Le Brésil est un importateur de blé de longue date. En 2021, le pays a produit 7,7 millions de tonnes de blé tendre, pour une consommation intérieure d’environ 12,5 millions de tonnes. Mais Celso Moretti, président de l’Embrapa, une entreprise brésilienne de recherche agricole, l'assure : « Je pense que nous serons autosuffisants en blé dans cinq ans. »

La dynamique est déjà en marche : la production de 2022 est estimée par la Compagnie nationale d'approvisionnement (Conab) à 9,2 millions de tonnes, ce qui représente un record et une hausse de 19,3 % en un an. Cette évolution répond notamment à une nette augmentation des surfaces dans l’État du Rio Grande do Sul (+209 000 ha en un an, soit +18 %), combinée à une amélioration du rendement (+10,5 % à l’échelle du pays).

Un blé spécifique pour le Cerrado

Le principal moteur du changement viendra du développement de la culture dans le Cerrado, un biome de savanes herbacées ou arborées situé au centre du Brésil. Le climat, de type tropical, y est moins favorable pour le blé qu'au sud du pays, zone de production traditionnelle. Toutefois, l’Embrapa a développé des variétés adaptées à la culture tropicale, non OGM et au cycle court : les cultivars BRS 264 et BRS 404. Le potentiel de production est important : Celso Moretti évoque des rendements de 60 à 90 q/ha en irrigué avec une bonne qualité technologique (15 % de protéine), alors que le rendement moyen au Brésil est de 25 à 30 q/ha.

Il tient à le préciser : ces augmentations de surfaces se font dans les zones dites « consolidées », donc exemptes de déforestation illégale selon le Code forestier brésilien. Dans le Cerrado, 4 millions d’hectares de terres seraient ainsi disponibles pour cultiver du blé. « Les surfaces de la céréale y ont déjà augmenté de 60 % durant les trois dernières années, pour atteindre 300 000 ha », souligne Celso Moretti. Si la céréale peut être implantée en culture principale (« safra »), il estime que le développement se fera probablement en deuxième partie d'année (« safrinha »), après un soja. Semé en janvier et récolté en août, il profite des derniers mois de la saison des pluies avant de mûrir durant la saison sèche.

Futur exportateur ?

La montée en puissance du blé brésilien « dépendra des crédits, des investissements privés et des politiques publiques », juge Celso Moretti : il faudra construire des moulins dans le centre du pays, structurer la production de semences… Mais selon lui, le potentiel est grand, car « la technologie est déjà là ». Il juge que le Brésil pourrait devenir un exportateur majeur de blé à l’échelle internationale.

« En partenariat avec une entreprise argentine, nous sommes aussi en train de tester un blé OGM. Des gènes provenant du tournesol lui confèrent une adaptation à la sécheresse», explique le président de l'Embrapa.