Les prix des céréales françaises baissent, blé en tête, avec une légère détente des tensions entre la Russie et l’Ukraine/Otan, la remontée de l’euro et des ventes en berne. En revanche, les prix oléagineux sont poussés vers le haut par les déboires climatiques de l’Amérique du Sud et l’envolée des huiles et du pétrole.

Décrochage des prix du blé

Après la hausse modérée du mois dernier, les prix du blé affichent une forte baisse cette semaine sur le marché physique (–18,5 €/t, à 257,5 €/t rendu Rouen en base juillet) et sur Euronext (–17 €/t, à 262 €/t pour l’échéance de mars en milieu d’après-midi).

 

À l’exception du blé argentin, la plupart des origines mondiales ont vu leur prix décrocher cette semaine en raison d’inquiétudes un peu moins fortes concernant le conflit entre la Russie, d’une part, et l’Ukraine/Otan, d’autre part. La situation laisse toutefois les opérateurs en alerte, mais la crainte de voir des hostilités se déclencher rapidement a été un peu repoussée.

 

Les prix français ont également été affectés par le fait que le dernier achat de l’Égypte (420 000 tonnes) n’a porté que sur des blés de la mer Noire (Ukraine, Russie et Roumanie), même si l’offre la plus attractive en prix Fob semble avoir été une offre de blé français. Finalement, une fois le coût du transport pris en compte, les blés mer Noire l’ont emporté.

La BCE et la Chine sur le devant de la scène

Enfin, deux éléments plutôt baissiers sont apparus à la fin de la semaine :

 

  • Du côté monétaire, la BCE (Banque centrale européenne) n’a pas bougé ses taux directeurs le 3 février 2022 mais elle a, au travers des propos de sa présidente, reconnu que l’inflation devrait rester élevée plus longtemps qu’anticipé et que, par rapport aux prévisions faites par la BCE en décembre, les risques entourant les perspectives d’inflation sont orientés à la hausse. En conséquence, malgré le fait que la BCE n’a pas changé ses taux directeurs, les taux d’emprunt des États de la zone euros se sont envolés et le marché anticipe une hausse à venir des taux directeurs : cela a fait nettement repartir l’euro à la hausse (+2 % sur la semaine), ce qui pourrait venir comprimer un peu les prix exprimés en euros.
  • L’autre élément baissier de la fin de semaine ne devrait pas concerner la campagne en cours mais il constitue un point à suivre de près pour les exportateurs de blé français. La Chine vient d’autoriser toutes les régions de la Russie à lui exporter du blé et de l’orge (avant, seules les régions de l’extrême Est, de l’est de l’Oural et de la Sibérie avaient reçu l’agrément). Le temps que l’ensemble des certificats et des procédures d’accréditation se mettent en place, cette mesure n’aura sans doute pas beaucoup d’impact sur la campagne actuelle. En revanche, il n’est plus exclu que la Russie puisse exporter des volumes de blé non négligeables à la Chine lors de la prochaine campagne de 2022-2023. Les exportations de la France seraient alors concernées par cette nouvelle compétition.

Les prix de l’orge décrochent eux aussi

Les prix de l’orge ont nettement chuté (–14,5 €/t rendu Rouen, à 241,5 €/t, en base juillet et –13 €/t Fob Moselle, à 235 €/t). Ils ont été influencés par la chute des prix des autres céréales et par la tension un peu moins marquée, ressentie par les opérateurs concernant le différend en mer Noire entre la Russie et l’Ukraine/Otan.

 

La forte remontée de l’euro face au dollar a également contribué à comprimer les prix de l’orge. Sur le marché mondial, les orges françaises ont ainsi perdu environ 10 $/t et restent moins chères que celles de la mer Noire dont le prix a moins baissé (–4 $/t seulement pour les orges ukrainiennes). Les orges australiennes demeurent toutefois bien meilleur marché que les orges de l’Union européenne et de la mer Noire (–25 $/t).

 

Malgré la forte demande de l’Afrique du Nord (la Tunisie a acheté 75 000 tonnes cette semaine), de la Turquie et de l’Iran (achats la semaine dernière), le marché mondial est affecté par la faiblesse de la demande saoudienne.

 

Les prix brassicoles ont suivi et renforcé la baisse entamée la semaine dernière (–12 €/t, à 345 €/t, pour les orges d’hiver et –15 €/t, à 315 €/t, pour les orges d’hiver Fob Creil, base juillet). Malgré la grande tension du bilan d’orge de brasserie européen, il reste des quantités non vendues qui arrivent sur le marché, encouragées par la baisse des prix fourragers.

