La forêt, qui abrite 80 % de la biodiversité terrestre, subit de plein fouet le changement climatique (insectes, incendies…) mais est porteuse de solutions, via la séquestration et le stockage de carbone, a rappelé Jean-Michel Servant, président de l’interprofession (France Bois Forêt), lors d’une conférence de presse le 31 janvier 2022.

Demande croissante

Avec ses 60 000 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire et ses 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, « ce secteur est stratégique pour réaliser nos objectifs de décarbonation », a souligné Frédéric Carteret, président de France Bois Industries Entreprises.

 

La filière estime que la forêt française, qui ne cesse de s’étendre (+50 % de surface en 200 ans), n’est pas exploitée à son plein potentiel, avec « 60 % des prélèvements utilisés pour la transformation ». Il faut « aller plus loin », pour pouvoir « répondre à une demande croissante » et « assurer la souveraineté française », affirme Jean-Michel Servant.

Quatre enjeux

Dans le cadre de la campagne électorale, la filière propose aux candidats de se saisir des quatre enjeux : en premier lieu, « le nécessaire accompagnement du développement des capacités industrielles françaises pour répondre à la hausse de la demande », face à une concurrence internationale sévère. « Nous demandons que les matériaux en bois et biosourcés soient systématiquement privilégiés dans les commandes publiques », a déclaré M. Carteret, alors que 80 % des bois d’ingénierie utilisés en France sont importés.

 

Deuxièmement, la filière appelle à pérenniser l’ensemble des fonctions de la forêt, économiques, sociales et environnementales, en faisant de l’adaptation au changement climatique « une cause nationale ». Par ailleurs, la filière demande un soutien public accru pour « développer l’attractivité de ses métiers » et enfin veut informer et « rapprocher les citoyens de la filière, autour d’enjeux communs ».

Transformer en France

Industriels et forestiers ont appelé à reconquérir d’énormes parts de marché après des années d’investissement en berne : alors qu’« un chêne sur trois part à l’exportation sans transformation », la filière s’est dite favorable à tout dispositif (contractualisation, label européen) permettant de limiter cette hémorragie.

 

Mais cela suppose aussi de développer des capacités de transformation et un savoir-faire. « Aujourd’hui, quand on importe un meuble de Chine, c’est qu’on ne sait pas forcément le fabriquer en France : il faut les outils, les machines », a détaillé Dominique Weber, de la fédération de l’industrie du bois et de l’ameublement.

Des « réponses concrètes » d’ici à mars

Parmi les propositions de la filière : baisser les charges et amener de la simplification, développer « l’hydrogène vert » à base de biomasse forestière, utiliser toutes les (138) essences de la forêt française, renforcer les moyens octroyés à l’observation et à la modélisation des forêts, développer l’apprentissage.

 

Le gouvernement, qui a annoncé depuis un an plusieurs enveloppes réservées à la filière dans le cadre du plan de relance (300 millions d’euros) et du plan d’investissement « France 2030 » (500 millions), a lancé en octobre des « Assises de la forêt et du bois » pour apporter des « réponses concrètes » au secteur. Les conclusions de ces assises sont attendues d’ici à la fin de février.

 

La filière a salué ces efforts, tout comme la nouvelle réglementation, entrée en application dans le secteur du bâtiment en janvier (RE2020), qui impose aux constructeurs de nouvelles normes pour décarboner leur production, encourageant notamment la construction en bois.