Les prix du blé et de l’orge s’affaissent en ancienne campagne mais ils grimpent en nouvelle avec les inquiétudes climatiques. Le maïs se renchérit en France cette semaine pour les deux campagnes, alors que son prix baisse aux États-Unis, comme celui du soja, avec l’accélération des semis.

Affaissement des prix du blé de l’ancienne récolte

Deux tendances bien distinctes se sont manifestées cette semaine en ce qui concerne le prix du blé français. Les valeurs de l’ancienne récolte ont nettement chuté par rapport à la situation du vendredi 29 avril 2022 en milieu d’après-midi : −23 €/t pour le blé rendu Rouen à 382 €/t et −8 €/t pour l’échéance de mai du Matif à 404 €/t.

 

En revanche, la nouvelle récolte s’est nettement renchérie de presque 14 €/t sur le marché physique (à 395,75 €/t rendu Rouen) et de 16 €/t sur le Matif pour l’échéance de septembre (à 395,75 €/t aujourd’hui en milieu d’après-midi).

 

Les perspectives s’alourdissent en effet en ancienne récolte à cause d’une compétition de la mer Noire assez soutenue, de la part de la Bulgarie vers l’Algérie par exemple, et les expéditions vers la Chine peinent à atteindre les volumes prévus. La France va toute de même exporter plus de 9 millions de tonnes vers les pays tiers. Mais elle ne parviendra pas à atteindre le volume de 10 millions de tonnes qui avait pu être entrevu au moment où la guerre s’est déclenchée en Ukraine.

 

Cette tendance touche également les autres pays exportateurs de l’Union européenne. Elle découle du fait que la Russie n’a finalement quasi pas réduit ses exportations depuis mars par rapport à ce qui était attendu avant la guerre.

 

L’Union européenne va ainsi exporter environ 30 millions de blé tendre cette année. C’est plus que l’an passé (+2,6 millions de tonnes) mais inférieur d’un bon million de tonnes à ce qui était prévu antérieurement. Par ailleurs, le blé est cher par rapport au maïs, le rendant défavorable à son incorporation dans les aliments pour animaux.

 

En nouvelle récolte, en dehors de la poursuite de la guerre et du manque de grains ukrainiens que celle-ci va impliquer sur le marché mondial, ce sont actuellement les facteurs climatiques qui font grimper les prix.

Weather market pour la nouvelle récolte

Cette semaine, l’Inde a officiellement annoncé une récolte inférieure à ses prévisions initiales (105 contre 111 millions de tonnes) à cause des très fortes températures qui sévissent dans ce pays depuis la fin de mars. Cette situation fait craindre une réduction des exportations de l’Inde pour la campagne de 2022-2023, même si un officiel du ministère de l’Alimentation a déclaré que ce ne serait pas le cas. Nous prévoyons que l’Inde restera un gros exportateur pour cette campagne à venir mais qu’elle ne pourra pas renouveler la même performance qu’au cours de la campagne qui s’achève.

 

La situation en Amérique du Nord continue d’inquiéter : les rendements des blés d’hiver s’annoncent mauvais et les semis de printemps sont encore en retard aux États-Unis. Au Canada, les semis sont en retard aussi et des manques d’humidité des sols sont relevés dans le Saskatchewan.

 

Enfin, la situation devient préoccupante dans l’Union européenne, en France en particulier à cause des températures élevées pour la saison et de l’absence de précipitations annoncées dans les dix prochains jours. Les prévisions varient selon les sources météorologiques mais il apparaît d’ores et déjà que les blés risquent de souffrir de ces conditions dans plusieurs régions.

Le prix de l’orge monte aussi en nouvelle récolte

Les orges fourragères de l’ancienne récolte restent peu cotées actuellement, mais c’est plutôt une baisse de leur prix qui transparaît en cette fin de campagne (−20 €/t depuis la semaine dernière). Comme en blé, la baisse ne concerne pas la nouvelle récolte : l’orge de la récolte 2022 se situe à un niveau voisin de 387 €/t rendu Rouen, en hausse de 2 €/t depuis la semaine dernière, ce qui conduit à un prix de 411 $/t sur le marché mondial.

