« La réutilisation de l’eau est un sujet très largement sous-estimé en France », estime Maximilien Pellegrini, président de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E), en conférence le 9 décembre 2021 aux côtés de l’APCA, l’assemblée permanente des chambres d’agriculture.

0,8 % des eaux réutilisées en France

Les entreprises de l’eau, engagées dans les travaux du troisième volet du Varenne de l’eau et de l’adaptation au changement climatique, voient dans la « REUT » (réutilisation des eaux usées traitées) une solution pour le monde agricole. « Nous sommes capables d’améliorer la qualité de cette eau que nous rejetons, pour lui redonner une seconde vie et un usage, affirme Maximilien Pellegrini. C’est le cas particulièrement pour l’irrigation. »

 

La France réutilise 0,8 % de ses eaux usées, quand l’Espagne atteint 14 %, l’Italie 8 %. « L’Israël va même passer à 95 %, illustre le président de la FP2E. Cela montre que ce n’est pas un sujet technologique. Nous pensons que la REUT est une solution concrète, qui peut rentrer dans l’économie circulaire. Elle est à combiner avec d’autres, comme récupérer les pluies hivernales. »

Travailler la réglementation

La réglementation est un levier sur lequel la FP2E « invite les pouvoirs publics à travailler ». La Fédération la juge en effet « pas assez précise en France ». « Nous pensons qu’il en faudrait une pour chaque usage, indique Maximilien Pellegrini. La réglementation est aussi plus lente que l’innovation. Or, pour que cette dernière puisse être mise en place, il lui faut une réglementation. »

 

Pour lui, les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) consitutent par ailleurs un outil intéressant : « Ils ont pour vocation de mettre toutes les parties prenantes autour de la table, d’obtenir une réunification intelligente qui intègre les besoins de chacun. » Dans le cadre du Varenne, la FP2E demande que ces PTGE intègrent systématiquement le sujet de la réutilisation des eaux usées traitées dans le panier de solutions. Elle propose également la création d’un observatoire des eaux alternatives.

 

eau & agriculture
"Il faut se mettre autour de la table pour que les solutions qui feront la différence (REUT, recharge de nappes..) soient mises en œuvre, adaptées aux besoins et ressources en eau de chaque territoire"
Maximilien Pellegrini Prsdt @FP2E
avec @ChambagriFrance https://t.co/HThC5F9te9

— FP2E - Fédération des Entreprises de l'Eau (@fp2e_) December 9, 2021

Améliorer le stockage de l’eau

« L’eau utilisée par les agriculteurs représente 3,5 % des précipitations en hiver, rappelle André Bernard, vice-président de l’APCA. La France a une capacité de stockage de 4 à 5 %, quand celle des pays méditerranéens atteint 50 %. Entre 2015 et 2020, les plus grosses pertes pour l’agriculture française sont liées à la sécheresse, et le premier remède contre la sécheresse, c’est l’irrigation. Il faut qu’on stocke de l’eau. »

 

Il appelle ainsi à sécuriser les volumes prélevables, ainsi qu’à une clarification de ces volumes « qui font l’objet d’attaques récurrentes d’ONG ». « Nous devons réfléchir à la construction d’un schéma au niveau national pour sécuriser l’eau multi-usage. Nous avons pris un retard considérable en France. Nos collègues espagnols, portugais, allemands savent utiliser les fonds européens beaucoup mieux que nous pour cette politique de l’eau. »