Après une nouvelle progression au début de la semaine, les prix des céréales et du colza sont désormais orientés vers le bas, poussés par la chute du pétrole et le manque de compétitivité.

Nouveau record de prix en blé avant une correction baissière

Le prix du blé s’est approché très près de 300 €/t pour l’échéance de décembre sur Euronext cette semaine. Il a atteint 296,75 €/t en cours de séance le mardi 2 novembre 2021, avant de clôturer à 293 €/t ce même jour, puis de redescendre aux alentours de 290 €/t. Malgré cet affaissement, l’échéance de décembre est quand même 6 €/t au-dessus de son niveau de vendredi dernier, le 29 octobre.

 

Sur le marché physique, l’évolution a été assez similaire, le blé ayant gagné, en une semaine, 6,5 €/t rendu Rouen, à 285,75 €/t base juillet, et 4 €/t rendu La Pallice, à 285,25 €/t.

 

Toutefois, la petite baisse (−0,8 %) de l’euro cette semaine a amoindri la chute, et les prix européens, de concert avec les prix mondiaux, sont restés assez soutenus par la forte demande mondiale.

 

Le gros achat de l’Arabie Saoudite au début de la semaine l’illustrant bien. Le pays a acheté 1,3 million de tonnes de blé (dont une partie avec des teneurs à 12,5 % en protéines), soit le double de l’appel d’offres qui avait été lancé quelques jours auparavant. L’Égypte, elle aussi, s’est manifestée sur le marché mondial avec un achat de 180 000 tonnes de blé russe.

 

Les prix de la mer Noire avaient tardé à monter autant que les autres origines, sans doute en raison des fortes taxes et des intentions gouvernementales concernant la limitation des exportations.

 

Cette semaine, les blés russes gagnent toutefois 10 $/t, à 328 $/t Fob. Mais malgré ce rebond, ils restent beaucoup moins chers que les blés français, à 340 $/t. Les blés européens ont nettement perdu en compétitivité sur la scène internationale et cela a commencé à la fin de la semaine.

Mesures politiques face à la pénurie d’engrais et aux prix élevés du blé

La situation catastrophique concernant les engrais continue de soutenir les prix des céréales : la Russie a annoncé cette semaine qu’elle allait limiter ses exportations de produits azotés pendant six mois et la Chine fait de même.

 

La situation est suivie de très près par les pays importateurs chez qui le prix des denrées de base est un facteur important de paix sociale.

 

C’est le cas du Maroc par exemple où le gouvernement vient de prendre deux décisions :

  • La première mesure a été prise la semaine dernière. Il s’agit de supprimer les taxes à l’importation sur le blé tendre et le blé dur. Cela était attendu car le pays impose toujours des taxes élevées pendant la période de récolte et jusqu’à l’automne pour les supprimer ensuite à partir du début de l’hiver afin de permettre les importations nécessaires.
  • La seconde mesure est plus inhabituelle : le gouvernement marocain vient de décider la mise en place d’un mécanisme de compensation pour préserver le prix de la farine de blé tendre sur le marché intérieur. Ce mécanisme prévoit l’octroi d’une subvention censée compenser la différence entre le prix du blé importé et un prix de référence si celui-ci est inférieur au prix d’importation.

 

En Chine, le gouvernement a appelé les habitants à faire des réserves de première nécessité et cela a entraîné une ruée dans les magasins pour les produits de base. Le gouvernement a ensuite tenté de rassurer la population en annonçant que les réserves étatiques étaient suffisantes. Ces annonces ne portaient pas sur les céréales mais elles contribuent au sentiment d’insécurité.

 

À lire aussi : La production française d’engrais azotés continue (03/11/2021)

 

Arrivée prochaine des récoltes de l’hémisphère sud

En Argentine, des pluies récentes ont rassuré les producteurs et la récolte reste attendue proche de 20 millions de tonnes.

