À la suite du conseil spécialisé des grandes cultures de FranceAgriMer du 13 avril 2022, Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de l’établissement, a fait le point sur le conflit en Ukraine et ses conséquences sur le marché des céréales et oléagineux.

 

« La situation logistique à l’exportation est très affaiblie avec seulement les ports fluviaux du Danube qui fonctionnent encore, et les exportations par voie ferroviaire sont limitées à 30 000 tonnes par jour », rapporte-t-il.

 

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La Russie continue d’exporter

Pour la campagne de 2022-2023, les dernières prévisions d’UkrAgroConsult, en date du mois d’avril, tablent sur une production de blé ukrainien de 19,8 millions de tonnes, contre 28,30 millions de tonnes lors de l’estimation du mois de février. En maïs aussi, les prévisions de production sont à la baisse, quasi réduites de moitié entre avril et février. Elles sont ainsi passées de 39 à 19 millions de tonnes. Dans l’hypothèse où le conflit se réglerait rapidement, FranceAgriMer table sur un niveau d’exportation de maïs proche de 30 millions de tonnes pour 2022-2023. « Du fait de report de stock, le choc à l’exportation devrait être sans doute un peu moins fort que ce qui était attendu », estime Marc Zribi.

 

En Russie, les exportations semblent se poursuivent mais les flux auraient tout de même diminué d’environ 20 %. « Leurs céréales continuent d’être achetées en raison de leur compétitivité prix toujours présente, mais on peut penser qu’elle pourrait s’amoindrir au fur et à mesure du conflit », analyse le chef d’unité de FranceAgriMer. En effet, l’ensemble des ports russes (incluant également les ports de la Baltique ou du nord de la Russie) ont récemment été déclarés à risque par les assureurs maritimes, au même titre que ceux de la mer d’Azov et de la mer Noire. À cela s’ajoute l’augmentation des taxes à l’exportation, dans la volonté du gouvernement russe de préserver sa sécurité alimentaire, et des coûts du fret élevés.

La filière non OGM en état critique

De grandes incertitudes pèsent toujours sur le tournesol, l’Ukraine et la Russie représentant à eux seuls 70 à 80 % du marché des huiles et des tourteaux de cet oléagineux. « La fermeture des ports fluviaux, des usines de trituration et les risques sur les routes maritimes ne sont pas compensés par les efforts mis en œuvre pour le déploiement de l’exportation par le chemin de fer, ralenti par les différences d’écartement de voies entre l’Ukraine et le reste de l’Europe », signale Marc Zribi. Des milliers de wagons seraient ainsi bloqués à la frontière polonaise.

 

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Autre inquiétude, le manque pour la filière non OGM qui devient « critique » dans le sens où les tourteaux de tournesol High Pro ukrainien non OGM étaient jusqu’alors très demandés pour remplacer le soja non OGM, dont l’offre est limitée.

Des tensions sur les huiles végétales

Du côté du colza, la dépendance aux productions ukrainiennes et russes est moindre, bien que les deux pays comptent parmi les acteurs majeurs du marché mondial (1/5 des exportations de colza et 15 % des exportations d’huile). Les prévisions d’exportations ukrainiennes restent à ce jour inchangées depuis 2 mois puisqu’une grande partie avait été déjà réalisée avant le conflit. Quant aux exportations russes, elles semblent se maintenir.

 

Toutefois, la tension sur le tournesol est si importante que les prix des huiles végétales s’envolent. Les fabricants de produits pour l’alimentation humaine se tournent vers le colza en substitution du tournesol et certains pays très consommateurs et fortement dépendants des importations sont sous tension, comme l’Inde, le Bangladesh, ou encore le Pakistan (allègements fiscaux, contrôle des prix, restrictions à l’exportation…).