Les évolutions de prix restent très différentes cette semaine entre les céréales d’hiver, d’une part, et le maïs et les oléagineux, d’autre part. Les prix poursuivent leur chute en blé et en orge avec l’offre australienne et argentine récoltée récemment, mais ils sont plus soutenus en maïs, voire montent en soja et colza avec la sécheresse pour les cultures en Amérique du Sud et la montée du prix du pétrole.

La baisse des prix du blé continue

Le blé rendu Rouen a perdu environ 7 euros par tonne (€/t) depuis la semaine dernière à 269 €/t (base juillet). Les prix ont évolué de manière similaire à La Pallice et se sont encore affaissés sur Euronext : −6,5 €/t en milieu d’après-midi par rapport à la clôture de vendredi dernier.

 

La baisse s’explique principalement par l’ampleur des récoltes australienne et argentine qui s’exportent déjà massivement. En ce qui concerne l’Argentine, la compétition se fait nettement sentir à destination de l’Afrique, du Maroc par exemple vers lequel la liste des chargements argentins affiche déjà un total de plus de 500 000 tonnes de novembre à janvier (contre 312 000 tonnes de blé argentin exporté vers le Maroc pour l’ensemble de la campagne passée).

 

Certes, à la suite de l’importante baisse de leur prix depuis la fin de décembre, les blés français sont parmi les moins chers du monde actuellement et retrouvent leur attractivité sur le Maghreb à partir du printemps (sur la base des cotations pour cette période). D’ici là, la concurrence est rude.

 

En parallèle, les ventes de blé US sont faibles car les blés américains ne sont pas très compétitifs sur le marché mondial étant donné la faiblesse de leur disponibilité. La publication de chiffres bas pour les ventes US a poussé aussi Chicago en baisse cette semaine et cela s’est reporté sur les prix européens.

 

Par ailleurs, le marché a maintenant digéré la question des quotas russes à l’exportation et cet élément, qui avait beaucoup soutenu les prix cet automne, n’est plus une source d’inquiétude (dans le sens où la situation est maintenant connue et où les craintes de blocage complet des exportations russes se sont évanouies).

 

La Tunisie a acheté 125 000 tonnes de blé tendre cette semaine pour chargement en février-mars et la Jordanie 60 000 tonnes mais pour chargement sur la nouvelle campagne.

 

L’état des blés américains et le Kazakhstan scrutés

Quelques éléments plutôt haussiers sont à souligner néanmoins. La situation au Kazakhstan est suivie de près par le marché. Des manifestations violentes ont éclaté ces derniers jours, apparemment déclenchées en protestation contre des prix trop élevés du gaz pour une partie de la population appauvrie par les restrictions sanitaires des deux dernières années.

 

Les forces militaires de l’Union économique eurasienne (dont la Russie) ont prêté main-forte au Kazakhstan pour contenir la situation. Les analystes locaux n’analysent pas la situation comme dramatique actuellement et prévoient que le Kazakhstan va continuer d’échanger avec ses voisins et avec le marché mondial. Ce pays a en en effet besoin d’importer environ 2 millions de tonnes de la Russie à la suite de la sécheresse de l’été 2021.

 

Parallèlement, le marché mondial compte sur environ 7 millions de tonnes (dont 2,5 de farine) d’exportations de blé tendre en provenance du Kazakhstan. Si la situation se dégradait, cela pourrait devenir haussier pour les prix du blé étant donné l’importance de cet exportateur sur le marché mondial.

 

Aux États-Unis, la situation reste sèche sur les plaines de blé d’hiver et le rapport mensuel de l’USDA sur la progression des cultures le 4 janvier 2022 a bien mis en évidence les risques de manque d’humidité des sols dans les plaines du Centre et du Sud.

 

Rien de dramatique actuellement qui ne puisse être rattrapé par les pluies du printemps, mais il s’agit d’une inquiétude qui a fait rebondir momentanément Chicago — et Euronext — mardi dernier en sympathie aussi avec une hausse des prix du maïs et du soja (sécheresse

sur une partie de l’Amérique du Sud). Les prix du blé sont repartis à la baisse ensuite.

 

Remontée des prix du maïs en Amérique mais pas en France

Sur le marché mondial du maïs, c’est essentiellement la situation en Amérique du Sud qui a focalisé les attentions. La situation est très sèche dans le sud du Brésil, sèche et chaude sur la plupart des régions argentines. Une vague de chaleur est d’ailleurs annoncée pour les prochains jours en Argentine et les inquiétudes montent malgré des prévisions d’un temps plus humide à partir de la mi-janvier.