 

Les prix de la nouvelle récolte sont tirés par les inquiétudes climatiques mentionnées ci-dessus mais également par le fait que l’absence de l’Ukraine en tout début de campagne va renforcer la demande à l’exportation pour les origines alternatives, notamment pour la France. Toutefois, la Chine ne semble pas très présente actuellement en termes d’achat sur les mois d’été, ce qui constitue plutôt un facteur baissier.

 

Peu de cotations sur le segment brassicole en ancienne récolte mais la nouvelle se situe à 400 €/t pour les orges d’hiver et 420 €/t pour les orges de printemps Fob Creil. Cela représente des niveaux de primes très élevés par rapport à l’orge fourragère (de plus de 50 €/t même pour l’orge d’hiver), qui vont le rester si les inquiétudes climatiques perdurent.

Nouvelle hausse des prix du maïs français

Le maïs s’est renchéri cette semaine, que ce soit pour l’ancienne ou la nouvelle campagne. Fob Rhin, il a gagné 12 €/t à 350 €/t pour la récolte de 2021 et 15 €/t pour la récolte de 2022 à 340 €/t (base juillet). Sur la façade atlantique, l’ancienne récolte a vu son prix monter de 11 €/t à 354 €/t alors que la nouvelle a évolué plus modérément (+2 €/t, à 344 €/t).

 

Cette évolution des prix français découle de la forte attractivité du maïs par rapport aux céréales concurrentes. Elle reflète aussi les difficultés d’approvisionnement des importateurs européens qui doivent remplacer de gros volumes qui ne pourront venir de l’Ukraine.

 

Néanmoins, cette évolution européenne s’est passée cette semaine à contre-courant de l’évolution des prix sur le marché mondial (−10 $/t pour les maïs argentins, −17 $/t pour les maïs brésiliens et −9 $/t pour les maïs US). Les origines américaines s’affaissent en effet car les perspectives de semis s’améliorent dans le Midwest américain, à la faveur d’un temps annoncé plus sec et chaud la semaine prochaine.

Diminution du prix de la fève de soja

Cette semaine, les prix du soja ont encore pris le chemin de la baisse, malgré la progression des semis un peu lente aux États-Unis. À Chicago, ils se sont affaissés de 14 $/t, à 605 $/t pour le contrat de juillet, et de 11 $/t, à 548 $/t pour le contrat de novembre. Les semis progressent, avec un taux d’emblavement à 8 % des intentions. Celui-ci est toutefois inférieur à la moyenne des 5 dernières années (14 %).

 

L’engrangement de la récolte en Argentine a contribué à la tendance baissière sur les cours de la fève. Selon la Bourse de Buenos Aires, plus de 54 % des surfaces de soja ont été moissonnées. Le rendement prévisionnel s’établit à 3,09 tonnes par hectare, ce qui est pour le moment supérieur aux prévisions initiales. En parallèle, le maintien des conditions climatiques sèches sur les quinze prochains jours en Argentine devrait être favorable à l’avancée des récoltes de soja.

 

À ces différents éléments baissiers s’ajoute la demande chinoise. Les restrictions sanitaires se renforcent en Chine face au Covid, ce qui devrait peser sur le marché du soja et du tourteau dans les semaines, voire les mois qui viennent.

Chute des cours des tourteaux dans le sillage du soja

À la suite du soja, les prix des tourteaux de soja à Chicago ont nettement baissé et perdu 11 $/t sur la semaine à 463 $/t pour le contrat de juillet. Dans l’Union européenne, la baisse des prix de la protéine de soja a été plus marquée. À Montoir, le tourteau recule de 32 €/t sur la semaine à 519 €/t. Il a ainsi chuté de 48 €/t pendant les trois dernières semaines.