Les prix du maïs suivent à la baisse

Contrairement à la semaine dernière, les prix du maïs chutent aussi cette semaine, mais moins fortement que ceux des céréales à paille. Le maïs Fob Rhin vaut 256 €/t en base juillet (–6 €/t) et le maïs Fob Bordeaux (–5 €/t, à 253 €/t).

 

Le maïs français est ainsi poussé par les autres céréales, par la baise momentanée des tensions en mer Noire mais aussi par les prix américains qui abandonnent 6 $/t cette semaine. En effet, les exportations américaines sont revues à la baisse actuellement à cause, notamment, d’une moindre demande fourragère (au profit du blé) en Asie. L’estimation Stratégie grains des exportations de maïs américain pour la campagne actuelle (octobre 2021-septrembre 2022) est revue en baisse de 2 millions de tonnes, à 62 millions (contre 69 millions de tonnes lors de la campagne passée). Le jeudi 3 février 2022, les exportateurs américains ont ainsi annulé 380 000 tonnes de ventes auparavant contractées vers la Chine.

 

Par ailleurs, même si la récolte de l’Amérique du Sud est loin d’être garantie, le retour des pluies en Argentine a calmé les inquiétudes. Le marché reste en alerte cependant car une nouvelle vague de chaleur est prévue dans ce pays dans peu de temps.

Le soja repart en forte hausse avec les déboires brésiliens

Alors que l’inquiétude en Amérique du Sud s’était quelque peu calmée la semaine dernière, les cours sont repartis en forte hausse en raison de l’impact des événements climatiques des derniers mois : à Chicago, hausse de 36 $/t sur le rapproché, et de 33 $/t sur juillet (567 $/t pour les deux échéances). Le cours du soja Fob Brésil progresse de 45 $/t sur le rapproché (à 616 $/t) et de 37 $/t sur l’échéance de juillet (à 614 $/t).

 

En effet, depuis dimanche dernier, plusieurs observateurs locaux partagent de nouvelles révisions à la baisse de la production brésilienne, qui pour tous, se situe désormais en dessous de 130 millions de tonnes. Dans les régions du sud du pays, les pertes se chiffrent entre 20 et 25 % par rapport aux années précédentes. Les pertes sont telles au Paraná et au Rio Grande do Sul, historiquement deuxième et troisième régions productrices, que la quatrième région productrice (Goias) devrait être le second plus gros producteur du pays pour cette récolte de 2022.

 

En parallèle, l’excès hydrique dans le Mato Grosso risque de limiter le rendement ainsi que de ralentir la récolte, même si celle-ci est jusqu’à présent bien avancée (environ 32 % des surfaces sont récoltées au Mato Grosso, suivi du Paraná où elles atteignent environ 10 %). À certains endroits, les pluies rendent impraticables les routes qui permettent l’acheminement des fèves des parcelles aux silos. Or ce flux a une grande importance : les exploitations ne disposant pas de fortes capacités de stockage sur place, des routes coupées empêchent l’avancée des récoltes sur les exploitations de grande envergure.

L’Argentine et l’Uruguay perdent aussi des tonnages de soja

En Argentine, la Bolsa de Cereales dans son bulletin du 3 février 2022 faisait part d’une stabilité des conditions des cultures d’une semaine sur l’autre, mais révisait tout de même sa prévision de production en baisse de 2 millions de tonnes (à 42 millions de tonnes) pour tenir compte des pertes sur le début du cycle. Désormais, 64 % des cultures sont en floraison, et 25 % en remplissage des gousses.

 

Au Paraguay, les températures encore extrêmes jusqu’à récemment ont laissé craindre des pertes très importantes. Les retours les plus alarmistes parlent d’une production diminuée de moitié par rapport aux 10 millions de tonnes produites l’année dernière. Seule la récolte pourra confirmer ou infirmer ce chiffre, le caractère exceptionnel de ces événements augmentant l’incertitude sur les rendements finaux.

 

Ainsi, les niveaux des prix mondiaux devraient rester élevés tant que la récolte sud-américaine ne sera pas effectivement connue, et sécurisée.

Cours du tourteau dans le sillage de la fève

Les prix du tourteau s’apprécient nettement, toutes origines confondues, tirés par la hausse des fèves. Sur le rapproché, les cours progressent de 32 $/t à Chicago (à 482 $/t), de 21 $/t à Montoir (à 513 $/t) et de 30 $/t pour le Fob argentin (à 488 $/t). Les pertes au Brésil ont en effet incité les acheteurs à chercher des approvisionnements alternatifs, ce qui a entraîné à la hausse l’ensemble des cours des tourteaux.

