Stocker plus de carbone en grandes cultures, c’est possible ! « En Ariège, nous avons testé des rotations positives en CO2, que nous avons comparées à celles pratiquées habituellement. Dans neuf des treize parcelles d’essai, la hausse du stockage de carbone dans le sol, si elle était maintenue sur le long terme, permettrait­ d’atteindre l’objectif de 4/1 000, un taux qui compenserait les émissions de CO² dues aux activités­ humaines », souligne Aude Pelletier, de la chambre d’agriculture de l’Ariège, qui a porté le projet Rotations objectif 4/1 000.

Le groupement d’intérêt économique et environnemental Conser’sols, Terres Innovia, Arvalis et l’Inrae se sont associés à ce projet, financé par l’Agence de l’eau et des fonds européens. Les réflexions et les essais, menés de 2017 à 2020, ont mobilisé une centaine d’agriculteurs.

Associer plusieurs changements

« Dans quatre situations : plaine irriguée, coteau en sec, polyculture-élevage et bio, ceux-ci ont participé à la construction des nouvelles rotations », note Aude Pelletier. Pour chacune des treize parcelles, les biomasses apportées ont été mesurées. Avec le modèle AMG (1), Arvalis a ensuite évalué le carbone stocké dans le sol en tenant compte des apports et des exportations.

Pour augmenter ce stock, il a fallu combiner différentes pratiques. « Nous avons allongé les rotations, introduit des légumineuses, des cultures associées, des apports de compost ou de fumier, ainsi que des couverts en interculture semés dans le précédent », détaille Aude Pelletier.

 

Par rapport aux rotations habituelles, le nombre d’espèces a été multiplié par deux et la durée de couverture du sol augmentée d’un tiers. Le travail du sol a été réduit, pour favoriser l’humification. « Cest l’ensemble de ces changements qui a permis d’obtenir un résultat », souligne-t-elle. Plusieurs leviers y ont contribué : l’introduction de luzerne ou de maïs grain, irrigués afin d’optimiser la biomasse, ou les apports de fumier et lisier.

Diffuser ces pratiques

Pour que ces nouvelles rotations aient un impact à terme sur le climat, elles doivent être développées sur une grande partie des surfaces. « En parallèle aux essais, nous avons réfléchi à ce qui pourrait favoriser leur généralisation à l’échelle de nos territoires », note Aude Pelletier. Il faut, tout à la fois, faciliter l’acquisition d’une maîtrise technique des couverts et des cultures associées, par exemple trouver des débouchés valorisants pour les nouvelles cultures, et mobiliser les ressources locales de matière organique.

« Sur ce point, la mixité du département, qui comprend des zones d’élevage et de grandes cultures, est un atout », relève Julie Ryschawy, de l’UMR (2) Agir, de l’Inrae, qui a participé à ce projet. Elle a animé trois groupes associant éleveurs et céréaliers, qui ont réfléchi aux valorisations croisées envisageables. Parmi les pistes trouvées, il y a le pâturage des couverts ou l’achat de matières premières pour la complémentation des troupeaux. L’utilisation de celles-ci pourrait être collective. « Nous allons poursuivre avec un projet sur la fabrication d’aliments locaux, qui intéresse les producteurs engagés dans la revalorisation des viandes labellisées Nòu Ariège Pyrénées », dit-elle. Frédérique Ehrhard

(1) Modèle qui simule l’évolution du stock annuel de carbone organique du sol. (2) Unité mixte de recherche innovation et développement.