 

Les potentiels de rendements sont d’ores et déjà très affectés par les conditions sèches. Des pluies sont bien revenues à la fin de décembre et au début de janvier au Brésil mais dans le même temps les températures ont été excédentaires, augmentant l’évapotranspiration. Plus au nord du Brésil, ce sont au contraire les fortes pluies qui pourraient avoir un impact négatif sur les maïs. Cela entraîne des révisions en baisse des productions de ces deux pays (productions qui vont arriver au printemps de notre hémisphère).

 

Cela a soutenu les prix du maïs à Chicago cette semaine ; les prix américains (du Sud et du Nord) ont ainsi gagné entre 3 et 5 $/t.

 

Les prix français, en revanche, ont perdu 2 €/t à 246 €/t Fob Bordeaux et 253 €/t Fob Rhin en base juillet à la suite de la chute des prix du blé. Les prix français sont aussi été influencés par les prix ukrainiens qui n’ont pas suivi la hausse américaine (très grosse récolte en Ukraine).

 

Les prix de l’orge poussés vers le bas

À la suite du blé et sous l’impact de l’arrivée des récoltes de l’hémisphère Sud, l’orge fourragère a vu son prix chuter nettement cette semaine (−9 €/t rendu Rouen, à 248 €/t, base juillet).

 

Les prix n’ont pas varié en revanche du côté de la mer Noire si bien que les orges françaises se retrouvent maintenant très près, en termes de prix, de leurs concurrentes russes et ukrainiennes. Plus la campagne avance, plus la faible présence de l’Arabie sur le marché mondial se fait sentir.

 

La chute des prix a aussi concerné l’orge de brasserie de printemps (−5 €/t, à 370 €/t Fob Creil, base juillet) mais de manière beaucoup plus modérée.

 

Soja : la sécheresse sud-américaine inquiète

Les conséquences du régime climatique de la Niña, redoutées depuis des mois, sont désormais bien réelles sur le sud du Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Il est désormais très probable que le record attendu pour la récolte brésilienne ne se vérifie pas. Les prévisions de récolte ont été diminuées de plus de 10 millions de tonnes par certains analystes locaux (notamment de 12 millions de tonnes à 133 millions pour AgRural, un bureau d’études brésilien).

 

Les inquiétudes ont déjà fait grimper les prix depuis la mi-décembre, ce qui n’empêche pas les prix de progresser encore un peu cette semaine. Le Fob brésilien atteint 532 $/t sur le rapproché, contre 510 $/t il y a deux semaines (il n’y a pas eu de cotations lors des fêtes de fin d’année).

 

À Chicago, en une semaine, les prix progressent de 8 $/t sur l’échéance de janvier (à 506 $/t) et de 7 $/t sur l’échéance de mai (à 513 $/t). Les prix retrouvent donc les mêmes niveaux que ceux de l’été dernier, quand la sécheresse en Amérique du Nord soutenait les cours.

 

Les régions brésiliennes les plus touchées actuellement sont le Paraná et le Rio Grande do Sul, qui représentent ensemble environ un tiers de la production nationale. Les parcelles de ces régions commencent à voir leurs gousses se remplir, stade physiologique crucial et sensible au stress hydrique.

 

En Argentine, le manque d’eau génère du retard dans les travaux de semis, et des difficultés pour l’émergence des plants. Au Paraguay et en Uruguay, la situation n’est pas meilleure : des départs de feu épars ont été observés au Paraguay, et l’Uruguay a récemment déclenché l’état d’urgence agricole.

 

Bonne situation pour les sojas du nord du Brésil

En revanche, plus au Nord, les régions centrales du Brésil sont soumises à une météo grise depuis plusieurs semaines. La chaleur manque, limitant le mûrissement des fèves, et l’humidité est trop importante, nécessitant par endroits l’application de fongicides. Des cas de pourrissement de gousses sur pied ont même été observés dans l’état du Tocantins.

 

Les prévisions météorologiques des prochains jours ne laissent pas envisager une amélioration de ces situations. Au contraire, de fortes pluies sont prévues sur le nord du bassin de production brésilien, alors que les précipitations risquent d’être insuffisantes sur le sud du Brésil et chez les autres pays producteurs.

