«Moins de 5 % des chardons sont issus de la reproduction sexuée », annonce Claire Cros, chargée de projet en agriculture biologique chez Agro-Transfert. Ce chiffre révèle l’importance de la multiplication végétative spontanée de l’adventice, via son système racinaire.

En absence de l’usage d’herbicides, dans le cadre de l’agriculture biologique par exemple, une stratégie de lutte adaptée doit être menée. L’objectif est d’épuiser la plante pour empêcher la reconstitution des réserves racinaires, qui a lieu au printemps et en été.

Point de compensation

« La meilleure stratégie est de réaliser des destructions répétées des pousses avant le stade 6-8 feuilles », explique l’experte. En effet, à partir de ce stade, le chardon ne puise plus dans ses réserves pour se développer, et commence à les reconstituer. C’est ce que l’on appelle le point de compensation.

« En cas d’infestation, l’interculture est le moment privilégié pour gérer les vivaces », indique-t-elle. Agro-Transfert conseille d’effectuer au minimum trois déchaumages avant l’entrée en dormance du chardon au mois de novembre. Cela l’oblige à puiser dans ses réserves plusieurs fois afin de refaire des pousses, le fragilisant pour l’année suivante.

Pour optimiser l’efficacité de ces opérations, l’institut de recherche a identifié quatre conditions : utiliser des outils qui scalpent avec un recouvrement maximal des ailettes (1), intervenir avant le stade 6-8 feuilles, agir en conditions sèches pour éviter la reprise des fragments, les combiner avec des cultures étouffantes. Sur ce dernier point, l’escourgeon apparaît, par exemple, comme une culture intéressante : elle étouffe l’adventice et se récolte tôt, au moment de la floraison de celle-ci.

Ainsi, la mise en place d’un couvert étouffant a été testée chez trois producteurs du nord de la France, dans le cadre du projet Vivlébio : « La densité des chardons a augmenté dans deux cas sur trois, ce n’est vraiment pas concluant », relate Claire Cros.

Deux leviers : le binage et la rotation

Pendant la culture, d’autres moyens peuvent être mobilisés, tels que les binages répétés. « C’est un levier non négligeable pour épuiser les chardons », souligne l’experte.

Autre levier de gestion : la rotation. L’introduction d’une luzerne ou d’une prairie temporaire pluriannuelle fauchée ou pâturée régulièrement est efficace. La luzerne est caractérisée par un enracinement aussi profond que le chardon, et elle prend le dessus sur la partie aérienne.

Attention, cependant, « les agriculteurs signalent la réapparition du chardon en moyenne trois ans après la destruction de la luzerne », note Claire Cros.

Hélène Parisot

(1) Le cover-crop est également efficace, mais il peut fragmenter les racines superficielles : il faut être certain de passer avant la dormance pour réussir à détruire les pieds qui vont repousser.