« Il faut que le gouvernement revoie sa copie », affirme Régis Desrumaux, agriculteur et président de la FDSEA de l’Oise. À l’appel de la FNSEA Grand Bassin parisien, et comme 5 000 de leurs collègues réunis dans 120 villes, une soixantaine d’agriculteurs se sont retrouvés devant la préfecture de Beauvais pour manifester leur inquiétude à la suite de la parution de scénarios prévisionnels étudiés par le ministère de l’Agriculture pour le plan stratégique national (PSN). Pour l’instant, seul le premier pilier a été étudié.

 

Selon les estimations du syndicat majoritaire, la réforme de la Pac telle qu’elle est vue par le ministère entraînerait une baisse de 40 % des aides en système de polyculture. Les exploitations d’élevage allaitant seraient aussi particulièrement touchées.

 

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Des éco-schémas sélectifs

Principale inquiétude : les éco-schémas. Selon les prévisions de la FDSEA, 37 % des agriculteurs en seront exclus et 45 % n’atteindront pas le montant maximal de la mesure. « Cela représente une perte de 80 euros de l’hectare », précise Régis Desrumaux. Pascal Foucault, vice-président de la FDSEA rappelle que son but est que « tous les agriculteurs puissent avoir l’intégralité de l’aide ».

Aide aux bovins, rotation et convergence

Seconde inquiétude, le plafonnement des aides couplées animales. Selon le projet du ministère, cette aide serait plafonnée à 1,4 UGB par hectare de surface fourragère et à 100 UGB. Il est à noter que les surfaces fourragères ne prennent pas en compte la production dérobée ou la consommation de pulpe de betterave. Selon le président du syndicat, les troupeaux allaitants seront les plus touchés.

 

Le nouveau projet prévoit aussi de basculer l’exigence de diversité des assolements en exigence d’allongement des rotations. Il deviendrait par exemple impossible de produire du blé sur blé ou deux maïs d’affilée, explique le président de la FDSEA. Cependant, cela va en contradiction avec les mesures liées à l’autorisation des néonicotinoïdes sur betteraves qui poussent certains agriculteurs vers cette succession.

 

Enfin, les divers représentants de la FDSEA se sont montrés inquiets à propos de la convergence des aides. Le projet gouvernemental envisage une convergence de 100 % à la fin de la prochaine période de programmation. Les présentant syndicaux demande d’abaisser ce chiffre à 85 % que le changement « se fasse dans la douceur ».

« Une usine à gaz »

Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA et agriculteur dans l’Oise, a souligné aussi la complexité du projet de la nouvelle Pac. « Déjà, la Pac actuelle était compliquée à comprendre pour les agriculteurs. Mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attend. C’est une vraie usine à gaz ». Pour lui, l’application de la réforme sera « ingérable sur nos fermes ».

Il s’est montré très inquiet quant à l’arrivée de « l’idéologie de la décroissance » dans la réforme de la Pac.

 

Également présente pour soutenir les agriculteurs, Agnès Thil, la députée de la deuxième circonscription de l’Oise, a rappelé que « les paiements Pac n’étaient pas une aide mais une compensation ». Elle a rappelé son attachement à la mise en application de l’article 44 de la loi Egalim, qui vise à interdire l’importation de denrées qui ne pas produites avec les mêmes règles qu’en Europe.

 

Les représentants de la FDSEA 60 ont été reçus par la préfète del’Oise. Il est à noter cependant que le document du ministère de l’agriculture dont il est question n’est pas la version définitive mais un document de travail. Il présente trois scénarios dont aucun n’est encore validé. Le ministère précise que les textes publiés sont une base de discussion.