 

En Europe, les lignes de trituration devraient prioriser le soja dans les prochains mois, jusqu’à ce que la récolte de colza européenne ne le remplace l’été prochain. À partir de l’été, on assiste à une baisse de la compétitivité du tourteau de soja en Europe en raison des prévisions de bonnes récoltes céréalières et des prix attractifs des grains. Cela, conjugué à la bonne perspective de production européenne de colza en 2022, pourrait limiter la trituration de soja au bénéfice du colza à partir de l’été.

 

Le prix du pois fourrager cette semaine décline légèrement. Le pois fourrager départ Marne décline de 5 €/t en une semaine, à 335 $/t. Il a surtout été entraîné à la baisse par la forte baisse des cours du blé fourrager (qui le concurrence durement auprès des fabricants d’aliments).

Hausse des cours du colza en France

Cette semaine, les prix français de colza ont augmenté de 14 €/t rendu Rouen (à 723 €/t) et de 16 €/t en Fob Moselle (à 722 €/t). Ils ont notamment réagi aux divers événements des marchés du pétrole, de l’huile de palme et du soja.

 

Les cours du pétrole ont atteint plus de 90 $ le baril le 3 février 2022. Cette semaine, les pays de l’Opep (Organisation des producteurs et exportateurs de pétrole) et leurs alliés ont maintenu leur décision d’une augmentation modérée de la production pour le mois de mars (+ 400 000 barils par jour). En réalité, l’Opep a du mal à parvenir à un tel volume. Plusieurs pays peinent déjà à augmenter leurs extractions. Ainsi, le manque de production, dans un contexte de forte demande et de tensions géopolitiques, a engendré une hausse des cours du pétrole de 4 % en une semaine.

Influence des huiles de palme et de soja

Le marché de l’huile de palme, quant à lui, a continué d’enregistrer des hausses à la suite de l’application de la nouvelle politique indonésienne d’exportation (les exportateurs doivent obligatoirement réserver 20 % du volume de leurs ventes au marché intérieur). Des pays importateurs, notamment l’Inde, ont donc commencé à se tourner vers d’autres huiles (huile de tournesol et de soja).

 

Cela renforce les prix de l’huile de soja dont la demande, déjà accrue en raison de sa compétitivité, est de plus en plus forte alors que l’offre pourrait ne pas augmenter autant. En effet, la production des graines sud-américaines, impactées par la sécheresse, a de nouveau été revue en forte baisse par divers analystes cette semaine.

 

En nouvelle campagne, les conditions de cultures du colza sont pour le moment correctes dans la plupart des pays d’Europe : les colzas sont globalement en bon état. Cependant, les prix Euronext sur août 2022 restent élevés (à 607,5 €/t) en raison des faibles disponibilités canadiennes : les stocks devraient rester en effet très bas jusqu’à la récolte du Canada, qui débute en général au mois de septembre.

Les prix du tournesol en forte hausse

Les prix du tournesol français bénéficient d’une bonne demande des usines de trituration. Les marges industrielles sont à des niveaux très rentables grâce à la fermeté du cours de l’huile de tournesol et du tourteau de tournesol.

 

La demande en huile est particulièrement soutenue par la forte tension sur le marché de l’huile de palme. Les prix de cette huile ont atteint des sommets historiques en raison des problèmes de production et des restrictions à l’exportation en Indonésie.

 

En mer Noire, les opérateurs du marché craignent par ailleurs des perturbations des exportations ukrainiennes d’huile de tournesol liées à la crise géopolitique avec la Russie. Pour le moment, les flux au départ de l’Ukraine sont à un rythme normal. Mais les importateurs indiens commencent à chercher des alternatives, notamment en Argentine et en Russie, pour assurer leurs approvisionnements en cas de détérioration de la situation.

 

En ce début de semaine, le prix de l’huile de tournesol à Rotterdam était ainsi à son plus haut niveau depuis mai 2021. Le tourteau de tournesol bénéficie, quant à lui, d’un fort rebond de demande, le tourteau de soja étant cher, et l’approvisionnement sur le printemps rendu incertain par les déboires climatiques subis par les sojas sud-américains.

 

Cela soutient nettement le prix du tourteau de tournesol. En conséquence, à Saint-Nazaire, il a augmenté de 15 €/t sur une semaine pour les qualités oléique et standard, à respectivement 640 €/t et 610 €/t.

 

À suivre : conflit diplomatique entre la Russie et l’Ouest et ses éventuelles conséquences sur les exportations de la mer Noire, évolution de l’euro, exportations françaises en blé et orge, climat en Amérique du Sud (soja), production d’huile de palme en Asie du Sud-Est, conditions de cultures dans l’Union européenne (colza), prix du pétrole, croissance des pays émergents, situation sanitaire mondiale.