 

En Australie, les perspectives de rendements sont encore très bonnes mais des pluies importantes s’annoncent pour les prochaines semaines dans l’est du pays et cela pourrait venir retarder les travaux et affecter la qualité. Cela est à suivre de très près étant donné l’importance de l’Australie cette année pour le marché mondial. En effet, ce pays va devoir exporter encore plus que l’an dernier, à un niveau record, pour pallier les manques ailleurs dans le monde, ceux de l’Amérique du Nord notamment.

 

On note quelques inquiétudes en Ukraine où les semis d’hiver sont bien avancés mais où la levée n’a pas toujours été possible à cause de conditions sèches par endroits.

Hausse des prix fourrager mais stabilisation en brasserie

Le prix rendu Rouen de l’orge fourragère a encore grimpé à la suite du blé : +6 €/t rendu Rouen, à 260 €/t base juillet. Mais le prix des orges brassicoles s’est lui stabilisé à 325 et 344 €/t Fob Creil respectivement pour les orges d’hiver et de printemps.

 

Après la Turquie la semaine dernière, c’est la Jordanie qui a acheté cette semaine 60 000 tonnes d’orge fourragère. Elle a choisi l’origine australienne qui vaut moins cher que les orges européennes.

 

Comme en blé, les prix des orges fourragères demeurent soutenus par la forte tension du bilan mondial, mais on note que les orges françaises et européennes ont beaucoup perdu en compétitivité par rapport à leurs concurrentes : 307 $/t Fob pour les orges françaises contre 287 $/t pour les orges ukrainiennes et 280 $/t Fob pour les orges australiennes.

 

Sur le créneau brassicole, les achats semblent avoir ralenti et il est probable que les prix élevés aient décidé les opérateurs qui stockaient à vendre une partie de leur réserve.

Les prix du maïs restent stables

La récolte de maïs se poursuit doucement : en France, seulement 73 % des parcelles étaient récoltées au 1er novembre 2021, contre 93 % l’an passé à la même date.

 

Les prix du maïs ont chuté au départ des États-Unis (USA), du Brésil et de l’Argentine cette semaine (−1 $/t en Argentine jusqu’à −8 $/t aux USA) avec l’avancée de la récolte US et des pluies bienvenues en Argentine pour les semis de la prochaine récolte.

 

L’arrivée de nouveaux volumes sur le marché est le facteur principal qui influence les prix actuellement. Néanmoins, leur baisse n’est que modérée à cause du soutien exercé par le blé et les autres céréales.

 

En effet, à la suite de son fort renchérissement, le blé est en train de perdre encore de la demande animale au profit du maïs. En France, les prix du maïs restent stables par rapport à la semaine dernière à près de 250 €/t que ce soit Fob Rhin ou Fob Bordeaux.

Recul du soja avec des prévisions de récolte US encore revues en hausse

Par rapport à la semaine dernière, le cours du soja à Chicago s’affaisse de 11 $/t sur le rapproché (échéance de novembre), mais seulement de 3 $/t sur le contrat de mai 2022. En effet, certains opérateurs s’attendent encore à une révision à la hausse de la récolte américaine (US) par le ministère américain de l’Agriculture (USDA), dans son prochain rapport mensuel.

 

Depuis la fin de l’été, la récolte des USA a augmenté son pronostic de 3 millions de tonnes pour atteindre 121 millions de tonnes, compte tenu des bonnes conditions en fin de cycle. Alors qu’elle était bien partie, la récolte US prend désormais un peu de retard depuis quelques jours, à cause des précipitations (au 31 octobre 2021, 79 % des surfaces étaient récoltées contre 81 % en moyenne sur cinq ans).

 

En plus de la bonne situation nord-américaine quant à l’offre, la situation sud-américaine est toujours plutôt favorable. En effet, les semis se déroulent bien au Brésil. Ils sont en avance par rapport à l’année dernière. La fin du mois d’octobre a apporté de bonnes précipitations, en particulier sur le Mato Grosso, région qui produit la moitié du soja brésilien. Les précipitations étaient légèrement excédentaires dans le Paraná (deuxième région productrice après le Mato Grosso), mais déficitaire dans le Rio Grande do Sul (troisième région productrice juste derrière le Paraná).

