Les négociations menées par l’ONU pour la reprise des exportations ukrainiennesvia la mer Noire se poursuivent ; elles ont fortement pesé sur les prix agricoles cette semaine même si leur issue reste très incertaine.

 

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Les prix du blé chutent encore fortement cette semaine

Les prix du blé ont continué de se rétracter sur le marché mondial, à l’exception des prix russes qui ont été renforcés en dollar par la stabilisation puis la légère remontée du rouble. Les prix russes ont aussi été soutenus par le vent très chaud et asséchant qui prévaut actuellement dans le sud du pays (sans remettre en cause toutefois la prévision d’une forte hausse de la récolte russe cette année). À l’inverse, ailleurs, les prix du blé ont subi deux fortes influences baissières cette semaine. Rendu Rouen, le blé français de la récolte de 2022 perd 20 €/t à 383/t (base juillet). Sur Euronext, l’échéance de septembre se situe à 381,25 €/t en milieu d’après-midi (–33 €/t par rapport à sa clôture vendredi dernier).

Pluies et négociations pour les exportations ukrainiennes pèsent sur les prix

D’une part, il a plu aux USA et en Europe et cela a été perçu comme un soulagement. Les inquiétudes liées au climat restent toutefois vives.

 

D’autre part, et c’est la principale cause de la baisse des prix, les négociations menées par l’ONU pour permettre d’exporter les grains ukrainiens se poursuivent. Hier et aujourd’hui, un responsable de l’ONU, Martin Griffiths, se trouve à Moscou pour discuter ce sujet après la visite récente d’un autre responsable de l’ONU (Rebecca Grynspan) qui a annoncé avoir eu des discussions constructives avec le Premier ministre adjoint russe. Ces discussions visent aussi à une reprise des exportations de fertilisants au départ de la Russie.

 

Le ministre de la défense russe aurait annoncé que la Russie est prête à garantir la sécurité dans des corridors de sortie ; par ailleurs, l’ambassadeur américain à l’ONU a annoncé que les Etats-Unis se préparaient à donner des « lettres de confort », que nous interprétons comme une sorte de garantie, aux compagnies d’affrètement et d’assurance pour faciliter les exportations.

 

Les négociations doivent donc traiter de deux écueils principaux : la nécessité de déminer près des ports ukrainiens et donc de mettre en place des corridors sécurisés et l’exigence de la Russie qui semble vouloir permettre ces exportations en échange d’une réduction des sanctions prises par l’Ouest à son encontre. Ces deux points, malgré l’optimisme des discussions, laissent penser que tout éventuel accord pour l’exportation au départ des ports ukrainiens prendra quand même du temps à se mettre en place.

Stabilisation des prix du blé en fin de semaine

C’est pour cela, qu’après une phase d’optimisme qui a fait baisser les prix, les opérateurs sont redevenus plus inquiets et les prix ont arrêté de chuter en fin de semaine en conséquence.

Cette stabilisation de la fin de semaine a aussi découlé des nouveaux déboires climatiques : les pluies aux USA sont favorables pour les blés d’hiver mais ces derniers arrivent à la fin de leur cycle et ne pourront guère en profiter. En revanche, dans le nord du pays, elles ralentissent encore les semis de blé de printemps. Dans l’Union européenne, les conditions sèches des semaines précédentes semblent avoir eu de nets effets négatifs, en France notamment. L’Europe est en train de perdre de la production potentielle et cela soutient de nouveau les prix.

 

L’Égypte et plusieurs autres pays importateurs ont saisi par ailleurs l’opportunité de l’affaissement des prix pour réaliser des achats non négligeables, illustrant une situation de grand besoin du côté des importateurs. L’Egypte a lancé son premier appel d’offres étatique pour la campagne de 2022-2023 : elle a acheté 175 000 tonnes de blé russe et le reste de son achat a porté sur des blés du sud-est de l’UE (240 000 tonnes de blé roumain et 50 000 tonnes de blé bulgare).

 

Le nombre des offres russes est resté assez faible ; six offres par ailleurs ont porté sur des blés français mais ces dernières n’ont pas remporté la mise. L’Algérie a acheté 90 000 tonnes hier pour chargement juillet-août et le Pakistan 500 000 tonnes pour chargement en juin-juillet. La Jordanie, enfin, a acheté 60 000 tonnes pour chargement en août.

