda-cyhalothrine ou de deltaméthrine, avec mention abeilles.

Pucerons cendrés

Quant au puceron cendré, qui risque de se développer au printemps dans le Sud-Ouest et à l’ouest, s’il se manifeste en même temps que le méligèthe, il est possible d’appliquer Mavrik Smart. Il aura une efficacité sur les pucerons si les colonies ne sont pas trop importantes. En cas de fortes pressions, il est conseillé d’opter pour Mavrik Jet, qui associe tau-fluvalinate au pyrimicarbe.

Lorsque charançon de la tige, méligèthe et pucerons sont présents simultanément, Terres Inovia recommande la lambda-cyhalothrine, efficace sur charançon de la tige, mais aussi sur les premiers pucerons. Il sera certainement nécessaire de réintervenir rapidement contre les méligèthes, car ils sont résistants à cette molécule. On choisira alors Mavrik Smart, efficace sur pucerons et méligèthes résistants. Si la pression devient très forte en pucerons, il est possible d’opter pour Karaté K.

De plus, la lambda-cyhalothrine pourra être employée dans le cas d’une présence de charançons des siliques et des pucerons. « Si cela ne suffit pas, un pyréthrinoïde pouvant difficilement atteindre la totalité du manchon, on utilisera Mavrik Jet », souligne Laurent Ruck. En cas de présence de pucerons plus tardive, mais tout en restant à plus d’un mois de la récolte, on fera appel, là aussi, de préférence à Mavrik Jet, pour atteindre les manchons.

Dans tous les cas, il convient de rester vigilant sur le nombre d’applications possibles à réaliser avec ces différents insecticides et d’employer des produits avec mention abeilles dès l’apparition des premières fleurs.

Céline Fricotté