 

En Argentine, les surfaces du nord du bassin de production ont disposé de précipitations suffisantes pour commencer les semis ces derniers jours, à l’inverse de celles du Sud. Au 4 novembre 2021, 7,5 % des surfaces argentines étaient semées, et des pluies sont attendues dans les régions centrales. Les opérateurs argentins craignent toujours l’influence asséchante du régime climatique de la Niña jusqu’à la fin de l’hiver.

 

La demande en fèves pour les prochains mois devrait être soutenue du côté des triturateurs américains, qui récemment étaient plusieurs à annoncer des investissements pour augmenter significativement leurs capacités de trituration.

 

En revanche, en Asie, les incertitudes quant à la demande risquent de perdurer en raison des restrictions sanitaires qui limitent ponctuellement les potentiels de la demande des filières animales.

Stabilité des prix du tourteau

Sur le rapproché, le tourteau de soja a gagné 2 €/t cette semaine à Montoir (395 €/t), et 3 $/t à Chicago (370 $/t), tandis que le tourteau Fob argentin a perdu 1 $/t (384 $/t).

 

Les niveaux de prix actuels rendent le tourteau de soja très compétitif face aux céréales. À l’échelle mondiale, il est possible que des niveaux élevés d’incorporation dans les rations animales soutiennent ces niveaux de prix à moyen terme, en parallèle des bonnes disponibilités attendues en fèves et des cadences de trituration soutenues par la demande d’huile.

 

Le prix du pois en France s’est lui plutôt tassé cette semaine, perdant 3 €/t départ Marne à 325 €/t.

Hausse des prix du colza

Les prix du colza français sont en hausse, malgré un léger affaissement en cette fin de semaine. Depuis la semaine dernière, les cours du colza rendu Rouen ont augmenté de 19 €/t (à 692 €/t) et ceux de la Moselle ont progressé de 15 €/t (à 697 €/t).

 

Ces hausses ont notamment été engendrées par la progression des cours du canola canadien (788 $/t sur janvier 2022 contre 773 $/t la semaine dernière). En effet, les prix ont été soutenus par les ventes limitées des agriculteurs canadiens malgré une demande importante. Le Canada fait cette année face à la faiblesse des disponibilités locales de canola.

 

Les prix du colza ont également été influencés à la hausse par les prix de l’huile de palme à la suite de l’annonce du gouvernement chinois qui demande à ses citoyens de s’approvisionner en produits de première nécessité en cas d’urgence (résurgence de l’épidémie de Covid-19).

 

Cependant, en cette fin de semaine, les cours du colza ont légèrement régressé sous l’influence des cours du soja (hausse attendue de la récolte US et bonnes conditions de semis en Amérique du Sud) et du pétrole. Malgré la décision des pays de l’Opep et de ses alliés de ne pas augmenter fortement la production de pétrole lors de leur rencontre cette semaine, les cours du pétrole ont régressé avec la hausse des stocks de pétrole brut aux États-Unis.

Stabilité des prix du tournesol en France, mais baisse en mer Noire

Malgré la hausse des cours du colza, les prix du tournesol français sont restés stables depuis la semaine dernière.

 

À Saint-Nazaire, ils s’affichent à 610 €/t et 620 €/t pour les qualités standard et oléique respectivement. Les récoltes sont proches d’être terminées en France et dans la zone de la mer Noire.

 

En Ukraine, 95 % de la surface totale a été récolte au 5 novembre, avec une production estimée à 16,8 millions de tonnes (13,85 en 2020). La récolte s’annonce aussi très bonne en Russie. Elle devrait atteindre un nouveau record grâce à un plus haut historique sur les surfaces, avec de bons rendements (14,4 millions de tonnes contre 13,3 en 2020).

 

Comprimés par l’arrivée des récoltes abondantes, les prix du tournesol en mer Noire ont baissé de 15 $/t sur la semaine à 662,5 $/t (Fob).

 

À suivre : impact des pluies des prochaines semaines sur la récolte australienne, conséquence sur les ventes à l’exportation de la perte de compétitivité des blés et orges françaises, prix du pétrole, volonté de certains pays de constituer des réserves, prix de l’énergie et des engrais.