Les orges suivent le mouvement de baisse

Les orges fourragères ont vu leur prix dégringoler aussi cette semaine : elles perdent 27 €/t rendu Rouen pour la récolte de 2022, à 344 €/t. Elles ont été influencées par les mêmes phénomènes que ceux décrits ci-dessus pour le blé et leur prix pâtit de la grande faiblesse des chargements actuellement à l’exportation au départ de l’Union européenne. À noter toutefois un achat de 60 000 tonnes d’orge par la Jordanie cette semaine pour chargement en septembre.

 

Malgré les dégâts observés sur les orges de printemps en France (54 % des plantes sont jugées en état bon à excellent, selon CéréObs de FranceAgrimer, cette semaine contre 61 % la semaine dernière et 84 % en 2021), les prix brassicoles sont tout de même affectés par le retrait général des prix des céréales à paille et abandonnent 25 €/t cette semaine pour les variétés d’hiver (415 €/t Fob Creil) et 20 €/t pour les variétés de printemps (450 €/t Fob Creil la récolte de 2022).

Les prix du maïs chutent aussi

Le maïs Fob Bordeaux a nettement baissé sur une semaine (–32 €/t) pour atteindre 322 €/t (base juillet) sur la récolte de 2021. Les prix cèdent également du terrain sur la récolte de 2022 avec 335 €/t pour le Fob Rhin (base juillet). Les prix français ont ainsi suivi les cours mondiaux.

Depuis la semaine dernière, les maïs américains ont comblé une partie de leur retard, rassurant ainsi les opérateurs qui espèrent que l’USDA (le ministère américain de l’Agricultrue) reverra son estimation de surface US à la hausse dans le rapport à paraître le 10 juin 2022.

 

En outre, les négociations en cours entre les instances internationales et la Russie pour débloquer les exportations de céréales de l’Ukraine ont également été un élément baissier majeur pour les prix. Dans le même temps, la semaine a été calme sur la scène des achats, confirmant le ralentissement de la demande animale mondiale. Ces éléments s’inscrivent toutefois dans une tension qui reste palpable sur le marché du maïs avec des prix qui varient fortement d’un jour sur l’autre. L’issue des négociations avec la Russie reste très incertaine alors que le conflit s’inscrit dans la durée et affecte davantage l’Ukraine à mesure qu’il dure.

 

La récolte brésilienne à venir d’ici à quelques semaines apporte son lot d’incertitudes aussi : une sécheresse a sévi en fin de cycle et l’appréciation de son impact sur le rendement reste délicate à établir. Les conditions de croissance du maïs sont maintenant à suivre sur l’hémisphère Nord, et plus spécifiquement aux USA et en Europe.

 

Enfin, la forte demande de maïs pour la production d’éthanol se maintient en outre aux USA et l’administration Biden ne semble pas vouloir pour le moment revoir à la baisse les mandats d’incorporation sur 2022 et 2023. Elle pourrait même les revoir en hausse rétrospectivement pour 2021, en fonction des incorporations qui ont effectivement été pratiquées. Cet élément haussier a eu tendance à limiter la baisse des prix ces derniers jours.

Le prix du soja évolue peu

Pas de grand changement sur le marché du soja. Le prix pour le contrat de juillet a peu évolué à Chicago, gagnant seulement 1 $/t cette semaine, pour s’afficher à 635 $/t. Les éléments baissiers et haussiers se sont compensés.

 

D’une part le temps humide et froid dans les principales régions de production aux États-Unis pourrait impacter le développement des cultures et affecter le potentiel de production sur la nouvelle campagne, ce qui a un peu soutenu les prix de la nouvelle et de l’ancienne campagne.

 

En revanche, au même temps, la demande à l’exportation s’est montrée décevante. Les envois US hebdomadaires se sont établis à seulement 378 262 tonnes, bien en dessous des attentes du marché qui tablait plutôt sur des volumes de 500 000 t à 800 000 t.

 

Par ailleurs la demande chinoise reste toujours en berne en raison notamment des marges de trituration dégradées. Les volumes de transformation pour la semaine dernière sont relativement faibles : selon le CNGOIC (Centre national d’information sur les céréales et l’huile en Chine), ils étaient inférieurs de 10 % au niveau de l’an dernier pour la même période.

