L’étude se base sur les prélèvements de 6848 « pisseurs » volontaires, recrutés par l’association « Campagne Glyphosate France », effectués entre juin 2018 et janvier 2020. Les échantillons, analysés par le laboratoire allemand Biocheck, ont montré une « contamination générale de la population française, avec du glyphosate quantifiable dans 99,8 % des échantillons d’urine ».

 

Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue à comité de relecture, « Environmental Science and Pollution Research ». Toutefois, la méthode employée pour les obtenir est remise en question.

Une méthode contestée

Dans un communiqué, du 16 février 2022, le collectif Science-Technologies-Actions (STA)souligne notamment le manque d’élément de vérification de la méthode utilisée par « Campagne Glyphosate ». L’association a en effet eu recours à un test Elisa (technique antigénique) dont la fiabilité a été validée sur l’eau mais pas sur les urines. La méthode de référence pour quantifier le glyphosate dans les urines est le couplage chromatographie/spectrométrie de masse, rappelle STA.

 

> À lire aussi : Les glyphotests réalisés par les ONG « invalidés » (18/02/2021)

Des résultats faussés

« Le fabricant du test Elisa, la société Abraxis, qui affirme qu’il marche dans l’urine, conseille de confirmer les résultats positifs par chromatographie, ce que l’association n’a pas fait », relève le collectif STA. Au vu des résultats, « il paraît très probable que la méthode Biocheck génère massivement des faux-positifs », affirme-t-il.

 

Un groupe d’agriculteur de région Centre avait déjà constaté, en 2020, une différence significative dans la quantité de glyphosate détectée dans leurs urines, selon la technique de mesure employée.

 

« C’est bien la qualité du protocole expérimental qui fait la différence entre un travail scientifique et des élucubrations pseudo-scientifiques ou militantes », insiste STA, qui s’étonne que celui de l’étude n’a pas fait l’objet de la moindre remise en cause, « malgré ses lacunes évidentes ». Elle s’étonne de même que les conflits d’intérêts des auteurs, dont trois sur huit sont membres de « Campagne Glyphosate », ne soient pas mentionnés.

 

> À lire aussi : Tests urinaires, des « pisseurs » de glyphosate refusent un test comparatif (22/01/2020)

« Manipulations médiatiques »

L’enjeu est de taille, considère le collectif de scientifiques. Selon « Campagne Glyphosate », 5400 plaintes ont en effet été déposées à la suite des résultats des prélèvements, contre les firmes agrochimiques, les agences sanitaires et les laboratoires dont les études ont permis la validation de l’homologation du glyphosate. « Ces plaintes, et les polémiques qui les accompagnent, ont pour conséquence évidente de saper la confiance des citoyens dans les travaux des agences sanitaires, qui sont en charge de l’application du principe de précaution », déplore STA.

Dans ce contexte judiciaire et politique, la validation apparente de la méthodologie employée dans une revue scientifique honorable, comme Environmental Science and Pollution Research est un argument décisif pour « Campagne Glyphosate ».

Collectif Science-Technologies-Actions

Selon STA, l’étude se prête à des « manipulations médiatiques ». Le collectif appelle la revue à « préciser son point de vue sur la méthodologie, ainsi que les affirmations de l’association selon lesquelles ses résultats montreraient une mise en danger de la vie des consommateurs, bien que l’Anses ait rappelé que, même si ces résultats étaient justes, ils portent sur des doses sans aucun risque pour la santé. »

 

Une lettre ouverte a d’ailleurs été adressée au rédacteur en chef d’Environmental Science and Pollution Research par des scientifiques, dont certains membres de STA, pour répondre à ces questions.