 

Les travaux de récolte débutent dans le Mato Grosso, où malgré le contexte humide, les rendements s’annoncent très bons. Ce gros état producteur, qui a bénéficié de conditions favorables, devrait quand même permettre un bon niveau de récolte national.

 

Les prix du tourteau évoluent dans le sillage des cours du soja

Le tourteau de soja progresse dans le sillage du soja, avec, sur le rapproché, une progression de 6 $/t sur Chicago (à 464 $/t) et de 3 €/t à Montoir (à 463 €/t). Le tourteau argentin Fob s’établit à 452 $/t (+14 $/t en deux semaines).

 

Comme pour le soja, les inquiétudes sur la météo sud-américaine avaient déjà entraîné les prix du tourteau à la hausse à la fin de décembre, et cela s’est poursuivi. Ces évolutions des prix ajoutées à la baisse des prix des céréales sur les dernières semaines entraînent une légère diminution de la compétitivité du tourteau de soja face au blé. Le tourteau de soja reste tout de même attractif.

 

Le pois chute

La baisse des prix des céréales des dernières semaines et les stocks de pois restant à commercialiser (ils étaient en hausse de 11 % sur un an à la fin de novembre chez les organismes stockeurs) ont finalement entraîné une correction à la baisse du prix du pois fourrager. Il recule ainsi de 15 €/t en une semaine, pour tomber à 330 €/t départ Marne. À ce niveau de prix, il reste toutefois assez cher.

 

Le colza à son apogée

Cette semaine, les prix des colzas français se sont de nouveaux élevés à des niveaux records, principalement sous l’influence du soja (Amérique du Sud) et de l’huile de palme, mais également du pétrole.

 

Concernant l’huile de palme en Malaisie et en Indonésie, la mousson s’est ajoutée aux difficultés de main-d’œuvre. En effet, de fortes précipitations ont provoqué des inondations et ont interrompu la récolte. En conséquence, les stocks d’huile de palme s’amenuisent, ce qui soutient les prix à court terme.

 

Enfin, malgré la contagiosité du variant Omicron, la demande en huile et en pétrole est bien présente, et l’offre ne permet pas de répondre totalement aux besoins. Cette semaine, les pays de l’Opep ont maintenu leur décision précédente, et n’augmenteront leur production que de 400 000 barils quotidiens en février, ce qui apparaît bien modeste au regard de la consommation mondiale. Cela a engendré une hausse des cours du pétrole d’environ 3 $ (à 79,5 $ le baril) en une semaine.

 

En réalité, l’Opep a du mal à parvenir à un tel volume. Plusieurs pays peinent déjà à augmenter leurs extractions. Malgré la possibilité théorique de le faire, la Russie, le Nigeria et l’Angola n’ont pas pu augmenter leur production de brut en décembre.

 

Ainsi, les cours du colza ont augmenté de 16 €/t entre le 29 décembre et le 6 janvier, en Fob Moselle, et de 27 €/t rendu Rouen, atteignant respectivement 800 €/t et 766 €/t.

 

Cette année, le complexe oléagineux est donc particulièrement touché par des conditions climatiques difficiles affectant le colza, le soja, et l’huile de palme, mais également par le contexte sanitaire et économique : tous ces facteurs ont amené les cours à s’établir à des niveaux encore jamais vus !

 

Peu d’évolution pour les prix de tournesol

Contrairement aux autres graines oléagineuses, le marché de tournesol est de nouveau resté calme avec une reprise lente de l’activité, dans un contexte de période festive dans les pays de la mer Noire. L’intérêt des acheteurs se tourne vers la graine de colza et celle de soja, dont les marges sont soutenues par des prix des huiles très élevés.

 

Ainsi, le prix du tournesol français s’est stabilisé à 620 €/t pour la qualité oléique. Le tournesol standard est coté à 595 €/t (non coté la semaine dernière). La prime oléique s’élève alors à 25 €/t contre 15 €/t à la mi-décembre.

 

En mer Noire, le prix Fob moyen (Ukraine, Roumanie, Bulgarie) s’est renchéri de 5 $/t à 642,5 $/t, soutenu par une légère reprise des ventes à l’exportation ainsi que par la progression du prix de l’huile de tournesol.

 

À suivre : situation géopolitique en Russie et Kazakhstan, climat aux USA, compétitivité des blés français, conditions climatiques en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est, prix du pétrole, contexte sanitaire européen et mondial.