Le groupe Soufflet, racheté par InVivo en décembre 2021, possède plusieurs sites en Ukraine : des entrepôts pour la vente d’intrants (semences, engrais, produits phytos), une malterie et une entreprise de négoce.

 

Les différents sites de Soufflet en Ukraine. © Soufflet
Les différents sites de Soufflet en Ukraine. © Soufflet

 

« Au début de la guerre, nous avons arrêté nos activités de vente d’intrants en stocks en Ukraine, afin de protéger nos salariés, explique Thierry Blandinières, directeur général d’InVivo-Soufflet. Mais nous avons observé que nos clients agriculteurs, 3 500 en Ukraine au total, sont assez motivés pour semer et nous demandent de pouvoir livrer les intrants. »

Logistique compliquée

Dans la mesure où « la logistique est très compliquée là-bas » — le groupe n’a pas de camions car il faisait de la prestation — Soufflet propose à ses clients de venir chercher directement ce dont ils ont besoin, avec leurs tracteurs et leurs pickups. Généralement ils ont suffisamment de fuel.

 

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« Nous pouvons nous permettre de faire ça car les entrepôts sont situés à l’ouest de Kiev, donc pas dans la zone de guerre, reconnaît Thierry Blandinières. Nous prenons le risque de le faire afin de soutenir l’agriculture ukrainienne. »

Baisse de production de 50 % pour les cultures de printemps

Le groupe a ainsi pris la décision le 18 mars de rouvrir ses entrepôts, alors que les semis devraient commencer la semaine du 28 mars 2022. « Une équipe accueille les agriculteurs s’ils peuvent payer comptant les engrais, phytos et semences », raconte le directeur général, qui fait le point tous les jours avec les équipes sur place.

 

« Pour les agriculteurs qui n’ont pas de cash, il sera plus difficile de semer », reconnaît toutefois Thierry Blandinières, qui anticipe une baisse de production de 50 % pour les cultures de printemps dans le pays. Dans certaines zones en proie aux combats il est impossible de semer et de conduire au mieux les parcelles.

 

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Malterie à l’arrêt

L’usine de malterie, située, elle aussi, à l’ouest de Kiev, a également été arrêtée au début de la guerre. « Tant que nos clients brasseurs n’ouvrent pas, on ne démarre pas notre usine, insiste Thierry Blandinières. Mais en trois jours on peut la redémarrer. » Il précise toutefois que l’usine a « trois mois de stocks ».

 

Les activités de trading ont aussi été stoppées, puisqu’il n’y a plus d’exécution de contrats en mer Noire. » « Et sur Odessa, aucun affreteur ne veut envoyer de bateaux », indique le responsable de Soufflet-InVivo.

 

« Le stock de blé que nous avons, nous ne pouvons pas le sortir du pays, par décision du gouvernement ukrainien », détaille-t-il. Et de préciser : « Nous avons eu un stock de blé qui a été réquisitionné pour un moulin pour pouvoir fabriquer du pain. »

Maïs exporté par train vers la Roumanie

Par contre, les stocks de maïs peuvent être sortis. « Nous essayons de l’organiser par le train vers la Roumanie, même s’il existe des problèmes d’écartement de voies au passage de la frontière, souligne Thierry Blandinières. Par camions, c’est trop embouteillé pour sortir du pays. »

 

Soufflet aimerait sortir environ 40 000 tonnes de maïs mais ne peut faire seulement que 5 000 à 6 000 tonnes à la fois. Il n’y a pas d’assurance donc on le fait prudemment. »

 

Après la moisson en juillet prochain, « il y a encore beaucoup d’interrogations. En blé, on aura sûrement 30 millions de tonnes qui vont être être collectées. En général, au moins 20 à 25 millions de tonnes partent pour l’exportation, chiffre Thierry Blandinières. Il y aura donc un vrai sujet de disponibilité ou pas de ces 30 millions de tonnes. En fonction de l’annonce du potentiel de collecte et de la situation de la guerre en juin-juillet dépendra la cotation du blé. »