Le tourteau de soja pâtit d’une faible demande

Les prix du tourteau de soja reprennent le chemin de la baisse cette semaine. Sur le marché de Chicago, le prix pour l’échéance de juillet a perdu presque 15 $/t. En France, le cours du tourteau est tombé de 10 €/t pour s’afficher à 513 €/t le 2 juin. La trituration dynamique engendrée par de bonnes marges dans plusieurs régions du monde (UE, US, Amérique latine), contribue à booster les disponibilités de tourteaux sur le marché mondial. De quoi faire pression sur les prix, d’autant plus que la demande des filières animales est limitée par les difficultés financières des élevages.

 

En Europe, les épizooties (influenza aviaire, peste porcine africaine) continuent par ailleurs de menacer les productions animales. Le plan de sauvegarde de 270 millions d’euros annoncé par l’état français pour aider les éleveurs de porcs pourrait atténuer un peu les difficultés financières des éleveurs mais la situation est délicate. Par ailleurs, la demande chinoise ne semble pas s’améliorer malgré la petite remontée récente du prix du porc. Le contexte économique, qui a été dégradé par le confinement en Chine, entraîne une baisse de consommation de viandes, affectant ainsi la rentabilité des filières animales.

 

Le prix du pois fourrager départ Marne de la récolte de 2021 est reconduit cette semaine, à 380 €/t. En revanche, pour la nouvelle récolte de 2022, il a fortement chuté, de 49 €/t, à 386 €/t. La baisse des prix du blé et du tourteau de soja, ainsi que la faible demande des fabricants d’aliments pour le pois en raison de son prix élevé, ont pesé sur les cours du protéagineux.

Les prix du colza sous pression

Cette semaine, les cours du colza en France ont diminué de 28 €/t. Pourtant, les prix du pétrole et de l’huile de palme ont augmenté à la suite de l’embargo partiel sur le pétrole russe décidé par l’UE et des perturbations que subit la production de l’huile de palme en Malaisie à cause du manque de main-d’œuvre. Cela aurait pu faire grimper aussi le prix du colza mais les prix de la graine de colza ont été nettement affectés par les négociations concernant l’éventuelle reprise des exportations au départ de l’Ukraine.

 

Comme mentionné plus haut, ces négociations n’ont pas encore abouti et la Russie semble vouloir, pour cela, obtenir une levée partielle de certaines des sanctions qu’elle subit. Cette levée des sanctions est très improbable mais la poursuite des négociations a pesé sur les prix des huiles et des graines, l’Ukraine étant exportateur d’huile de tournesol mais également d’huile et de graine de colza à destination de l’Union européenne. Ainsi, au 2 juin 2022 les cours du colza en France ont atteint 797 €/t rendu Rouen et 799 €/t en Fob Moselle.

Nouvelle baisse des prix du tournesol

Les prix du complexe tournesol ont été cette semaine sous la pression de l’optimisme suscité par la possibilité de corridors maritimes pour faciliter l’exportation des produits agricoles au départ de l’Ukraine. En tournesol aussi, les opérateurs du marché restent toutefois prudents quant au réalisme de ces espoirs. Une reprise de l’activité des ports ukrainiens serait en effet difficile dans un contexte de tension militaire. Même dans le cas d’une résolution rapide du conflit, le rétablissement des flux maritimes au départ de l’Ukraine sera lent et progressif compte tenu de la destruction d’une partie importante des infrastructures logistiques dans le pays.

 

Du côté des fondamentaux, les stocks ukrainiens de tournesol restent extrêmement lourds. Depuis le début du conflit et le quasi-arrêt des exportations d’huile de tournesol, la trituration ukrainienne a nettement chuté. Des volumes relativement élevés de tournesol continuent d’être acheminés via les frontières Ouest du pays, vers l’UE. Cependant face aux difficultés logistiques et d’une offre largement supérieure à la demande, le prix de tournesol ukrainien rendu frontière Ouest a perdu 35 $/t à 690 $/t depuis la semaine dernière.

En France, le prix du tournesol oléique cède 10 €/t à 690 €/t dans le sillage des prix mer Noire. Le cours de la graine française a aussi été tiré vers le bas par le fort recul des prix du colza.

À suivre : négociations de l’ONU avec la Russie au sujet des exportations de l’Ukraine, évolution du conflit en Ukraine, météo dans l’hémisphère Nord, prix du pétrole.