 

Les cadences de trituration de soja dans l’Union européenne sont actuellement élevées, en raison des bonnes marges de trituration et de l’épuisement des disponibilités de colza sur mai-juin. Cela « booste » les disponibilités de tourteaux, alors que la demande animale n’est pas au rendez-vous, et pèse de fait sur les cours du tourteau. À cela s’ajoute la grippe aviaire qui limite les achats d’aliments industriels par les éleveurs de volailles en France.

 

Au contraire, le prix du pois fourrager est remonté de 20 €/t sur la semaine à 420 €/t départ Marne. Il reste soutenu par l’épuisement progressif des disponibilités en ancienne récolte. Les prix en nouvelle campagne sont restés stables à 400 €/t. Le manque de pluie en Europe et en France empêche la baisse des cours du pois.

Le soja et les confinements en Chine pèsent sur les cours du colza

Cette semaine, les cours du colza sur la nouvelle campagne ont chuté fortement en début de semaine avant de remonter progressivement.

 

Au début de la semaine, les prix ont notamment subi la pression des pourparlers allemands concernant la réduction des obligations d’incorporation de biocarburants de première génération en Allemagne afin de privilégier la production alimentaire. Cette baisse a également été renforcée par les cours du soja et du pétrole en raison d’une demande chinoise moindre, affectée par les confinements.

 

Toutefois, depuis mercredi 4 mai 2022, les cours du colza sont repartis en hausse, soutenus par la forte progression des cours du pétrole. En effet, à la suite de l’annonce d’un projet d’arrêt européen des importations de pétrole russe, les cours du baril ont bondi de plus de 5 % entre mardi et mercredi. L’augmentation des prix du colza est tout de même limitée par la baisse du prix des huiles (en raison de l’arrivée dans l’Union européenne de petits volumes d’huile de tournesol en provenance de l’Ukraine).

 

Finalement, les prix de colza ont diminué de 27,5 €/t rendu Rouen et de 20,5 €/t en Fob Moselle pour atteindre respectivement 854,5 €/t et 857,5 €/t.

Le tournesol suit la baisse généralisée du complexe oléagineux

Le marché européen de la graine et de l’huile de tournesol affiche toujours un déficit important, conséquence du conflit armé en Ukraine. Cette dernière étant le premier fournisseur d’huile de tournesol de l’Union européenne, son invasion par la Russie a entraîné un arrêt brusque des flux maritimes au départ de ce pays.

 

Toutefois, ces dernières semaines, des volumes d’huile et de graine de tournesol ont été expédiés par voies terrestres. Ces derniers s’avèrent finalement plus importants que les prévisions antérieures. Cela a permis de soulager légèrement le marché, d’autant plus que les industries agroalimentaires reformulent leurs recettes pour limiter leurs besoins en huile de tournesol et que les producteurs de biodiesel réduisent son utilisation.

 

Les prix du complexe tournesol se maintiennent tout de même à des niveaux historiquement élevés, en raison de la tension présente sur le marché. Les volumes d’huile expédiés de l’Ukraine restent faibles au regard des importations avant la guerre. En effet, avant le conflit, l’Ukraine exportait près de 200 000 tonnes par mois d’huile de tournesol vers l’Union européenne, contre seulement 260 000 tonnes du 27 février au 1er mai 2022 (d’après les dernières données officielles de l’Union européenne).

 

Les cours du complexe tournesol ont été également tirés vers le bas par la tendance baissière du colza et du soja. Ainsi, le prix de tournesol oléique français rendu Saint-Nazaire a diminué de 45 €/t à 1005 €/t. Les prix de la nouvelle récolte sont inchangés depuis la semaine dernière.

À suivre : climat en Europe, guerre en Ukraine, prix du pétrole, sanctions envers la Russie et ampleur des exportations russes de grains et d’hydrocarbures, situation sanitaire en Chine, climat en Amérique du Nord (semis de blé de printemps, de maïs, soja et de canola), évolution de la politique biocarburants en Europe.